Sortez de KAF, et vous avez une bien meilleure idée des défis auxquels font face les soldats canadiens en Afghanistan. Michel et moi avons eu l'occasion d'aller à une base avancée dans le district de Panjwayi. Un décor hallucinant.
Un recul dans le temps.
Peu de moyens au milieu de nulle part
Des villages complètement en décalage. Bienvenue au temps de la féodalité.
Au milieu de ce « nulle part », des soldats canadiens travaillent d'arrache-pied, entre patrouilles et « mentorat » avec la jeune Armée nationale afghane (ANA). Dur, dur...
Dans une base avancée comme celle que nous avons vue (Nom? = top secret!), c'est la mission canadienne à l'oeuvre. Quelques soldats peuplent ce poste stratégique avec peu de moyens, mais s'organisent pour remplir un carnet de commandes grand comme les montagnes afghanes.
Une région dangereuse, où patrouillent ces militaires qui donnent la formation aux soldats de l'ANA appelée un jour à prendre le relais complet.
Ils participent à des patrouilles dans le village voisin de la mini-base, où les Afghans de l'endroit se soumettent bien malgré eux à des fouilles pour raisons de sécurité. Les quelques véhicules civils qui bordent le chemin pourraient très bien cacher des bombes artisanales.
Sentir le danger!
C'est une question de « gut feeling », comme disent les soldats. « Quand le danger est là, on le sent. On reste vigilant. » Un sixième sens qui ne laisse pas place à l'erreur. C'est leur routine.
Des soldats habitués aux pires situations, comme la détection des IED, ces bombes placées en pleine nuit par des insurgés sur les chemins empruntés par les convois militaires.
Il émane de ces soldats un calme olympien. Une « presque inquiétante » sérénité dans leur regard quant aux dangers qui les guettent sans arrêt. C'est leur « job », leur gagne-pain... disent-ils.
Obéir au soleil
Ils vivent au rythme du lever et du coucher du soleil, doivent, par mesure de sécurité obligatoire, mettre leur casque et leur gilet pare-balles sur le chemin qui les mène de leur repaire de coordination (une ancienne maison afghane souterraine) à la cafétéria pour le déjeuner et le dîner.
Pas question de se promener aux alentours de la base à une certaine heure de la fin de journée... moment de choix pour les roquettes ennemies qui peuvent siffler au-dessus de leur tête et atterrir à quelques mètres d'eux.
Une fois la journée terminée, il faut remplir quelques rapports, planifier la journée suivante et préparer son « souper », constitué de ration militaire en sachet. Poulet Szechuan, lasagne au boeuf, cigares aux choux... Le tout dans une poche hermétique qu'il faut glisser dans un autre sachet spécial contenant un produit chimique qui fera chauffer l'eau qui, par miracle de la technologie, réchauffera votre portion. Le reste de la soirée, ils doivent s'occuper, coupés du monde, à coups de DVD, de lecture ou de cigarettes dehors, dans le noir le plus absolu. Car, dès 6 heures du soir, la nuit bat son plein.
Ici, absence totale de pollution lumineuse... Jamais vous ne verrez un tel ciel aussi constellé d'étoiles... Vraiment déstabilisant.
C'est ça, le quotidien de ces soldats en poste quelque part... au milieu de nulle part...