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Rwanda
Un texte de Stéphane Bordeleau
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![]() Photo: AFP/MONUC Le lieutenant-colonel Karake Karenzi, de l'Armée patriotique rwandaise, parle avec le colonel britannique Simon Caraffi, de la MONUC, en 2001. |
Un tribunal d'instruction espagnol a lancé le 6 février dernier une quarantaine de mandats d'arrestation internationaux à l'endroit d'anciens membres de l'Armée patriotique rwandaise (APR), accusés d'avoir commis ou ordonné des tueries au Rwanda et en RDC dans les années 90. L'APR est l'armée du gouvernement de Paul Kagame actuellement président du Rwanda.
Parmi ces mandats, deux sont directement reliés aux meurtres des prêtres québécois Claude Simard et Guy Pinard, assassinés en 1994 et en 1997, au Rwanda. Aucune enquête n'avait été complétée jusqu'ici ni au Rwanda, ni au Canada, sur la mort de ces deux prêtres.
C'est ce qu'a révélé, vendredi à Montréal, l'avocat espagnol Jordi Palou-Loverdos, dans le cadre d'une conférence sur le génocide rwandais. Me Palou-Loverdos représente les intérêts, devant la justice espagnole, d'un collectif de plaignants, dont les familles de neuf coopérants espagnols assassinés dans les années 90 au Rwanda.
Le père Guy Pinard, un témoin gênant
Selon l'enquête du juge Fernando Andreu Merelles, du tribunal central d'instruction numéro 4, qui a lancé les mandats, l'ex-lieutenant-colonel Karake Karenzi serait l'un des hauts responsables de l'assassinat du père Guy Pinard.
Ce dernier a été assassiné le 2 février 1997 devant une douzaine de fidèles, au moment où il célébrait la messe. Selon l'enquête du juge Merelles, Karake Karenzi, qui était alors chef du renseignement militaire pour l'Armée patriotique rwandaise, aurait orchestré l'assassinat du prêtre québécois.
« On savait déjà que le père Guy Pinard avait été tué par des militaires de l'APR en pleine messe, à 16 km de la ville de Ruhengeri, tout juste dix jours après l'assassinat de trois coopérants espagnols de Médecins du monde à Ruhengeri, a relaté Me Jordi Palou-Loverdos dans une entrevue accordée vendredi à Radio-Canada.ca. Selon l'avocat, ils ont aussi assassiné en moins d'un mois dans ce secteur quatre observateurs des Nations unies et cinq autres de l'Agence des Nations-unies pour les réfugiés.
« Le but était de vider la zone nord-ouest du pays de tous les observateurs étrangers. Après les assassinats, toutes les organisations internationales se sont repliées vers Kigali. Cette zone très chaude était un point de passage important pour l'APR vers l'est du Congo, où elle allait attaquer des camps de réfugiés Hutus », a précisé l'avocat espagnol.
Un des prévenus à la tête d'une mission de l'ONU au Soudan
Ironie du sort, l'ex-lieutenant-colonel Karake Karenzi est aujourd'hui commandant adjoint de la Force conjointe de l'ONU et de l'Union africaine déployée au Soudan.
Karake Karenzi a même accueilli en personne, cette semaine, le ministre canadien des Affaires étrangères, Maxime Bernier, lors d'une visite au Soudan, a confirmé Me Palou-Loverdos à Radio-Canada.ca.
Assassinat du père Claude Simard
En ce qui a trait à l'assassinat du deuxième prêtre québécois au Rwanda, le père Claude Simard, la justice espagnole en impute la responsabilité à Fred Ibingira, un ancien commandant de l'Armée patriotique rwandaise.
Le père Simard a été tué à coup de marteau en octobre 1994 à Kigali, où il s'était rendu pour dénoncer les assassinats et les disparitions à répétition dans sa région.
Les mandats émis par la justice espagnole ont été transmis à Interpol qui sera chargé de trouver et d'arrêter les prévenus. C'est le même tribunal espagnol qui a lancé un mandat d'arrêt contre le dictateur chilien Augusto Pinochet.
L'ONU estime qu'environ 800 000 personnes ont été tuées d'avril à juillet 1994, durant le génocide rwandais.
Radio-Canada.ca avec Presse canadienne
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