La question nucléaire continue d'empoisonner les relations entre l'Iran et l'Occident, qui voit dans l'insistance de Téhéran à enrichir de l'uranium des velléités de se doter de la bombe atomique. En dépit des négociations et des sanctions répétées de l'ONU depuis 2004, rien ne semble présager une détente sur ce front.
Officiellement, les autorités iraniennes soutiennent que l'enrichissement de l'uranium est destiné exclusivement à des fins civiles. Elles disent entreprendre ce genre d'opérations dans le seul objectif de garantir au pays son autonomie d'énergie dans une région en proie à une instabilité chronique.
Les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ne concluent pas encore à l'existence d'un arsenal nucléaire iranien, mais les soupçons des puissances occidentales sont proportionnels aux menaces du régime iranien de détruire Israël.
| Principaux sites nucléaires connus en Iran (octobre 2009)
Source: Agence internationale de l'énergie atomique. Albert Legault, « La tentation nucléaire de l'Iran », bulletin Le maintien de la paix, # 70, octobre 2004. Institut d'études internationales de Montréal, UQAM. Global Security (globalsecurity.org). |
Fragile équilibre régional
Tirs de missiles en Iran
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PC/Sepah News
La perspective que l'Iran se dote de l'arme nucléaire ajoute à l'inquiétude dans une région moyen-orientale minée par les conflits.
La grande préoccupation vient d'Israël, une force nucléaire, qui s'accommode mal des ambitions iraniennes. D'autant plus que le président Ahmadinejad ne se gêne pas pour menacer de « rayer de la carte » Israël.
Or, l'Iran aussi se sent menacé par ses ennemis, à commencer par Israël qu'il soupçonne de vouloir mener des attaques sur ses installations militaires. La présence militaire américaine en Irak et en Afghanistan voisins accentue un sentiment d'encerclement chez les dirigeants iraniens.
Téhéran menace de fermer le détroit stratégique d'Ormuz, au large de ses côtes, en cas d'attaque occidentale contre ses installations nucléaires. Environ 40 % du pétrole mondial transite par ce détroit.
Dans la région, il existe aussi deux puissances nucléaires: l'Inde et le Pakistan. Aucun de ces pays, dont les relations sont tendues, n'a signé le TNP (Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires), contrairement à l'Iran.
Depuis décembre 2006, l'Arabie saoudite, le Koweït, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Bahreïn, le Sultanat d'Oman, la Jordanie, la Syrie, la Turquie, le Yémen et l'Égypte ont tous évoqué leur volonté de se doter de la technologie nucléaire civile. Les six premiers pays, tous membres du Conseil de coopération du Golfe, ont annoncé qu'ils envisageaient un programme nucléaire commun.
Le président Ahmadinejad, lors d'une visite à la centrale nucléaire d'Ispahan.
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AFP/Atta Kenare
Des sanctions sans effet
La question nucléaire est depuis longtemps au coeur des tensions entre l'Iran et la communauté internationale.
En 2002, le président George W. Bush désigne l'Iran dans son « axe du Mal », en compagnie de l'Irak et de la Corée du Nord.
Le 15 novembre 2004, l'Iran accepte de geler ses opérations d'enrichissement d'uranium, mais annonce leur reprise en 2006. Les autorités iraniennes lèvent alors les scellés de l'AIEA sur plusieurs centres de recherche nucléaire et les négociations entre l'Iran et la troïka (France, Allemagne, Royaume-Uni) échouent.
Le 31 juillet 2006, l'ONU somme l'Iran de suspendre ses activités dans un délai d'un mois, sous peine de sanctions, mais en vain. Le Conseil de sécurité adopte alors une nouvelle résolution qui durcit ses sanctions économiques contre l'Iran.
En décembre 2007, un rapport des services de renseignement américains indique que l'Iran ne serait probablement pas en mesure de produire suffisamment d'uranium hautement enrichi pour fabriquer une bombe nucléaire avant 2013. Alors que deux ans plus tôt, un autre rapport indiquait que Téhéran était « déterminé à développer des armes nucléaires en dépit de ses obligations internationales et de la pression internationale », le rapport de décembre 2007 indique plutôt que l'Iran a réagi aux pressions, sans fermer complètement la porte au développement de l'arme nucléaire. Plus tard, les services de renseignement américains indiqueront que leur rapport était trop prudent et que l'Iran pourrait probablement fabriquer une bombe nucléaire plus rapidement.
Dans son rapport du 19 février 2009, l'AIEA affirme qu'elle a été « en mesure de continuer à vérifier le non-détournement de matières nucléaires déclarées en Iran », mais se plaint toujours du manque de collaboration des autorités iraniennes quant à l'accès à certains sites et documents. L'agence n'est pas en mesure de dire si l'Iran a les capacités de produire une arme nucléaire, mais certains experts soutiennent que le pays dispose de quantités suffisantes d'uranium enrichi pour se doter d'une bombe atomique.
Soupçonné depuis longtemps d'avoir des centrales nucléaires clandestines, l'Iran révèle à l'AIEA, le 21 septembre, l'existence d'un deuxième site d'enrichissement d'uranium situé non loin de la ville sainte de Qom, au sud de Téhéran. Le fait qu'il n'ait que 3000 centrifugeuses fait dire au président américain Barack Obama que cette centrale est incompatible avec un programme nucléaire civil.
Le 26 septembre, un proche conseiller du guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, révèle que ce site sera bientôt opérationnel. Téhéran affirme qu'il sera similaire à celui de Natanz et qu'il poursuivra les mêmes buts: doter le pays de capacités nucléaires civiles.
Le 1er octobre, des représentants de l'Iran et des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Royaume-Uni, France, Russie, Chine), auxquels s'est jointe l'Allemagne, se réunissent à Genève pour discuter du dossier nucléaire iranien. Les pourparlers, les premiers en 14 mois, sont menés par le négociateur iranien Saïd Jalili et par le diplomate en chef de l'Union européenne, Javier Solana, qui dirige le processus au nom du groupe dit 5+1.
À l'issue de la rencontre, M. Solana indique que des inspecteurs de l'AIEA visiteront le centre d'enrichissement d'uranium de Qom, et les représentants s'entendent pour tenir une deuxième rencontre d'ici la fin du mois d'octobre.
En dépit de toutes les tractations diplomatiques, Téhéran refuse toujours de suspendre ses opérations d'enrichissement de l'uranium. Le président Ahmadinejad répète que son pays ne cessera pas son programme nucléaire, même au risque de nouvelles sanctions internationales.
Au total, l'Iran fait l'objet de six résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU.
Deux autres résolutions sur la non-prolifération des armes nucléaires concernent notamment l'Iran, sans y faire référence de façon explicite.