Un studio de télé, bleu et lumineux. Des temps de parole qui apparaissent clairement à l'écran. Les deux candidats au deuxième tour de l'élection le 6 mai prochain, la socialiste Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, de l'UMP, se sont, pendant plus de deux heures trente, relancé la balle sur les sujets de l'économie, de l'éducation et de l'Europe.
Lors du seul débat avant le deuxième tour, les candidats Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal discutent principalement d'économie. Les attaques personnelles fusent en fin de parcours.
Lors de son allocution de départ, M. Sarkozy a invité les Français à voter pour lui parce qu'il veut être « un président qui prend ses responsabilités, qui veut des résultats ». Il a par ailleurs insisté plus loin dans le débat sur l'importance d'instaurer une « politique moderne » et « honnête » en France.
Mme Royal a pour sa part débuté avec agressivité, en attaquant le bilan de son adversaire au ministère de l'Intérieur. Selon elle, les politiques de M. Sarkozy n'ont pas du tout réduit les inégalités sociales et les violences, notamment dans les banlieues. La candidate socialiste a dit vouloir gagner « la bataille contre le chômage et la vie chère ».
Le feu aux poudres
À la fin de la deuxième heure, les deux candidats ont abandonné quelque peu la réserve qu'ils avaient montrée jusque-là. En fait, un échange inattendu a provoqué colère et indignation.
Après que M. Sarkozy eut dit désirer que chaque enfant handicapé reçoive une éducation dans une école dite normale, Mme Royal a répliqué qu'il atteignait « le summum de l'immoralité politique ».
Elle exprimait, selon ses propres mots, « une saine colère contre les injustices ». Selon la candidate socialiste, le gouvernement dont faisait partie M. Sarkozy a supprimé des programmes d'aide aux personnes handicapées, dont un en particulier auquel elle avait travaillé.
Le candidat UMP l'a alors accusée de manquer de « respect » et de montrer un grand mépris, indiquant qu'il ne se « serait jamais permis de parler [d'elle] comme cela ».
Mme Royal a conclu ce segment avec une pointe d'ironie.
Visions opposées
Nicolas Sarkozy
La première heure a été consacrée à l'économie et à l'emploi. Les premiers engagements ont été pris par une candidate socialiste agressive, qui interrompait souvent son adversaire. Ségolène Royal a promis de rembourser la dette de la France en fonction de la croissance économique. Tout ce qui dépassera une croissance de 2,5 % ira à la dette.
Déplorant que 10 pays d'Europe vivent en situation de plein emploi et que la France n'y soit pas, Nicolas Sarkozy a ensuite proposé d'abolir la semaine de travail de 35 heures, une mesure introduite par les socialistes en 2000, qui « n'existe qu'en France », selon lui.
Pour lui, permettre le temps supplémentaire augmentera le pouvoir d'achat des Français de la classe moyenne et équivaudra à « valoriser le travail ». Il compte d'ailleurs baisser les impôts, parce que « la France paie 68 milliards d'impôts de plus que la moyenne des 15 pays européens les plus riches ».
La candidate de gauche a rétorqué immédiatement que son plan allait dans le sens contraire. Pour elle, permettre des heures supplémentaires non imposées crée des « injustices sociales ». Elle a promis de « donner de l'emploi à ceux qui n'en ont pas ».
En ce qui concerne les impôts, Mme Royal compte les réduire dans les domaines qui favorisent l'écologie. Sa réforme fiscale favorisera les nouvelles technologies vertes et les entreprises qui se dirigent vers une efficacité énergétique.
Le cas de la Turquie
Vers la fin du débat, Nicolas Sarkozy a clairement dit qu'il s'opposerait à l'adhésion de la Turquie au sein de l'Union européenne.
Pour sa part, Ségolène Royal s'est dite favorable à une pause dans le processus d'intégration de la Turquie à l'Europe. Toutefois, elle estime que rompre les négociations découragerait un élan démocratique et laïque dans le pays.
Elle veut relancer l'Europe en consultant les Français lors d'un nouveau référendum sur une Constitution. Elle entend, si elle est élue, « relancer l'Europe de l'investissement » et protéger le filet social de ses citoyens.