Devant la justice internationale

  |  François Messier  |  Radio-Canada

L'histoire se déroule à la fin du mois de mars 1999, dans les environs de la ville de Priren, dans le sud du Kosovo. Attaquées par l'OTAN, les forces yougoslaves et serbes mettent à exécution une politique de nettoyage ethnique.

Voici le déroulement des événements, selon l'acte d'accusation déposé au Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie.

Le 24 mars, les militaires, appuyés par des chars et divers véhicules militaires, encerclent le village de Pirane avant de le bombarder. Des Kosovars meurent. Les militaires et paramilitaires entrent dans le village et incendient les maisons des Albanais.

Des réfugiés kosovars en Macédoine tentent de se construire un abri de fortune. Des réfugiés kosovars en Macédoine tentent de se construire un abri de fortune.   © AFP/Eric Federberg

Ils se rendent ensuite dans des villages voisins, dont Landovica, où une vieille mosquée est incendiée. Des Albanais de l'endroit fuyant vers Srbica sont tués ou blessés par des tireurs embusqués. Les forces armées bombardent ensuite les villages de Donji Retimlje, Retimle et Randubrava, dont la population a été forcée de fuir vers l'Albanie.

Les forces serbes et yougoslaves pénètrent ensuite dans Priren et vont de maison en maison pour ordonner aux Albanais de partir. Ceux-ci rejoignent les convois de véhicules et de personnes à pied qui se dirigent vers la frontière albanaise.

Sur la route, des hommes albanais sont battus et tués. Les femmes albanaises sont forcées de quitter les convois avant d'être violées. Arrivées à la frontière, les forces yougoslaves et serbes confisquent les papiers personnels de tous et chacun, afin d'effacer toute trace de leur présence au Kosovo.

Bien entendu, ces allégations restent à être prouvées par les procureurs du TPI pour l'ex-Yougoslavie. Mais pas moins de sept politiciens et hauts gradés de l'ex-armée yougoslave qui subissent actuellement leur procès à La Haye doivent y répondre. Deux autres, dont Slobodan Milosevic, sont morts avant d'être jugés.

Camp de Segrane en Macédoine, où s'entassaient 22 000 personnes. Camp de Segrane en Macédoine, où s'entassaient 22 000 personnes.   © AFP/Jack Guez

Les inculpés sont formellement accusés d'avoir « planifié, incité à commettre, ordonné, commis ou de toute autre manière aidé et encouragé à planifier, préparer ou exécuter » divers crimes de guerre et crimes contre l'humanité, dont meurtres, persécutions, expulsion et transfert forcé de population.

Pour les Kosovars, justice n'a pas encore été rendue, mais la cause n'en est pas moins entendue: des horreurs du genre, déclinées par dizaines dans l'acte d'accusation du TPI, expliquent clairement pourquoi il n'est pas question que le Kosovo revienne dans le giron serbe.

Les combattants kosovars ne sont pas blancs comme neige pour autant. Trois anciens membres de l'Armée de libération du Kosovo ont également dû subir un procès devant le TPI pour l'ex-Yougoslavie pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis dans les mois précédant la guerre du Kosovo. Ils étaient notamment accusés de meurtres, de pillages, d'expulsions, de déplacements forcés de population et d'autres actes inhumains.

L'un d'eux, Lahi Brahimaj, a finalement été condamné à six ans de prison, le 3 avril dernier, pour des actes de torture et des gestes cruels commis envers des prisonniers. Ramush Haradinaj, qui était premier ministre du Kosovo au moment où il s'est constitué prisonnier, a quant à lui été acquitté, tout comme Idriz Balaj, un commandant kosovar. Le TPI a conclu à un manque de preuves, tout en soulignant la difficulté à faire comparaître des témoins.

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