L'impact sur l'économie est au coeur des débats entourant la mise en oeuvre du protocole de Kyoto. Plusieurs politiciens et gens d'affaires craignent que les coûts de son application ne soient trop élevés, ce qui nuirait à la performance économique des entreprises et de leurs pays.
C'est connu, les États-Unis de George W. Bush sont l'un des plus ardents détracteurs du protocole de Kyoto. « Injuste » et « inefficace »: voilà comment le président a déjà décrit cette entente. Comme il l'a déjà expliqué, il s'oppose au protocole de Kyoto « parce qu'il exempte 80 % de la planète, dont d'importants bassins de population comme la Chine et l'Inde, de s'y conformer, et parce qu'il ferait mal à l'économie américaine ».
Ce n'est pas le seul pays à utiliser l'argument financier. Le Canada, signataire du protocole, le fait lui aussi.
Le ministre John Baird
En avril 2007, le ministre fédéral de l'Environnement, John Baird, a évoqué un scénario catastrophe si le Canada devait respecter intégralement ses objectifs fixés par le protocole de Kyoto.
Appuyant ses arguments sur une étude intitulée Coût du projet de loi C-288 pour les entreprises et les familles canadiennes, il a soutenu que le pays plongerait dans une grave récession qui se traduirait par la perte de 275 000 emplois d'ici 2009.
Si le gouvernement devait agir de la sorte, a-t-il soutenu, les Canadiens subiraient de nombreux contrecoups. Par exemple:
... faux, disent les autres
En 1997, plus de 2800 économistes nord-américains, dont 300 Canadiens, ont signé une déclaration soutenant que les avantages des mesures prises pour réduire les émissions polluantes sont bien supérieurs à leurs coûts. Par exemple, des économistes estiment à 8 milliards de dollars sur 20 ans les économies de soins de santé qui résulteraient d'une amélioration de la qualité de l'air.
Nicholas Stern devant l'Economic Club de Toronto
Selon Nicholas Stern, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, ne rien faire pourrait même dérégler l'activité économique et sociale au même titre que les deux guerres mondiales et la grande dépression du siècle dernier.
Dans un rapport de 600 pages commandé par le gouvernement britannique, il affirme que le réchauffement climatique coûtera 7500 milliards de dollars à l'économie mondiale, si des mesures draconiennes ne sont pas prises d'ici 10 ans. Les pays devraient consacrer 1 % du produit intérieur brut mondial par an pour contrer les effets néfastes du réchauffement, estime l'économiste.
Toutefois, une réponse trop faible se traduira alors par une charge représentant 5 à 20 fois ce montant, soutient-il. L'Inde, les États-Unis et la Chine devraient participer activement à la mobilisation, sinon toute action serait un coup d'épée dans l'eau. il faut obliger les pays les plus polluants, les États-Unis et la Chine en tête, à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, en leur faisant payer le coût global de leur pollution. Le rapport Stern préconise aussi de passer à des énergies propres comme l'éolienne et la solaire et de mettre en place de nouvelles taxes vertes.
Le GIEC s'est lui aussi penché sur les coûts de la mise en oeuvre du protocole dans la troisième partie de son rapport, déposé en mai 2007. Son estimation des coûts est bien loin des scénarios catastrophes mis de l'avant par les gouvernements les plus opposés à la lutte vigoureuse contre les GES, Canada, États-Unis et Australie en tête.
Selon le GIEC, les mesures qui limiteront la hausse des températures à plus ou moins 2 degrés Celsius par rapport à la moyenne de 1980-1999 ne coûteraient finalement que 0,12 % du produit intérieur brut mondial. Mais pour limiter cette hausse des températures, les émissions de GES devraient décliner après 2015, ajoutent les experts du GIEC.
Sinon, le GIEC a estimé, dans un rapport précédent, que le coût des dégâts imputables au changement climatique pourrait égaler 1 % à 2 % du PIB dans les pays développés, et 4 % à 8 % dans les pays en développement. Ce coût découlera du déclin de la productivité dans les domaines de l'agriculture, de la foresterie et des pêches, ainsi que de la réduction des apports d'eau. Les gouvernements devront par ailleurs investir des sommes plus importantes dans la protection du littoral, la protection contre les inondations, l'infrastructure et les soins de santé.
Le secteur des assurances est particulièrement inquiet des conséquences du réchauffement climatique. À l'échelle mondiale, on estime que les pertes annuelles imputables à des catastrophes naturelles sont passées d'environ un milliard de dollars par an au cours des années 1960 à plus de 40 milliards par an au cours des années 1990.
Quand l'argent rime - ou non - avec environnement
Plusieurs entreprises se sont prononcées contre la mise en oeuvre du protocole pour des raisons économiques. Par exemple, Charlie Fischer, président de Nexen Inc., une entreprise oeuvrant dans la production de gaz naturel et de pétrole, a déjà déclaré que les compagnies pétrolières quitteraient le Canada si le protocole de Kyoto faisait trop augmenter leurs dépenses.
Même si certains associent la réduction des émissions de gaz à effet de serre à une baisse de l'activité économique, d'autres y voient au contraire une opportunité d'affaires. On peut en effet présumer que les nouvelles mesures à prendre pour freiner les changements climatiques impliqueront le développement de nouvelles technologies à haute performance énergétique.
Chez nous, en novembre 2005, 18 dirigeants de grandes entreprises canadiennes comme Shell, Alcan, Bombardier, Desjardins et Power Corporation, ont écrit au premier ministre de l'époque, Paul Martin, pour que son gouvernement agisse avec plus de détermination dans la lutte contre les changements climatiques.
Ils réclamaient notamment une stratégie énergétique à long terme, qui respecterait les champs de compétence des provinces et territoires et assurerait le maintien d'une économie concurrentielle. Ils demandaient également d'investir dans l'énergie renouvelable et de mettre à contribution les consommateurs.
Plus récemment, un sondage publié au printemps 2007 dans le Globe and Mail confirmait l'inquiétude grandissante du milieu des affaires quant à la stratégie du gouvernement Harper pour réduire les GES: 57 % des dirigeants d'entreprises au Canada appuient le protocole de Kyoto, et 63 % soutiennent une taxe sur le carbone.