Enfin, nous y sommes!



Quelle joie de diffuser la série À l'heure de la Chine de la place Tiananmen, à Pékin. Pour moi, c'est un rêve qui a débuté il y a déjà quelque temps.

Avec François Carignan, le coordonnateur de la couverture olympique à Montréal, nous avons commencé à penser, il y plusieurs années, à une façon d'utiliser l'expérience colossale de Radio-Canada en Chine à l'occasion des Jeux.

 Jean-François Lépine, à Pékin, dans les années 80

C'est en 1979 que Jean Larin a été envoyé pour la première fois à Pékin comme correspondant. Don Murray a suivi un an plus tard. J'ai pris la relève en janvier 1983 et, depuis, la liste est longue de ceux qui ont dirigé ce bureau, où les reportages se font en deux langues, et où les journalistes sont aussi appelés à travailler pour la radio anglaise. Nous avons tenu le fort pendant près de 30 ans, racontant, souvent dans des conditions difficiles, l'évolution de cette Chine qui était un pays pauvre, vivant dans la grande noirceur d'une fin de régime maoïste quand nous sommes arrivés, et qui s'est transformée en un géant économique moderne et innovateur.

Trente ans d'actualités

Nous avons couvert l'arrivée de Deng Xiaoping au pouvoir, le procès de Jiang Qing (la veuve de Mao qui a inspiré la fameuse Bande des Quatre à la fin de la Révolution culturelle), le début de la révolution capitaliste avec les zones économiques spéciales, l'ouverture aux étrangers, permettant à des régions aussi éloignées que le Tibet ou le Xinjiang de devenir accessibles, la montée du mouvement démocratique suivie de la répression de la place Tiananmen, en juin 1989, le bouleversement des années 1990, et l'accession de la Chine au statut de grande puissance durant les années 2000.

Pour la première fois dans l'histoire récente des JO, à l'exception des États-Unis, des Jeux d'été se tenaient cette année dans un pays étranger où nous avions toute cette expérience de couverture. Nous avons donc décidé d'utiliser cette force de frappe et de la « mettre à l'écran », comme on dit dans le métier.

À partir de mai dernier, nous sommes tous revenus en Chine pour réaliser les reportages que nous présenterons à l'émission. Ils seront également diffusés au réseau anglais de Radio-Canada, comme le veut la tradition établie au bureau de Pékin.

Je me suis penché, avec mes collègues Josée Bellemare et André Perron, sur des sujets qui m'avaient intéressé lors de mes différents séjours: la relation trouble entre la Chine et son petit frère de Taïwan, et la préservation du patrimoine architectural de ce grand pays à l'histoire millénaire.

Les relations Taïwan-Chine

Depuis 1949, au moment où Mao a pris le pouvoir, Taïwan et la Chine continentale vivent une relation difficile. Quand j'étais à Pékin, durant les années 1980, j'ai assisté à l'arrivée sur le continent des premiers investisseurs taïwanais, que le régime tolérait parce qu'ils contribuaient au redémarrage économique du pays. Aujourd'hui plus de 500 000 Taïwanais dirigent des entreprises en Chine. Ils sont en partie responsables du miracle chinois. Taïwan, la petite île de 23 millions d'habitants est considérée par le grand frère chinois comme une province récalcitrante; les Taïwanais, eux, hésitent à devenir carrément indépendants de la Chine, qui n'accepterait jamais une telle fronde.

Si bien que, cet été, Taïwan participe aux JO sous le nom de Chine-Taïpei, un compromis acceptable pour les autorités chinoises. Après avoir élu un président indépendantiste pendant deux mandats, les Taïwanais ont porté au pouvoir en mai dernier Ma Yingjeao, un homme politique favorable à un rapprochement avec Pékin. Résultat : des vols directs relient maintenant la Chine et Taïwan, les liens maritimes seront augmentés et les touristes des deux côtés pourront voyager librement. Mais, si la réconciliation est à l'ordre du jour, on est loin d'une réunification. Beaucoup de Taïwanais craignent de perdre leurs libertés en redevenant partie de la Chine.

L'avenir des hutongs: le progrès économique accéléré est-il compatible avec la protection du patrimoine?

 Dans un hutong de Pékin

Difficile d'imaginer que, dans une ville aussi moderne que Pékin, avec une croissance de 15 % par année, des dizaines de milliers de gens vivent encore sans confort, sans eau courante, dans des bidonvilles un peu particuliers qu'on appelle les hutongs. Ce sont, en fait, les plus vieux quartiers de Pékin. Ironiquement, ils constituent, pour beaucoup de leurs habitants, un trésor national. Ils témoignent de la vie passée à Pékin.

Aujourd'hui surpeuplés, les hutongs font l'envie des promoteurs, qui voudraient bien les détruire pour récupérer l'espace et bâtir en hauteur. Une grande partie a disparu ces dernières années sous la pression du boom immobilier sans précédent que connaît la capitale, d'autres ont été rasés pour faire place aux installations olympiques. La survie de ces vieux quartiers est au coeur d'une bataille de plus en plus courante en Chine entre le développement économique et la nécessité de protéger le patrimoine historique.

Jean-François Lépine

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