Le journaliste Frédéric Arnould et le caméraman Michel Durand au travail
Comment ça, tout le monde a les mêmes images de Kandahar ?
Ça n'a l'air de rien, mais couvrir un conflit armé comme celui de l'Afghanistan coûte cher aux entreprises de presse.
Qui plus est, non seulement les chaînes de télévision doivent-elles envoyer sur le terrain une équipe composée au moins d'un journaliste et d'un caméraman, mais aussi de l'équipement de transmission.
Ce dernier sert à envoyer les reportages ou à retransmettre des directs du journaliste sur place vers les stations qui produisent les téléjournaux au Canada.
Pourquoi un pool?
On parle ici de transmission par satellite.
Une fortune pour des réseaux de télévision qui ont parfois bien d'autres dépenses à faire au Canada et ailleurs dans le monde.
Ainsi, depuis quelques semaines, quatre réseaux de télévision (Société Radio-Canada, CBC, CTV et Global) ont décidé d'unir leurs forces afin de partager la facture.
Depuis décembre, à tour de rôle, les partenaires envoient une seule équipe composée d'un réalisateur-journaliste et d'un caméraman-monteur.
Le caméraman Michel Durand devant la coupole d'alimentation par satellite
Le premier, en plus d'être chargé de produire des reportages pour son propre média, doit aussi être à l'affût des nouvelles sur la base militaire de Kandahar et coordonner les transmissions vers le Canada.
Le second s'occupe de tourner les reportages et de les envoyer par satellite aux différents réseaux.
Donc, récapitulons, cette équipe doit non seulement produire pour son réseau, mais aussi pour les trois autres. Par conséquent, toutes les images que vous allez voir sur les quatre stations seront identiques puisqu'un seul caméraman les aura tournées.
La seule différence résidera dans la voix du journaliste et la signature de son reportage.
Images d'agences ou rien, faites votre choix
Certains fronceront les sourcils à cette idée de consortium un peu « incestueux », mais ce sont probablement les mêmes qui vivent en marge de la réalité à laquelle est confronté le domaine de l'information à la télévision. C'est un moindre mal pour informer les téléspectateurs et, après tout, la plupart des images de nouvelles internationales proviennent déjà d'autres agences de presse qui « vendent » leurs images aux chaînes de télévision du monde entier. C'est cela le marché quotidien de l'information...
Une première pour la SRC
Frédéric Arnould pose en compagnie de militaires afghans.
Revenons à Kandahar...
Voilà donc ce qu'on appelle un « pool » où tout le monde partage les frais et les effectifs.
Après CBC et CTV, c'est actuellement le tour de la SRC, donc de Michel Durand, mon caméraman, et moi-même. Une première pour Radio-Canada.
Une seule équipe pour desservir quatre réseaux.
À deux, nous sommes en quelque sorte la seule et unique agence de presse à Kandahar pour les télévisions canadiennes.
Tout un défi qui évolue au gré des problèmes sur le terrain comme des problèmes de transmission. Exemple: s'il n'est pas possible d'alimenter par satellite les images depuis Kandahar vers le Canada, parce que les canaux de satellites sont occupés par d'autres clients, il faut trouver d'autres moyens comme l'Internet (très très lent lorsqu'il s'agit d'envoyer des images qui ralentissent le flux) ou encore comme le BGAN (Broadband Global Area Network) un autre service par satellite haut débit.
Pas toujours évident à gérer, surtout lorsqu'il y a un décalage horaire de huit heures et demie avec le Canada. Alors qu'il est minuit à Kandahar, il n'est que 15 h 30 à Montréal. De longues journées, à régler parfois des problèmes techniques à des milliers de kilomètres de distance, tout en servant les besoins de chacun des quatre réseaux... Complexe, exigeant et encore très cher. Mais c'est le prix à payer pour être capable de rapporter ce qui touche le Canada, impliqué dans ce conflit en Afghanistan, à l'autre bout du monde.