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International En profondeur

Journaliste:Bernard Leduc

Mise à jour le vendredi 25 septembre 2009 à 10 h 05

Otage parmi les otages



Ex-candidate à la présidence de la Colombie, prisonnière de la guérilla des FARC pendant plus de six ans, Ingrid Betancourt est revenue à l'avant-scène de l'actualité depuis sa libération hypermédiatisée, le 2 juillet 2008.

Et depuis, elle n'a eu de cesse de réclamer sur toutes les tribunes la libération des milliers d'autres otages toujours entre les mains des Forces armées révolutionnaires de Colombie ainsi que de divers groupes paramilitaires et mafieux.

Ingrid Betancourt

Photo: AFP/BERTRAND GUAY

Sa vie, en bref

  • Ingrid Betancourt naît en Colombie, le 25 décembre 1961. Sa jeunesse se partage entre Bogota et Paris, où elle étudie à l'Institut d'Études politiques au milieu des années 80.


  • Elle se marie en 1981, devient mère de deux enfants. En 1990, elle divorce et part s'installer, seule, à Bogota, où elle obtient un poste de conseillère auprès du ministre des Finances, puis du ministre du Commerce extérieur.


  • Elle se lance en politique et est élue députée en 1994, sous la bannière libérale.


  • En 1998, elle crée son propre parti, Oxygène, et est élue au Sénat. Elle est candidate à la présidence sous la bannière de ce parti en vue des élections de mai 2002.


  • Le 23 février 2002, elle et sa directrice de campagne Clara Rojas sont enlevées par les FARC pendant la campagne présidentielle.Une première preuve de vie est fournie dans une vidéo remise par les FARC le 23 juillet 2002. Une seconde vidéo suit le 30 août 2003.


  • Elle est libérée, avec 14 autres otages, le 2 juillet 2008, au terme d'une audacieuse opération des forces spéciales colombiennes qui s'est déroulée sans effusion de sang.

Quand commence l'histoire d'Ingrid Betancourt? Pour l'aventure, en janvier 1990, alors que fille de la haute élevée en France par ses parents colombiens, elle débarque à Bogota afin de laisser libre cours à son idéalisme politique. Pour la tragédie, le 23 février 2002, à quelques mois des présidentielles, avec son enlèvement par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Pour le rêve, 1971, lorsqu'âgée d'à peine dix ans, cachée sous le piano à queue de ses parents à Paris, elle écoutait les artistes et politiciens de passage parler de cette Colombie à laquelle, un jour, elle sacrifiera tout, y compris son mari et ses enfants.

Pour la Colombie, le 30 novembre 2007, avec cette lettre adressée à sa mère et saisie par les forces gouvernementales en même temps qu'une vidéo, où le désespoir semble à fleur de peau parmi quelques sursauts d'espoir, des mots d'amour pour ses proches, à son pays.

Moi, j'aspire à ce qu'un jour, nous ayons la soif de grandeur qui fait surgir les peuples du néant pour atteindre le soleil.

— Extrait de la lettre, traduit par le Comité de soutien à Ingrid Betancourt

Un destin colombien

L'ex-sénateur Luis Eladio Pérez, libéré par les FARC en janvier 2008

Photo: AFP/François Guillot

L'ex-sénateur Luis Eladio Pérez, libéré par les FARC en janvier 2008

Jusqu'à cet instant, la politicienne franco-colombienne avait été plus populaire en France qu'en Colombie, grâce à un comité de soutien bien branché sur les milieux politiques. Or, avec ce message, les Colombiens ont cette fois, devant eux, non plus la jeune idéaliste pétrie de beaux principes forgés à l'étranger, mais une femme marquée à jamais par un destin proprement colombien.

Selon un sondage publié en mars 2008 par l'hebdomadaire El Tiempo, le plus important quotidien du pays, Ingrid Betancourt est, avec 71 % d'opinions favorables, la personnalité politique la plus populaire en Colombie après le président Alvaro Uribe.

L'impression est renforcée par le témoignage de Luis Eladio Pérez, un parlementaire qui fut son compagnon d'infortune dans les geôles à ciel ouvert des FARC. Libéré avec trois autres otages en février dernier, il témoigne alors de la force de caractère d'Ingrid Betancourt, que traduit avec éloquence leur spectaculaire tentative d'évasion: cinq jours de cavale dans la jungle, poursuivis par plusieurs centaines de guérilleros.

Ingrid, désormais fille de son pays. Comme elle le rêvait, mais sur un mode cauchemardesque. Un cauchemar peuplé de fantômes dont elle est devenue l'emblème. Car derrière cet enlèvement unique se cachent des milliers d'autres, perpétrés au cours des vingt dernières années tant par les guérilleros que par des bandits de grand chemin. Les seuls FARC détiendraient encore 750 otages, dont 39 issus de la classe politique.

Puis, derrière ces enlèvements, au moins 70 000 civils tués, victimes du conflit interne qui oppose depuis des lustres les forces gouvernementales et les paramilitaires aux FARC, mais aussi aux guérilleros de l'ELN (Ejército de Liberación Nacional ou Armée de libération nationale).

Femme politique

Ingrid Betancourt pendant la campagne présidentielle de 1998

Photo: AFP/STR

Ingrid Betancourt pendant la campagne présidentielle de 1998

La Colombie de 2008 n'est certes plus celle qu'Ingrid Betancourt a quittée six ans plus tôt pour ses limbes. Les paramilitaires ont été démobilisés, les forces gouvernementales sont repassées à l'offensive contre les FARC, avec un certain succès, grâce notamment à leurs hélicoptères Black Hawk et leurs avions Super Tucano. Les assassinats de syndicalistes ont quelque peu décru en nombre.

Mais la corruption de la classe politique, le narcotrafic et les inégalités sociales, qui avaient déterminé son entrée en politique en 1994 sous la bannière libérale, puis la fondation du parti Oxygène, sont toujours aussi présents. Le 24 avril 2008, l'ex-sénateur Mario Uribe, cousin du président, est allé rejoindre en prison quelque 30 autres parlementaires, écroués depuis 2007 pour leurs liens présumés avec des paramilitaires recyclés dans le trafic de la drogue et l'organisation d'élections.

Ironiquement, ce n'est qu'à la toute fin de ses huit années en politique qu'Ingrid Betancourt s'est intéressée aux FARC et que, déterminée à forcer le destin, elle s'est jetée dans la gueule du loup. Pourquoi, à trois mois des élections présidentielles de mai 2002, s'est-elle rendue, malgré tous les avertissements, à San Vicente de Caguan, lieu des défuntes négociations de paix?

En février 2008, dans l'ignorance du dénouement heureux qu'allait connaître cette histoire, Luis Eladio Pérez confiait : « Si Ingrid Betancourt est libérée, elle sera un jour présidente de la Colombie ». Selon lui, elle a développé en détention une vision des principaux enjeux qui permet d'envisager la pacification du pays. Le tout passerait notamment par une solution négociée avec les FARC, affront à la ligne dure défendue par Alvaro Uribe, depuis l'échec de son prédécesseur Andrès Pastrana.

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