Coup d'éclat de Sarkozy

Le président Sarkozy accompagne les hôtesses libérées Le président Sarkozy accompagne les hôtesses libérées.   © AP/Karel Prinsloo

Fidèle à son style, le président français, Nicolas Sarkozy, s'est distingué une nouvelle fois en effectuant dimanche une visite surprise à N'Djamena, la capitale tchadienne, pour ramener à Paris les quatre hôtesses de l'air espagnoles et les trois journalistes français libérés après avoir été inculpés dans l'affaire de l'Arche de Zoé.

Le président français monte en première ligne et ramène en France, après une visite surprise au Tchad, les hôtesses espagnoles et les journalistes français libérés.

M. Sarkozy, accompagné pour l'occasion par la secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Rama Yade, s'est brièvement entretenu avec son homologue tchadien, Idriss Deby. Il a aussitôt quitté N'Djamena avec les sept inculpés libérés, après avoir remercié M. Deby, affirmant qu'il pouvait « compter sur [sa] reconnaissance et [son] amitié ». Leur avion s'est posé à l'aéroport militaire de Villacoublay, près de Paris, en soirée.

Le juge d'instruction chargé du dossier de transfert de 103 enfants du Tchad en France a ordonné « la main levée du mandat de dépôt » des journalistes et des hôtesses, qui demeurent toutefois toujours inculpées d'« enlèvement de mineurs » ou de « complicité ».

Le président français a souhaité que les 9 Français inculpés soient jugés dans leur pays, évoquant les accords de coopération judiciaire de 1976 entre le Tchad et la France.

Le président Sarkozy en compagnie de son homologue Deby Le président Sarkozy en compagnie de son homologue Deby   © AP/Karel Prinsloo

Ces libérations, annoncées en grande pompe, ont importuné plusieurs magistrats tchadiens, qui ont dénoncé, sous couvert de l'anonymat, des « pressions politiques » venues du « sommet de l'État ». Le président Deby est en effet soupçonné d'utiliser cette affaire pour redorer son blason et renforcer sa position d'allié privilégié de Paris dans la région.

Histoire de couper court aux spéculations, Nicolas Sarkozy a précisé, à propos de l'affaire de l'Arche de Zoé, que « cette équipée assez lamentable » n'avait « rien à voir avec le déploiement de la force européenne à la frontière [tchadienne] avec le Soudan ».

Cette opération militaire baptisée Eufor Tchad-RCA « se fait avec le soutien total de l'État tchadien », a ajouté le président français. De son côté, le chef d'État tchadien a assuré que cette force était une « demande du Tchad ».

Idriss Deby avait fait preuve d'atermoiements à propos d'un déploiement international dans l'est du Tchad limitrophe du Darfour, région soudanaise en proie à une guerre civile. Après avoir accepté ce principe en novembre 2006, il s'est rétracté en février 2007, avant de revenir sur son refus.

Les premiers éléments de l'EUFOR, voulue par la France et dont Paris sera le principal pourvoyeur de troupes, sont attendus au courant du mois de novembre dans l'est tchadien et le nord-est de la Centrafrique.

Opération douteuse

Outre les sept personnes libérées dimanche, quatorze autres sont poursuivies dans cette affaire, dont six bénévoles français de l'Arche de Zoé, un pilote, un copilote et un steward espagnols de l'avion qui devait transporter en France les enfants, ainsi qu'un pilote belge et quatre responsables tchadiens.

Les personnes inculpées risquent entre 5 et 25 ans de travaux forcés.

L'Arche de Zoé s'apprêtait, le 25 octobre dernier, à transférer en France 103 enfants présentés comme des « orphelins » du Darfour. Des organisations humanitaires internationales ont toutefois nié que ces enfants soient tous originaires du Darfour et ont affirmé que certains d'entre eux ont toujours des parents.

La France a vite pris ses distances avec l'Arche de Zoé, mais Nicolas Sarkozy a multiplié depuis le début de la semaine les coups de fil à son homologue tchadien.

Pour sa part, Idriss Deby s'est empressé d'accuser les responsables de l'opération de vouloir « vendre » les enfants « aux ONG pédophiles » ou les « tuer pour enlever leurs organes ». Il a toutefois émis le souhait, samedi, que les hôtesses et les journalistes soient libérés.

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