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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

International

Mise à jour le lundi 14 avril 2008 à 8 h 37
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Prix des denrées alimentaires

L'inquiétude grimpe aux Philippines

Une manifestation contre la hausse des prix des denrées alimentaires aux Philippines

Photo: AFP/JES AZNAR

Une manifestation contre la hausse des prix des denrées alimentaires aux Philippines

Craignant que l'actuelle crise alimentaire mondiale ne finisse par nourrir la révolte des dizaines de millions de Philippins qui dépendent des importations de riz pour subsister, le gouvernement philippin appelle, vendredi, ses voisins asiatiques à se réunir d'urgence.

Le gouvernement de la présidente Gloria Arroyo a des difficultés à se fournir en riz sur les marchés asiatiques et craint de devoir bientôt se tourner vers les États-Unis pour y acheter du blé à des prix prohibitifs.

Selon le ministre philippin de l'Agriculture, Arthur Yap, la Chine a rejeté les appels des Philippines pour lui acheter davantage de riz.

Plus tôt, vendredi, la présidente Arroyo recevait un haut responsable onusien du Fonds international pour le développement de l'agriculture afin de soulever le problème de l'approvisionnement en denrées alimentaires.

Cette rencontre survient le jour même où l'Institut international de recherches sur le riz (IRRI), un groupe de recherche d'ailleurs basé aux Philippines, estimait que la solution au problème actuel passe nécessairement vers une croissance de la production.

Index du prix du riz

Les Philippines, un pays naguère autosuffisant en approvisionnement de riz, est devenu au cours des dernières années le premier importateur de riz en importance de la planète.

Les experts imputent ce revirement à la perte, ces 20 dernières années, de près de la moitié des terres agricoles irriguées du pays pour laisser la place à un développement urbain frénétique.

Des prix-chocs (Source: FAO)

  • Côte d'Ivoire: les prix du riz en mars 2008 ont plus que doublé par rapport à l'année dernière.
  • Sénégal: les prix du blé en février 2008 ont été multipliés par deux par rapport à ceux constatés un an auparavant pendant que le sorgho augmentait de 56 %.
  • Nigeria: sur le marché sous-régional important de Dawanau, les prix du sorgho et du millet ont doublé les cinq derniers mois.
  • Somalie: l'an dernier, dans le nord du pays, le prix de la farine de blé a presque triplé.
  • Soudan: à Khartoum, la capitale, les prix du blé en février de cette année étaient 90 % plus élevés qu'un an plus tôt.
  • Ouganda: les prix du maïs en mars 2008 ont grimpé de 65 % par rapport à septembre.
  • Éthiopie: à Addis-Abeba, les prix du maïs en mars 2008 ont doublé en 12 mois et ceux du blé ont bondi de 42 %.
  • Mozambique: dans la capitale Maputo, les prix du maïs en mars étaient 43 % plus élevés qu'il y a un an.
  • Philippines: les prix du riz ont augmenté de 50 % ces deux derniers mois.
  • Sri Lanka: les prix du riz en mars 2008 ont été multipliés par deux en 12 mois pendant qu'au Bangladesh ils augmentaient de 66 % sur la même période.
  • Tadjikistan: les prix du pain en février étaient deux fois plus élevés que ceux observés en février 2007, pendant qu'en Arménie le prix de la farine de blé a augmenté d'un tiers sur la même période.
  • Haïti: les prix des denrées alimentaires sont de 50 à 100 % plus élevés qu'ils ne l'étaient un an auparavant.

Le prix de la mauvaise planification

Et à l'échelle mondiale, le portrait n'est guère plus encourageant, comme l'explique un expert de l'organisation onusienne de l'alimentation et de l'agriculture, la FAO, qui estime que « le drame, c'est qu'on a désinvesti sur l'agriculture et qu'on paye le prix de l'explosion démographique aggravée par les phénomènes de changement climatique ».

Plusieurs raisons ont été évoquées au cours des dernières semaines pour expliquer une crise qui menace désormais de déstabiliser une trentaine de pays et de provoquer littéralement une révolte du tiers-monde.

Hausse du prix du riz

On estime ainsi que la consommation accrue de viande et de produits laitiers dans les pays émergents, notamment en Chine où la consommation de viande par personne a plus que doublé depuis les années 80, est en partie responsable de la réorientation vers l'alimentation animale de millions de tonnes de cultures et des millions de litres d'eau. La FAO note que, pour produire 1 kilo de blé, il faut de 1000 à 2000 litres d'eau, alors que pour produire 1 kilo de viande de boeuf, il en faut plutôt de 10 000 à 13 000 litres.

La ruée vers les biocarburants, que certains appellent désormais « la grosse erreur verte », cause aussi beaucoup de problèmes à l'équilibre alimentaire mondial en drainant une partie des ressources agricoles vers la production de biocarburants.

L'envolée du coût du pétrole sur les marchés mondiaux a aussi contribué à l'inflation des denrées alimentaires en poussant à la hausse les coûts de transport.

Et, comme le déplorent plusieurs observateurs, dont des analystes des Nations unies, il se fait de plus en plus de spéculation sur les matières alimentaires, une spéculation qui gonfle artificiellement, au profit d'un petit nombre d'individus, les prix des aliments.

Plus tôt cette semaine, le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, soulignait que si pour les Nord-Américains et les Européens, qui consacrent 16 % de leur budget pour se nourrir, les hausses des prix des denrées alimentaires demeuraient à l'intérieur d'une certaine marge de manoeuvre acceptable, pour les pays pauvres, où c'est 70 % du revenu qui est consacré à l'alimentation, il en va tout autrement.

Le ras-le-bol des pauvres

Lire notre texte précédent sur la crise alimentaire mondiale.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, BBC, Liberation et Rue89


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