Courir après les électeurs... et l'argent

À sept semaines de l'élection présidentielle américaine du 4 novembre, le candidat démocrate Barack Obama est officiellement devenu le plus important collecteur de fonds de l'histoire politique américaine. Sa campagne a annoncé dimanche avoir récolté la somme record de 66 millions de dollars américains en août, ce qui porte à près de 470 millions de dollars la cagnotte amassée depuis son lancement, il y a 19 mois.

Ayant choisi de refuser le financement public auquel il avait droit, Barack Obama a un avantage théorique sur John McCain: il peut dépenser tout l'argent qu'il veut. Le hic, c'est qu'il doit l'amasser.

Barack Obama, lors d'un rassemblement politique à Grand Junction, au Colorado. Barack Obama, lors d'un rassemblement politique à Grand Junction, au Colorado.   © PC/AP/Chris Carlson

La campagne de Barack Obama déclare avoir obtenu l'appui de 500 000 nouveaux donateurs, ce qui porte à 2,5 millions le nombre de personnes qui ont délié les cordons de leur bourse en sa faveur. Le précédent record mensuel de 55 millions de dollars avait été établi en février.

La campagne démocrate a dépensé environ 55 millions par mois en juillet et en août, principalement pour acheter des publicités, mais aussi pour payer les salaires de son équipe. Le clan Obama avait tout de même 77 millions de dollars dans ses coffres au début du mois de septembre.

Comme Barack Obama a annoncé à la mi-juin qu'il renonçait au financement public auquel il avait droit - une première depuis que la règle a été instaurée, en 1976 - il peut donc amasser, et dépenser, tout l'argent qu'il veut; le désavantage est qu'il doit toutefois consacrer beaucoup d'énergie à cette fin.

John McCain, qui a amassé environ 230 millions de dollars depuis qu'il s'est lancé dans la course, a pour sa part accepté les fonds publics. Il a donc reçu la coquette somme de 84,1 millions de dollars le 1er septembre. Cette somme constitue toutefois la limite qu'il a le droit de dépenser de manière « directe », pour la période allant du moment où il a accepté l'investiture républicaine, le 4 septembre, jusqu'au jour de l'élection.

Ces chiffres semblent accorder un avantage certain à la campagne démocrate: si elle est en mesure d'amasser de l'argent au même rythme que ces derniers mois, elle serait en mesure de dépenser plus que la campagne de John McCain dans le dernier droit de la course, ce qui pourrait faire la différence dans une douzaine d'États-clés.

Au-delà des apparences

Les règles encadrant le financement électoral étant ce qu'elles sont, la réalité est beaucoup plus complexe pour deux raisons: d'abord, les partis politiques peuvent, eux, continuer de récolter de l'argent pour des opérations de campagne dites indirectes; ensuite, les groupes d'intérêts dûment constitués peuvent entrer dans la danse par eux-mêmes et tenter d'influencer les électeurs.

En ce qui concerne l'argent recueilli par les partis politiques, les républicains ont un avantage marqué sur les démocrates. Selon le New York Times, ceux-ci auraient amassé 17 millions de dollars en août et auraient terminé le mois avec une somme équivalente dans leurs coffres.

Le Parti républicain avait pour sa part engrangé 23 millions de dollars en août, ce qui aurait porté leur trésor de guerre à plus de 100 millions de dollars. Ce montant inclut l'argent recueilli mais non dépensé par John McCain lors des primaires et les sommes accumulées par les différents comités du parti dans chacun des 50 États.

Cet argent peut être dépensé pour un certain nombre d'activités, notamment pour le travail des équipes sur le terrain et certaines publicités bien définies. Qui plus est, les comités républicains dans chacun des États peuvent effectuer des dépenses en publicités sans tenir compte des limites imposées à John McCain sur la scène nationale. Le tandem McCain-Palin a par ailleurs le droit d'amasser des fonds au profit du parti.

Quant aux groupes d'intérêt, ils ont le droit de se constituer en comités (des political action committes ou PAC), d'amasser de l'argent comme ils l'entendent et de faire des publicités au profit de l'un ou l'autre des candidats. C'est ce que l'on appelle le soft money.

Les publicités effectuées grâce à ces fonds ne peuvent pas appeler explicitement à voter pour ou contre un candidat, mais leur effet n'en est pas moins redoutable. Cette façon de faire favorise généralement les républicains, qui comptent parmi leur clientèle cible des groupes aux intérêts bien définis et aux coffres bien garnis, comme la National Rifle Association, le puissant lobby des armes à feu.

Pour la campagne de Barack Obama, le secret consiste donc à amasser de l'argent tout en faisant campagne. Cette semaine, par exemple, Barack Obama se rendra à Beverly Hills, en Californie, pour un événement où chaque participant doit débourser 28 500 $ pour avoir le privilège d'être présent. Il participera deux heures plus tard à une autre soirée à laquelle participera Barabra Streisand. Coût d'admission: 2500 $. Un autre événement à 28 500 $ par personne aura lieu vendredi à Miami.

Les démocrates qui mettent la main à la pâte sont toutefois nombreux. Dimanche, Hillary Clinton a participé à une collecte de fonds à 1000 $ le couvert. Caroline Kennedy ratisse également le pays pour récolter des dons au profit de la campagne démocrate, et, selon Politico, l'ancien vice-président américain Al Gore et l'actrice Gwyneth Paltrow s'apprêtent aussi à récolter des fonds pour Barack Obama auprès des Américains expatriés à Londres.

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