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Mardi 14 février 2012 5:23 HNE

En profondeur

Crise alimentaire

Les causes

Mise à jour le mercredi 23 avril 2008 à 11 h 25
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Crise alimentaire

Les causes

Boeufs

Plusieurs pays du monde, ceux qu'on nomme « pays émergents », connaissent un développement socio-économique exceptionnel. La demande en provenance des citoyens de la Chine, de l'Inde, du Brésil et de la Turquie, notamment, ne cesse d'augmenter; leurs besoins en quantité et en qualité grandissent. Or, la production de viande, que les habitants des pays émergents consomment de plus en plus, nécessite une quantité importante de céréales. Et la hausse constante du nombre d'humains sur cette planète entraîne une augmentation de la demande pour les denrées céréalières.

Les changements climatiques entraînent des sécheresses en certains endroits (Australie, Ukraine), des inondations en d'autres lieux (Bangladesh) ou de trop fortes pluies (Europe). La production est touchée et, si on se fie aux prévisions des experts, le réchauffement de la planète va se poursuivre et provoquer d'autres dérèglements sociaux et économiques.

Pompe à éthanol

Pompe à éthanol (archives)

C'est près de 20 % de la production céréalière aux États-Unis qui est aujourd'hui affectée à nourrir non pas des bouches, mais des usines d'éthanol. Une quantité phénoménale de denrées alimentaires, principalement du maïs, sert aujourd'hui à créer un biocarburant dont l'objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre est un échec. Le développement de la filière « éthanol », encouragé par les gouvernements des États-Unis et du Brésil, mais aussi par le Canada et plusieurs pays d'Europe, pousse des agriculteurs à abandonner certaines cultures au profit du maïs, et à détruire des forêts pour créer des terres agricoles. Dans les six derniers mois de 2007, c'est 300 000 hectares de forêt au Brésil qui ont été abattus, une catastrophe environnementale.

Hausse du prix du riz

Avec la crise du crédit des derniers mois, les spéculateurs financiers ont abandonné les actions et les obligations pour se lancer dans les transactions de contrats sur les produits dont la demande grandit et va continuer de croître: l'énergie (le pétrole surtout, dont le prix atteint des sommets), les ressources (l'or, le cuivre, le zinc, etc.) et l'alimentation (cacao, maïs, blé, riz, etc.). Les investisseurs de Wall Street, déçus des rendements des marchés boursiers et craignant que la récession aux États-Unis ne provoque encore des pertes pour ses clients, préfèrent se tourner vers le marché des « commodities » à Chicago. Ils peuvent ainsi acheter des droits de propriété (des contrats) sur des quantités de riz ou de blé, par exemple. Ils attendent ainsi quelques jours, quelques semaines, quelques mois au plus, sans jamais se faire livrer le riz ou le blé, et quand le profit paraît intéressant parce que les prix ont monté, ils vendent. C'est ainsi que tourne la spirale de la spéculation sur les prix des denrées, au profit des financiers, mais au détriment de centaines de millions de personnes, qui crèvent de faim.

Les larmes de crocodile du FMI

Dans l'objectif de laisser les biens circuler librement et dans le but d'intégrer les pays pauvres à la mondialisation, les institutions internationales ont mis en place des politiques qui ne favorisent pas la souveraineté alimentaire des pays. « Qui est-ce qui a foutu en l'air les politiques agricoles dans les années 80 et 90 dans le cadre des plans d'ajustements structurels? », se demandait Philippe Chalmin, professeur d'économie à l'Université Paris Dauphine interrogé par France 3 le 16 avril. « Ce sont bien le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Aujourd'hui, ils pleurent des larmes de crocodile. » Le chef de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, Jacques Diouf, abonde dans le même sens. Il expliquait récemment la crise alimentaire par la réduction de l'aide internationale au développement des terres dans les années 90 et par la baisse des dépenses pour l'agriculture de la Banque mondiale.

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