Des femmes quittent Obama

Le choix de Sarah Palin comme candidate républicaine à la vice-présidence permettra-t-il à John McCain de remporter l'adhésion d'une majorité de femmes blanches et, du coup, l'élection présidentielle du 4 novembre?

Les femmes blanches ont changé d'allégeance depuis la convention républicaine: elles appuient maintenant majoritairement John McCain. Barack Obama attaque de plus en plus Sarah Palin.

Selon un sondage Washington Post/ABC News publié au cours des dernières heures, cette tranche de l'électorat a effectivement changé son fusil d'épaule depuis la convention du Grand Old Party, la semaine dernière.

Alors qu'elles appuyaient le démocrate Barack Obama dans une proportion de 50 % contre 42 % pour McCain, les femmes blanches se rangent maintenant majoritairement derrière le candidat républicain à 53 % contre 41 % pour son adversaire.

Lors d'un rassemblement politique à Lebanon, en Ohio, mardi. Lors d'un rassemblement politique à Lebanon, en Ohio, mardi.   © PC/AP/Stephan Savoia

Ce phénomène, qui explique les récents sondages donnant McCain en avance, n'est que passager, selon Barack Obama. Ultimement, a-t-il déclaré mardi, en Ohio, les électeurs feront leur choix en fonction des principaux enjeux: l'économie, la santé, l'éducation.

N'empêche, après avoir choisi de regarder passer la parade, la campagne démocrate se rend compte que le phénomène Palin ne s'estompe pas, bien au contraire. Sur les blogues et les sites de nouvelles, le nom de la gouverneure de l'Alaska est maintenant plus recherché que celui de Barack Obama.

La campagne démocrate passe donc de plus en plus en mode attaque. Elle répète notamment à qui mieux mieux que Mme Palin masque la vérité en se vantant d'avoir mis un frein au projet du Bridge to Nowhere (le pont qui n'aboutit nulle part). Il appert que Mme Palin a d'abord appuyé le projet de tout son poids.

Le ton se durcit aussi. Lundi, Obama a déridé une foule en parlant de Sarah Palin « mère, gouverneure, chasseuse d'orignal ». Mardi, accusant ses adversaires républicains de maquiller leur bilan, comme il le fait sans relâche depuis la fin de la convention, Barack Obama a déclaré: « Vous pouvez mettre du rouge à lèvres sur un cochon, ça reste un cochon ».

La remarque tentait de retourner à son avantage une déclaration faite par Mme Palin lors de son discours à la convention républicaine. Elle avait alors lancé: « Quelle est la différence entre une hockey mom et un pit-bull? Du rouge à lèvres. »

La réplique de M. Obama a toutefois soulevé l'ire de la campagne McCain, qui a exigé, mais pas obtenu, des excuses.

Le bon ton pour le bon public

Les démocrates ont rétorqué avec justesse qu'il s'agissait d'une expression consacrée, que M. McCain a d'ailleurs utilisée pas plus tard que l'an dernier pour railler le programme d'Hillary Clinton en matière de santé, plan qu'elle a été incapable de faire implanter lorsque son mari Bill était président.

Les républicains ont néanmoins lancé une vidéo sur le web avec l'extrait original de Sarah Palin, la remarque d'Obama, une citation hors contexte d'une présentatrice de nouvelles de CNN affirmant que le sexisme joue un rôle dans cette campagne. Le clip demande aux internautes si Obama est apte à diriger le pays.

L'affaire illustre toutefois à quel point il est délicat pour les démocrates d'attaquer Mme Palin sans entraîner une levée de boucliers. Le sujet est d'autant plus délicat que le parti se remet lui-même de la lutte qui a opposé Barack Obama à Hillary Clinton, et que des plaies restent non cicatrisées.

La semaine dernière, l'organisme Women Count, créé pour amasser des fonds pour la campagne de Mme Clinton, a pris la défense de Mme Palin. Tout en précisant qu'il ne soutient pas ses positions politiques, Women Count affirme qu'il défendra la gouverneure de l'Alaska contre toute accusation sexiste. Au fait, le groupe n'a toujours pas publiquement appuyé Barack Obama.

Plusieurs analystes croient toutefois qu'Obama doit travailler plus fort pour aller chercher le vote des femmes, et notamment celui des « Wal-Mart Moms », des femmes de la classe moyenne, âgées de 40 à 50 ans, habitant souvent le plus souvent en banlieue, et qui s'inquiètent pour les frais de scolarité de leurs enfants et les soins de santé de leurs parents.

Interrogée par le magazine Time, une responsable des sondages du camp Obama, Celinda Lake, affirme que ces femmes sont encore sceptiques que le candidat démocrate ait l'expérience nécessaire pour gérer le pays. Elles sont aussi davantage conservatrices que lui et, ajoute Mme Lake, sont « plus sensibles » à la question raciale.

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