26 août
Lundi 13 février 2012 21 h 20 HNE
![]() International Guerre dans le Caucase Moscou reconnaît les provinces rebellesMise à jour le mardi 26 août 2008 à 18 h 03
Le bras de fer qui se joue entre la Russie et l'Occident vient de prendre un tournant majeur mardi. Le président russe Dimitri Medvedev a annoncé, au terme d'une réunion de son Conseil de sécurité, que son gouvernement reconnaissait l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. « J'ai signé les décrets sur la reconnaissance par la Russie de l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie », a affirmé le président Medvedev dans un discours télévisé. La Russie appelle les autres États à suivre son exemple. Ce n'est pas un choix facile, mais c'est l'unique option pour préserver les vies des gens. — Le président russe, Dimitri Medvedev
Pour Dimitri Medvedev, « Tbilissi a fait son choix dans la nuit du 7 au 8 août [en lançant une offensive militaire contre l'Ossétie du Sud]. Saakashvili a choisi le génocide pour atteindre ses objectifs politiques ». Le Kremlin a aussitôt demandé à sa diplomatie d'ouvrir des représentations russes dans les capitales ossètes et abkhazes. Les présidents des deux régions, l'Ossète Edouard Kokoïty et l'Abkhaze Sergueï Bagapch, ont tous les deux qualifié la reconnaissance russe de « jour historique », Edouard Kokoïty allant même jusqu'à prétendre que la Russie a sauvé son peuple d'un génocide. D'ailleurs, le président Kokoïty a indiqué qu'il avait l'intention de permettre aux forces militaires russes d'installer une base permanente sur le territoire ossète. Condamnations dans le monde La reconnaissance russe, qui ouvre littéralement la voie à la partition du territoire géorgien, a aussitôt suscité un concert de réactions, à commencer par la France, à l'origine de la plus récente initiative de paix dans la région, et de la Géorgie. Pour Paris, la décision du président Medvedev est « regrettable », alors que Tbilissi, lui, parle d'une « annexion flagrante ». Londres, pour sa part, affirme rejeter « catégoriquement » la reconnaissance russe et en profite pour réaffirmer « la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Géorgie ». Et les États-Unis, à l'origine de la poussée vers l'est de l'OTAN et principal allié du gouvernement géorgien de Mikheil Saakashvili, ont, à l'instar de Paris, trouvé « regrettable » la décision russe. Lire les différentes réactions. Bras de fer stratégique C'est une véritable partie de realpolitik que joue dans cette région la Russie, et ce, depuis le début des années 90, à l'époque où l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud se déclaraient unilatéralement indépendantes du jeune État géorgien. Moscou a toujours appuyé en sous-main les initiatives séparatistes ossètes et abkhazes, vues par les stratèges du Kremlin comme une façon d'assurer à la Russie un maximum d'emprise sur une région dont l'importance géostratégique est indéniable. Toutefois, plusieurs observateurs doutaient de la volonté réelle du pouvoir central russe de reconnaître officiellement l'indépendance des deux régions séparatistes, de crainte, expliquaient-ils, d'inspirer des mouvements séparatistes à l'intérieur même des frontières russes. Il semblerait cependant que Moscou a été pressé de faire monter les enchères dans le Caucase, six mois après la reconnaissance officielle du Kosovo par l'Occident, contre l'avis de la Russie, et alors que l'OTAN est en pleine offensive expansionniste dans l'ancien pré carré soviétique.
L'OTAN inquiète Moscou Et le ton continue de monter entre Moscou, Washington et Bruxelles au sujet du conflit caucasien et des prétentions de l'OTAN à s'étendre sur ce qui était naguère le coeur de la zone d'influence russe. Ainsi, le gouvernement russe a annoncé, mardi, qu'il suspendait sa coopération avec l'OTAN dans toute une série de domaines et qu'une visite à Moscou du secrétaire général de l'Alliance, prévue en octobre prochain, avait été annulée. Lundi, le président Medvedev, toujours défiant face à l'OTAN, recevait le président moldave Vladimir Voronine pour discuter du statut d'une autre région séparatiste, la Transnistrie. Dimitri Medvedev et son homologue moldave ont tous deux estimé qu'il était temps de « régler définitivement » une crise qui fait écho à celle qui a enflammé le Caucase du Sud, voilà deux semaines. La Transnistrie, en effet, est le théâtre, depuis le début des années 90, d'un conflit entre le pouvoir central moldave, roumanophone, et la majorité russophone de la région. En décembre 1991, la population de Transnistrie se prononce pour l'indépendance pure et simple du territoire, déclenchant, quelques mois plus tard, un bref et violent conflit qui a fait plusieurs centaines de morts. Les forces russes, présentes dans la région depuis la désintégration de l'URSS, interviennent alors en faveur des milices séparatistes et forcent le pouvoir moldave à respecter, sans la reconnaître, une indépendance de facto du territoire transniestre. Une progression à freiner Moscou, qui tente depuis plusieurs mois de faire barrage aux volontés expansionnistes de l'OTAN, serait aujourd'hui prêt à « convaincre » les autorités de Transnistrie de réintégrer le giron moldave en échange d'une large autonomie. La Moldavie devrait, pour sa part, s'engager à refuser les appels de l'OTAN et déclarer sa neutralité permanente. L'initiative russe en Transnistrie, comme le souligne la collaboratrice du Monde à Moscou, Nathalie Nougayrède, semble s'inscrire dans la création d'une véritable « zone neutralisée dans l'espace européen, passant par Kaliningrad, la Biélorussie, la Moldavie, jusqu'au Caucase ». En effet, les dernières initiatives de Moscou dans les pourtours de son ancien empire donnent l'impression que le président Medvedev cherche à protéger le territoire russe d'un contact trop rapproché avec l'OTAN. Et en traçant un axe de l'enclave russe de Kaliningrad, à l'ouest, jusque dans le Caucase, à l'est, la Russie s'assure de la mainmise sur les principales routes énergétiques de la région tout en bloquant les tentatives des États-Unis d'asseoir leur puissance sur une des régions les plus stratégiques du globe. Les États-Unis, d'ailleurs, n'en resteront sûrement pas là, comme en fait foi le voyage prévu la semaine prochaine du vice-président américain Dick Cheney en Géorgie, en Ukraine et en Azerbaïdjan. La Maison-Blanche a expliqué, lundi, que « le président Bush a demandé au vice-président d'aller en Azerbaïdjan, en Géorgie, en Ukraine et en Italie pour des discussions avec des partenaires clefs sur nos intérêts réciproques ».
Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, Associated Press et Reuters
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