Le Québec en 68
En 1968, j'avais 11 ans. C'est dans la peau d'un élève du primaire que j'ai vécu l'année de tous les changements et de toutes les révolutions en Occident.
Une année marquée par l'explosion des mouvements étudiants un peu partout, par la contestation de la guerre du Vietnam et par une remise en cause de l'ordre établi qui allait laisser des traces pendant de nombreuses années. Pourtant, comme l'histoire nous l'apprendra plus tard, la contestation n'était le fait que d'une minorité. Elle a tout aussi bien pavé la voie à l'individualisme d'aujourd'hui qu'aux mouvements sociaux et politiques de la décennie qui a suivi.
Chez nous, 68 a emmené son lot de transformations. La Trudeaumanie balaie le pays, et Pierre Elliot Trudeau, le « Kennedy canadien » devient le plus jeune premier ministre de l'histoire. Mais, au Québec, 68 marque aussi la fondation du Parti québécois avec René Lévesque a sa tête, ce qui préfigure les affrontements politiques à venir.
Côté culturel, le Québec brise les tabous avec L'Osstidcho de Robert Charlebois, Louise Forestier et Yvon Deschamps, ainsi qu'avec Les belles soeurs de Michel Tremblay. Les jeunes Québécois écoutent tout autant Revolution des Beatles que La révolution française, groupe québécois de l'heure...
Et la contestation étudiante bouillonne en octobre : pendant deux semaines, les cégeps nouvellement créés et certaines universités sont occupés. Imaginez: les baby-boomers de l'époque ont peur de ne pas trouver de travail... Leurs leaders étudiants, qui appellent a une rupture avec le système, s'appellent Louise Harel (future ministre péquiste), Claude Charron (lui aussi politicien et ensuite journaliste a TVA) et Gilles Duceppe (futur chef du Bloc québécois).
Dernier détail : en 1968, les Canadiens remportent la coupe Stanley. Snif...
Michel Labrecque
Michel Labrecque a rencontré le sociologue Jean-Philippe Warren, qui jette un regard réaliste sur cette période.
Au Québec, la période de révolte a été influencée davantage par le vent de liberté californien que par les soixante-huitards français. À l'automne, la gronde des étudiants trouvait son écho dans l'Ostidshow des Charlebois, Forestier et Deschamps. Et l'émeute de la Saint-Jean contenait déjà les germes des événements d'octobre 1970.
Les événements de 1968 au Québec ont-ils représenté une véritable révolution ou s'agissait-il plutôt d'un gros party? Louise Harel, Roméo Bouchard et Jean-Philippe Warren en discutent avec Pierre Maisonneuve.
Louise Harel, alors viceprésidente de l'Union générale des étudiants et des étudiantes du Québec, revient sur cet automne mouvementé.
Louise Vandelac, activiste et chercheure en environnement, dresse un bilan des révoltes étudiantes de 1968.