Les difficiles négociations sur la libéralisation du commerce mondial menées dans le cadre du cycle de Doha se poursuivent toujours à Genève, mardi. Elles achoppent actuellement sur les clauses de sauvegarde.
Après plus d'une semaine de négociations sur la libéralisation du commerce, le rapprochement entre pays riches et pauvres demeure le principal défi des négociateurs.
Le ministre canadien du Commerce international, Michael Fortier, qui est sur place, fait pour sa part l'objet d'intenses pressions de la part des agriculteurs et du gouvernement du Québec, qui le pressent de ne rien céder.
Les producteurs canadiens de lait, d'oeufs et de volailles du pays sont soumis au système de gestion de l'offre, qui protège considérablement le marché intérieur de la concurrence étrangère. Ce système est menacé par le projet d'accord qui circule actuellement à Genève.
De retour de la Suisse, où il a assisté aux discussions jusqu'à samedi, le ministre québécois de l'Agriculture, Laurent Lessard, se dit inquiet de la tournure des évènements. Il soutient que ce projet ne correspond pas aux objectifs que le Québec et le Canada se sont fixés parce qu'il prévoit « une diminution du soutien intérieur ».
Le ministre Lessard affirme d'ores et déjà que le gouvernement Charest tiendra Ottawa responsable des impacts économiques que les agriculteurs québécois pourraient subir. « C'est eux qui tiennent le crayon et ils doivent savoir qu'il y a des conséquences. Et s'il y a des conséquences, on sait à quelle porte frapper », laisse-t-il tomber.
Le ministre Michael Fortier a réitéré lundi que son gouvernement défend toujours la gestion de l'offre, comme il le fait depuis le début de la rencontre de Genève. Sans surprise, il soutient qu'une bonne entente pour le Canada devrait permettre d'abaisser des barrières tarifaires à l'étranger, pour des entreprises canadiennes exportatrices, tout en protégeant les acquis dans l'agriculture.
L'UPA au front
Au Québec, l'Union des producteurs agricoles (UPA) soutient que le projet d'entente prévoit d'importantes réductions des tarifs douaniers « qui laisseraient libre cours au dumping, sur le marché canadien, de produits laitiers et avicoles étrangers ». Ces pays étrangers, ajoute-t-il, conserveraient toutefois le droit de maintenir d'importantes subventions agricoles.
Le syndicat agricole somme par ailleurs le ministre Fortier de respecter la motion unanime adoptée en novembre 2005 à la Chambre des communes, qui préconisait le maintien intégral de la politique actuelle.
Le chef syndical Christian Lacasse a déclaré lundi qu'Ottawa doit « passer de la parole aux gestes et indiquer clairement à ses partenaires commerciaux que le projet lui est inacceptable dans sa forme actuelle ».
Le projet d'accord, affirme M. Lacasse, est « nuisible » pour l'ensemble des agriculteurs, puisqu'il mettrait à risque « plus de 40 % des recettes agricoles québécoises et, conséquemment, quelque 70 000 emplois directs et indirects à la ferme et dans la transformation ». Selon lui, « c'est la stabilité économique de nos régions qui est en jeu ».
Selon l'UPA, 8000 fermes québécoises bénéficient du système de gestion de l'offre, ce qui fait vivre 15 000 producteurs et leurs familles. Les secteurs sous gestion de l'offre, dit le syndicat, génèrent près de 4 milliards de dollars en terme de produit intérieur brut.
Difficiles tractations
La tension a monté d'un cran à Genève où les négociateurs des principaux pays membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) entreprennent leur neuvième jour de discussions dans l'espoir de trouver un accord.
La dernière d'une série de désaccords entre pays riches et pauvres porte sur la question de la clause de sauvegarde. Cette clause permet à un pays d'appliquer des tarifs exceptionnels sur des produits agricoles lorsque son marché intérieur est confronté à une forte hausse des importations.
L'Inde souhaite obtenir que le seuil de déclenchement soit placé assez bas, mais Washington s'y oppose, estimant que ces clauses pourraient ainsi devenir un outil protectionniste. « Les États-Unis cherchent à favoriser leurs intérêts commerciaux, je cherche à protéger le niveau de vie et la sécurité des fermiers », a déclaré le ministre indien du Commerce Kamal Nath.
N'eut été de la discorde au sujet de la clause de sauvegarde, il y aurait eu accord lundi, selon le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim. Le ministre ajoute que des compromis ont été faits dans d'autres secteurs. « Tout le monde doit faire des sacrifices », dit-il.
Les présentes négociations (Cycle de Doha) ont été lancées à Doha au Qatar en 2001. Le cycle de négociations baptisé « Cycle du développement » devait durer trois ans. Ces discussions visent à réduire l'écart de richesse entre les pays en développement et émergents, et les grands pays industrialisés.