En Zambie, une femme transporte un sac de maïs obtenu d'une ONG.
©
PC/AP/Obed Zilwa
Le sommet de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) sur la sécurité alimentaire qui se tenait à Rome depuis mardi s'est conclu jeudi par une déclaration finale qui évite soigneusement les questions litigieuses.
Le sommet de la FAO dans la capitale italienne se conclut sans que les questions relatives à l'impact des biocarburants et des politiques agricoles des uns et des autres soient tranchées.
Dans le document final, les pays signataires s'engagent à réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées, d'ici 2015 au plus tard. Il reprend aussi l'engagement de deux précédents sommets, en 1996 et en 2002, d'atteindre la sécurité alimentaire.
Sur les biocarburants, cependant, aucun engagement concret ne ressort de ce sommet de Rome. Au plus, la déclaration finale parle « d'études approfondies » sur le sujet pour respecter le principe de « développement durable », mais ne prévoit aucune instance pour évaluer ou réglementer leur production.
L'impact de l'utilisation de céréales pour fabriquer du biocarburant est largement montré du doigt comme un facteur à l'origine de la crise actuelle, mais les principaux producteurs, comme le Brésil et les États-Unis, ne sont pas de cet avis.
Les pays participants font un timide plaidoyer pour un commerce agricole plus équitable. Les signataires « encouragent la communauté internationale à poursuivre ses efforts en matière de libéralisation des échanges agricoles en réduisant les obstacles au commerce, et les politiques qui sont à l'origine de distorsions des marchés ».
Cette formule évite donc de trancher le débat sur les subventions agricoles qu'accordent les pays riches à leurs agriculteurs et les restrictions aux exportations adoptées par plusieurs pays depuis le début de la crise, afin de protéger leur marché intérieur.
En raison de ce silence sur la question des marchés, l'Argentine a refusé d'adhérer au texte final.
Cuba a continué de critiquer l'embargo américain qui lui est imposé, tandis que le Venezuela a déploré le manque de courage des participants.
Diouf satisfait
Le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, a tout de même tracé un bilan positif du sommet. « Nous ne nous sommes pas contentés de paroles, mais nous avons décidé de mobiliser des ressources pour mettre en oeuvre des actions à court, moyen et long terme », a-t-il dit. M. Diouf a souligné que des promesses de dons de 6,5 milliards avaient été faites lors du sommet.
Mais le chef de la diplomatie italienne, Franco Frattini, est plutôt ressorti frustré de ce sommet. « Il y a eu de grandes déclarations, mais je n'ai pas senti cette cohésion unanime qui aurait été nécessaire », a-t-il résumé.
Plus tôt dans la journée, le président sénégalais, Abdoulaye Wade, n'avait pas mâché ses mots pour illustrer sa déception face à une déclaration timorée. « Le projet de résolution, quand je l'ai vu j'ai ri. Non, ce ne sont pas des engagements, ce sont des promesses. On ne les a pas respectées jusqu'ici. Quand voulez-vous qu'on les respecte? », s'est-il insurgé.
La directrice du PAM, Josette Sheeran, a estimé que le sommet de Rome avait néanmoins permis de faire des progrès parce qu'il avait permis de convaincre les membres du G8 d'inscrire le sujet à l'ordre du jour de leur sommet de juillet. « D'abord, il faut s'entendre sur le problème. Ensuite, il faut s'entendre sur le fait qu'il s'agit d'une priorité. C'est ce qui s'est produit », a-t-elle déclaré.
L'objectif du sommet de la FAO est de trouver des remèdes à l'augmentation fulgurante des prix des denrées de base (riz, blé, huile, etc.) qui a provoqué des émeutes de la faim dans des dizaines de pays pauvres d'Afrique, des Caraïbes et d'Asie depuis le début de l'année.
Selon la Banque mondiale, 100 millions de personnes sont menacées de venir grossir les rangs des 850 millions qui souffrent déjà de malnutrition dans le monde.