Colère contre la coalition

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse
Un Afghan en bicylette passe devant un soldat français. Un Afghan en bicylette passe devant un soldat français.   © AFP/Shah Marai

Révolté par une frappe aérienne qui aurait tué 90 civils vendredi, le gouvernement Karzaï veut renégocier l'entente encadrant la présence de troupes étrangères sur son sol.

Le gouvernement afghan d'Hamid Karzaï réclame une renégociation de l'entente encadrant la présence de troupes étrangères sur son territoire, afin que les soldats de la coalition internationale soient soumis à une entente sur le statut des forces étrangères.

« Les frappes aériennes sur des cibles militaires, les perquisitions non coordonnées et la détention illégale de civils afghans doivent cesser », indique une déclaration du gouvernement afghan publiée lundi.

Cette demande survient après qu'un raid perpétré par la coalition, vendredi, dans la région d'Herat, a tué 90 civils, dont une majorité de femmes et d'enfants, selon une enquête du gouvernement afghan. Il s'agirait ainsi de la pire bavure commise par les troupes internationales depuis qu'elles ont envahi le pays pour déposer les talibans, à l'automne 2001.

Ce bilan est toutefois contesté par l'administration américaine. Celle-ci a d'abord soutenu vendredi que seuls des militants islamistes avaient été tués, avant d'admettre que 5 civils liés à ceux-ci avaient aussi péri.

Un porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman, a d'ailleurs réitéré lundi que Washington continuait de croire qu'il s'agissait d'une « frappe légitime » contre les talibans. « Malheureusement, il y a eu des victimes civiles, bien que les chiffres fassent l'objet de rapports conflictuels, je dirais. Mais c'est pour cela qu'il y a une enquête », a-t-il ajouté, selon ce que rapporte l'AFP.

Selon une journaliste installée à Kaboul, Constance de Bonnaventure, l'annonce du gouvernement afghan constitue « sans doute une stratégie du gouvernement afghan pour récupérer le soutien de la population ». Il est important pour Hamid Karzaï, dit-elle, que les Afghans sachent qu'il est révolté par cette affaire.

À l'aube d'un vote à l'ONU

Le Conseil de sécurité des Nations unies doit se prononcer en octobre sur la prolongation du mandat des forces internationales en Afghanistan. Ce vote ne concerne toutefois que les troupes qui relèvent de l'OTAN, l'ISAF.

Une partie des troupes américaines opère de façon autonome dans le pays, en vertu d'un accord bilatéral conclu entre Washington et Kaboul en 2005.

Carte de l'Afghanistan

Le raid a eu lieu dans l'ouest du pays, à 120 kilomètres d'Herat, non loin du village d'Azizabad, dans le district de Shindand, réputé pour abriter de nombreux insurgés. Des manifestations ont eu lieu dans la région, samedi, et une voiture de police a été brûlée aux cris de « Mort à l'Amérique ».

Dans un communiqué, le conseil des oulémas de l'ouest de l'Afghanistan dénonce « les ennemis de l'Islam qui trempent leurs mains dans le sang des innocents » et a lancé un appel à une manifestation mardi à Herat.

Dimanche, le président Karzaï a annoncé dans un communiqué que deux officiers avaient été limogés pour « négligence et rétention d'information », à propos de la frappe aérienne, qu'il a qualifiée de « tragique et irresponsable ».

Selon les autorités afghanes, c'est aussi la négligence qui est à l'origine du drame. « Je retiens de ma mission qu'il n'y a aucune coordination entre les troupes afghanes et internationales, en dépit des demandes répétées du président », a souligné le ministre des Affaires religieuses et président de la commission d'enquête afghane, Nematullah Shahrani.

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