
1968: la planète en effervescence
Mai 68, une révolution?
La semaine dernière, alors que j'écoutais la longue entrevue du président Sarkozy pour sa première année au pouvoir, j'ai été frappée par sa détermination à ignorer la grogne, en particulier celle des étudiants de lycée. Il faut savoir que depuis l'automne, et, depuis le début d'avril, deux fois par semaine, plusieurs milliers de lycéens de Paris et de quelques villes de province manifestent contre la réduction du nombre d'enseignants qui sera appliquée l'automne prochain. Ils estiment qu'il en va de la qualité de leur éducation.
![]() En avril 2007, Nicolas Sarkozy a soutenu qu'il fallait liquider l'héritage de Mai 68. |
Le gouvernement, Nicolas Sarkozy en tête, soutient que même avec moins d'enseignants on arrivera à améliorer la qualité des formations. Bref, le président dit aux étudiants qu'ils peuvent toujours manifester et s'époumoner, ça ne le ferait pas changer d'idée. Je me suis dit qu'on était bien loin de Mai 68. (Pour un rappel des événements, consulter les Archives de Radio-Canada.ca)
Évidemment, on n'attend pas d'un gouvernement qu'il cède à tous les mouvements de protestation. Mais, il n'y a pas si longtemps (en 2006), les lycéens ont réussi à faire changer d'idée le gouvernement sur les mesures qu'il préconisait pour favoriser l'emploi des jeunes.
Ce n'est rien en comparaison de Mai 68. Ce qui avait commencé comme un mouvement d'étudiants de l'Université de Nanterre pour avoir accès à la résidence des filles devint un véritable mouvement où toute la jeunesse de Paris et des alentours sembla descendre dans la rue, et puis un immense mouvement ouvrier qui faillit faire tomber le gouvernement.
![]() Un manifestant lance un pavé contre la police. |
J'avais 7 ans en 68, ce n'est pas une époque dont je me souviens très bien. Mais ce que j'en découvre à l'occasion de ce 40e anniversaire, c'est qu'en Mai 68 il y avait beaucoup de circonstances qui accentuaient le désir de changement: la société de consommation était bien installée, la guerre du Vietnam battait son plein, Prague s'agitait, la révolution sexuelle prenait son envol, les mouvements étudiants partout dans le monde étaient en ébullition. C'est ce qui a fait que Mai 68 a eu l'ampleur d'une quasi-révolution.
Patrick Rotman, qui a réalisé quelques documentaires sur Mai 68, écrit: « Mai 68 ne doit pas être considéré comme une révolution manquée, puisque ce n'en est pas une, mais comme une réforme réussie, qui adopte ce style particulier des réformes à la française, où un simulacre de révolution s'impose comme préalable à toute possibilité de changement. » S'il n'y avait pas eu Mai 68, les changements se seraient produits, mais à un tout autre rythme. Que les étudiants se rassurent, la patience fait parfois mieux que tout pour venir à bout des sourdes oreilles.
Manon Globensky
Michel Désautels et le philosophe français Daniel Bensaïd parlent du sens de mai 68, ainsi que de son héritage.
La révolte étudiante qui a embrasé la France en 1968 est revenue à la une de l'actualité l'année dernière lorsque Nicolas Sarkozy l'a accusée d'avoir détruit les valeurs traditionnelles et la hiérarchie. Luc Chartrand revient sur les événements de mai et sur le débat qu'ils suscitent, 40 ans plus tard.
Michel Désautels s'est entretenu avec Patrick Rotman, auteur de deux ouvrages sur l'année 68 ainsi que d'un documentaire sur le même sujet.
L'écrivaine Elizabeth Badinter revient sur les liens entre le mouvement féministe et la révolte de 1968.
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