L'économie au centre de la campagne

  |  Radio-Canada avec New York Times, Washington Post, Time, Los Angeles Times et Politico

La déconfiture de la banque d'investissement Lehman Brothers et la dégringolade qui a suivi à la Bourse américaine viennent d'imprimer un nouveau tournant à la campagne présidentielle américaine, engluée depuis deux semaines dans un débat entourant les politiques et les compétences de Sarah Palin.

Les nouveaux soubresauts qui secouent Wall Street monopolisent maintenant l'attention de John McCain et de Barack Obama. La philosophie des candidats à ce sujet diffère largement.

John McCain, après un discours à Jacksonville, en Floride. John McCain, après un discours à Jacksonville, en Floride   © PC/AP/Stephan Savoia

Mardi matin, le candidat républicain John McCain a accordé des entrevues portant essentiellement sur ses positions en matière économique à sept grands réseaux américains. Le candidat démocrate à la vice-présidence, Joe Biden, a aussi participé à plusieurs de ces émissions pour contre-attaquer.

Cette tournée des émissions matinales n'est pas étrangère au fait que McCain s'est attiré les foudres du candidat démocrate Barack Obama, lundi, après avoir déclaré, à l'instar du président George W. Bush, que le pays traverse actuellement une période difficile, mais que « les bases de l'économie américaine sont saines ».

Le sénateur Obama est tombé à bras raccourcis sur son adversaire, l'accusant de « ne pas comprendre ce qui arrive entre les montagnes de Sedona, où il vit, et les corridors du pouvoir, où il travaille ». Une nouvelle publicité démocrate raillant la déclaration de McCain a d'ailleurs été lancée mardi.

Au Michigan, Joe Biden a été encore plus mordant, disant qu'il pouvait entreprendre une longue marche « sans jamais rencontrer quiconque pensant que l'économie américaine va bien, jusqu'à ce que je rencontre John McCain ».

Depuis, McCain cherche à modifier son message. Les « bases de l'économie » dont il parlait, dit-il, ne faisaient pas référence à des données financières, comme le taux de chômage, l'inflation, etc., mais bien aux travailleurs américains. « Nos travailleurs sont les plus innovateurs, les plus travaillants, les plus qualifiés, les plus productifs au monde. Voilà ce que sont les travailleurs américains. Mes adversaires peuvent être en désaccord, mais je pense qu'ils sont forts », a-t-il déclaré peu après en Floride.

Mardi, le sénateur de l'Arizona s'est donc assuré de transmettre aux électeurs américains le message suivant: Wall Street est gangréné par « l'avidité », les chefs des grandes entreprises y jouent « comme au casino » et les travailleurs américains sont « victimes d'une rupture du contrat social entre le capitalisme et le citoyen américain ». Une administration McCain, dit-il, instaurera une commission d'enquête qui étudiera les causes de la crise actuelle. Sur MSNBC, il est allé jusqu'à garantir qu'il n'y aurait pas d'autre crise financière s'il devenait président.

Différences philosophiques

Lundi, Barack Obama a précisé qu'il ne blâmait pas M. McCain pour la situation actuelle, mais il s'est néanmoins attaqué à la philosophie économique à laquelle il souscrit « C'est une philosophie que nous avons depuis huit ans, et selon laquelle nous devrions donner toujours davantage à ceux qui possèdent le plus et espérer que la prospérité se répande au reste de la population », fait valoir M. Obama.

La réplique de Joe Biden sur les ondes des grands réseaux américains poursuivait dans la même veine. L'idée est de mettre en doute les compétences de John McCain en matière économique, un thème que les démocrates martèlent depuis un certain temps déjà, mais qui pourrait maintenant trouver un terreau rendu davantage fertile. « Regardez qui a eu les mains sur le volant au cours des huit dernières années », a lancé Joe Biden sur les ondes de CBS, dans une nouvelle tentative visant à associer les idées de John McCain à celles de George W. Bush.

La situation économique actuelle met effectivement en évidence une différence fondamentale dans la philosophie des deux candidats. Alors que Barack Obama préconise une « modernisation » des règles protégeant les investisseurs et les consommateurs, John McCain s'est régulièrement présenté comme un partisan d'une plus grande dérégulation, thème de prédilection pour les républicains.

Aujourd'hui, John McCain préconise des « règles plus sévères » pour Wall Street, sans être plus précis. Le sénateur Obama ne l'est d'ailleurs pas davantage au sujet de la « modernisation » qu'il préconise.

Chose certaine, le débat ne manque pas d'intérêt. Les résultats du dernier sondage Rasmussen, publiés mardi, indiquent que l'économie demeure le principal sujet de préoccupation de 43 % des électeurs américains, loin devant la sécurité nationale (23 %). Or, 65 % des Américains estiment que l'économie se dégrade.

Ce dernier résultat devrait normalement nuire au parti au pouvoir, mais pour l'heure, l'opinion publique demeure divisée: interrogés sur le candidat le plus apte sur le plan économique, les électeurs américains placent les deux candidats au coude-à-coude.

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