Tout a commencé le 29 juin, je crois.
Soudain, une nouvelle fierté animait les militaires canadiens.
Ils se promenaient en regardant le ciel, un sourire aux lèvres. Il s'agissait de suivre leur regard pour comprendre : un immense drapeau canadien flottait au-dessus du poste de commandement canadien.
Et alors, me direz-vous?
Le ciel de la base de Kandahar est parsemé d'étendards de tous les États qui y sont déployés. Stars and Stripes ici, Union Jack là, Tricolore, et ainsi de suite, chaque quartier général est identifié par un drapeau. Sa mise en berne signale à tous qu'un soldat de ce pays a perdu la vie.
Or, il semble que le Canada fait exception à la règle. Ou plutôt, le seul unifolié à Kandahar est invisible. C'est celui qui est rattaché au monument à la mémoire des Canadiens qui sont morts au cours de cette mission. Il est caché par les clôtures et les barbelés qui entourent le quartier général canadien.
Les militaires canadiens se sentaient donc particulièrement heureux de voir un immense unifolié régner sur le ciel de Kandahar, de voir enfin un symbole souligner haut et fort leur contribution à cette mission. Disons aussi qu'ils étaient d'autant plus satisfaits que ce drapeau était plus gros, plus haut que tous les autres. Il suscitait même la jalousie des Américains! On pouvait l'apercevoir de partout.
La fierté aura été de courte durée.
Le 4 juillet, alors que les Américains fêtaient l'Independence Day, l'unifolié a disparu.
Ce n'était pas un geste de déférence à l'égard des États-Unis.
C'est plutôt que la réalité de cette mission s'est imposée.
Poser l'étendard canadien au sommet d'une tour de communication en zone de guerre n'est peut-être pas la meilleure idée... Et surtout, la mort d'un 86e militaire canadien vendredi a souligné sa plus importante lacune: le drapeau ne peut y être mis en berne.
Il a donc disparu, le temps de dire adieu au caporal Brendan Anthony Downey, le temps de trouver une façon d'installer un mât permanent pour qu'enfin, disent les soldats, un unifolié flotte dans le ciel de Kandahar.
Emmanuelle Latraverse