Logo Radio-Canada

International Massacre de Srebrenica

Les Pays-Bas blanchis

Mise à jour le jeudi 11 septembre 2008 à 6 h 25

Deux femmes se recueillent devant le monument dédié aux victimes de Srebrenica.

Photo: AFP/Elvis Barukcic

Deux femmes se recueillent devant le monument dédié aux victimes de Srebrenica.

Un tribunal de La Haye a débouté mercredi des survivants du massacre de Srebrenica qui réclamaient que l'État néerlandais soit reconnu responsable de la mort de leurs proches.

« La demande est rejetée », a annoncé le juge Hans Hofhuis, du tribunal de district de La Haye. « L'État ne peut pas être tenu responsable des agissements du "Dutchbat" », le bataillon de Casques bleus néerlandais, a-t-il dit. Le tribunal s'est rallié aux arguments de l'État qui arguait que les soldats hollandais relevaient des Nations unies.

Deux familles accusaient les Casques bleus néerlandais d'avoir livré des réfugiés musulmans aux forces serbes. Ces soldats étaient chargés de protéger l'enclave de Srebrenica.

Les plaignants estimaient que les soldats avaient violé plusieurs lois nationales et traités internationaux. Leur avocat, Me Liesbeth Zegveld, a déploré la décision du tribunal.« Nous ne pouvons pas poursuivre les Nations unies, elles bénéficient de l'immunité », a-t-il précisé.

L'immunité absolue pour les Nations Unies

En effet, le tribunal de La Haye s'est déclaré incompétent pour juger des plaintes déposées contre les Nations unies dans un précédent jugement. Le tribunal a estimé que « l'immunité absolue des Nations unies est la norme et est respectée ».

La décision de mercredi est « sans justice », a regretté l'un des plaignants, Hasan Nuhanovic. Il entend faire appel. « J'ai déjà été trahi tant de fois, la première fois c'était il y a treize ans, par des membres du "Dutchbat" », a-t-il dit à des journalistes.

Les soldats néerlandais « ont envoyé ma famille à la mort », a déclaré M. Nuhanovic.

Hasan Nuhanovic travaillait comme traducteur pour les troupes néerlandaises. Il a perdu ses parents et son frère cadet dans le massacre de Srebrenica. Ils avaient été renvoyés de la base militaire néerlandaise de Potocari, censée protéger les civils fuyant les Serbes de Bosnie en 1995.

Une seconde plainte avait été déposée par Mehida, Damir et Alma Mustafic, la veuve et les enfants d'un autre disparu, Rizo Mustafic. Cet homme était électricien sur la base militaire de Potocari.

Une « mission impossible »

L'enclave de Srebrenica était placée sous la protection de l'ONU jusqu'au 11 juillet 1995, lorsqu'elle avait été envahie par les forces serbes de Bosnie. Faiblement armés, les Casques bleus néerlandais n'avaient pas résisté.

En 2002, un rapport d'enquête avait estimé que le gouvernement néerlandais avait envoyé ses soldats accomplir une « mission impossible » à Srebrenica. Le gouvernement avait dû démissionner à deux semaines de la fin de la législature. Il a toutefois refusé de présenter des excuses, arguant que ses troupes étaient sous commandement de l'ONU et que les Serbes bosniaques étaient responsables du massacre.

8000 morts

Les Serbes de Bosnie avaient ensuite exécuté près de 8000 garçons et hommes musulmans. Ces massacres sont les pires en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) et la Cour internationale de justice les ont qualifiés de génocides.

Fin juillet, le TPIY de La Haye a condamné sept Serbes bosniaques à des peines de 38 à 42 ans de prison pour leur participation à ce massacre. Ils ont été reconnus coupables d'avoir tué des centaines de Bosniaques musulmans.

Leur procès a duré deux ans. Il s'est achevé une semaine après l'arrestation à Belgrade de Radovan Karadzic, ancien président des Serbes de Bosnie, considéré comme le cerveau du massacre.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse et Reuters

En profondeur
Génocide de Srebrenica

Un tribunal de La Haye rejette la demande des survivants de reconnaître la culpabilité des Pays-Bas.

Correspondants à l'étranger

1 3 5

À ne pas manquer

1 2 3

En profondeur