
Crise alimentaire
La flambée des prix des denrées de base frappe durement les pauvres qui, survivant souvent avec moins de deux dollars par jour, n'arrivent plus à se payer de quoi manger. Au moins dix pays d'Afrique ont connu des manifestations, parfois violentes, contre ce qu'on appelle le fléau de la « vie chère »: Algérie, Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire, Égypte, Éthiopie, Maroc, Mauritanie, Mozambique et Sénégal. Et c'est sans parler d'Haïti, où le mouvement de protestation a mené à la destitution par le Sénat du premier ministre Jacques-Edouard Alexis.
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Jusqu'à 80 % des maigres revenus des familles servent à acheter la nourriture (en Occident c'est moins de 20 %). |
En fait, la hausse réelle ou spéculative des prix des aliments est en train, selon la Banque mondiale, d'effacer 10 années de progrès en matière de lutte contre la pauvreté.
Pour contre la grogne populaire, certains pays ont choisi de subventionner des aliments de base. C'est le cas du Mexique, où, à la suite de fortes protestations contre la hausse du prix de la tortilla, le gouvernement a décidé de contrôler le marché du maïs.
Mozambique
Au début de février, une manifestation de chauffeurs de taxis contre le prix élevé du diesel est violemment réprimée. Résultat: six morts et une centaine de blessés. Cela ne fait qu'attiser la colère du peuple, qui descend dans la rue quelques jours plus tard pour dénoncer la vie chère. Cela a forcé le gouvernement à annoncer une baisse immédiate du prix du diesel et diverses autres mesures.
Burkina Faso
Les 20 et 28 février, des manifestations contre la vie chère sont aussi réprimées dans la violence: 400 arrestations et plusieurs blessés. Le gouvernement annonce une série de mesures visant à réduire les prix des denrées de base de 5 % à 15 %, notamment la suspension de droits de douanes. Il faut croire que cela a donné un certain répit à la population, une grève générale de deux jours au début d'avril s'est déroulée dans le calme.
Cameroun
À la fin de février, une grève des transporteurs réclamant une baisse des taxes sur le carburant dégénère en émeutes de la faim. C'est là que le terme est utilisé la première fois. Ces émeutes paralysent le pays pendant plusieurs jours. La répression violente des manifestations fait une quarantaine de morts, et 1600 personnes sont arrêtées. L'opposition avait exploité la colère populaire contre la vie chère pour tenter de monter l'opinion publique contre le projet de loi devant permettre au président Paul Biya de se représenter pour un énième mandat (il est au pouvoir depuis 26 ans). Le projet de loi a tout de même été adopté.
Sénégal
Le 30 mars, une petite manifestation interdite vire à l'affrontement entre les escouades anti-émeutes et la population d'un quartier populaire. Des femmes sont bousculées par des policiers. Après la dispersion des manifestants, la situation dégénère entre policiers et jeunes du quartier: 24 arrestations, dont deux responsables d'associations de consommateurs.
Le 26 avril, les Sénégalais sont descendus dans la rue pour une autre manifestation contre le coût élevé de la vie. Ils dénonçaient également les dépenses jugées superflues du gouvernement d'Abdoulaye Wade.
Bien que le taux de malnutrition ait été de 17 % en 2006, le président Abdoulaye Wade nie qu'il y a une crise de la faim dans son pays. Son gouvernement vient pourtant de baisser le prix du riz... Rencontre avec une famille de la région de Dakar.
Les Sénégalais les plus pauvres font des pieds et des mains pour nourrir leur famille.
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L'un des pays les plus touchés
La FAO estime que le Sénégal sera un des pays les plus durement et durablement frappé par la flambée des prix alimentaires. |
| En un an, de janvier 2007 à février 2008 les prix ont grimpé au Sénégal | |
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| Mil | 33 % |
| Huile | 30 % |
| Légumes secs | 42 % |
| Lait | 40 % |
| Lait en poudre | 44 % |
| Farine blé | 22 % |
| Pain | 15 % |
| Gaz naturel | 21 % |
| Location d'une chambre dans quartier populaire | 40 % |
| Loyer mensuel pour maison économique de 2 à 3 pièces | 56 % |
Source: Indice harmonisé des prix à la consommation à Dakar, |
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Côte d'Ivoire
![]() Photo: AFP/Alexandre Grosbois Manifestation à Abidjan |
Les 31 mars et 1er avril, des manifestations dégénèrent en émeutes, et font deux morts et deux blessés. Le deuxième jour, le président Laurent Gbagbo fait un discours télévisé à la nation pour annoncer une baisse des taxes à la consommation, dont la suspension des droits de douane, sur plusieurs produits et l'intensification de la lutte contre le racket.
Égypte
Du 6 au 8 avril, des manifestations contre la vie chère dans le Delta du Nil font deux morts et une centaine de blessés et mènent à 340 arrestations.
Deux tiers des 80 millions d'Égyptiens dépendent du pain subventionné par l'État pour vivre. Ils n'ont pas les moyens de varier leur menu et la viande est un luxe.
Pour le gouvernement égyptien, les manifestations contre le renchérissement de la vie peuvent avoir des conséquences désastreuses. Il fait donc ce qu'il peut pour les contrôler, soit en s'assurant qu'il y ait du pain pour tous, soit carrément en réprimant les protestataires.

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Haïti
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