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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Section spéciale

Hugues Poulin

Hugues Poulin : « Le troisième finaliste »

Mise à jour le lundi 30 avril 2007 à 14 h 13
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Hugues Poulin

Hugues Poulin : « Le troisième finaliste »

Hugues Poulin

Hugues Poulin

Décidément, cette campagne électorale française est sans précédent.

Après le premier tour, on fait place normalement aux deux finalistes, c'est-à-dire, en 2007, au candidat de la droite, Nicolas Sarkozy, avec 31,18 % des voix exprimées, et à la candidate socialiste, Ségolène Royal, avec 25,87 % des voix.

Mais le troisième du premier tour, le centriste François Bayrou, avec18,5 % des voix et 7 millions d'électeurs, est devenu l'homme de toutes les convoitises. François Bayrou est devenu le troisième finaliste!

Il a réussi à s'immiscer dans ce second tour comme arbitre de la finale. Il a maintenu le suspense jusqu'au 25 avril, 3 jours après le premier tour, pour donner une consigne de vote. 400 journalistes s'étaient déplacés pour l'occasion.

Comme prévu, il a laissé ses électeurs libres de leur choix. Mais il a critiqué avec virulence Nicolas Sarkozy, le jugeant dangereux pour la démocratie en raison de sa proximité avec les forces de l'argent, son penchant pour les menaces et l'intimidation.

François Bayrou laisse donc entendre qu'il ne votera pas Sarkozy, mais n'appuie pas pour autant Ségolène Royal, jugeant que son programme annonce encore plus d'État-providence.

Ségolène Royal, qui tire de l'arrière dans les sondages, sait que sa seule chance de l'emporter est de séduire une majorité d'électeurs centristes. Faisant preuve d'audace, la candidate socialiste a même proposé un débat télévisé avec François Bayrou pour discuter des convergences de leurs deux programmes. La proposition pourrait lui aliéner le vote de l'extrême gauche et de l'aile gauche socialiste, mais la candidate fait le pari que leur désir de faire battre Sarkozy sera plus fort que l'irritation suscitée par son appel du pied vers le chef centriste.

Certains y voient déjà l'éclatement subséquent du parti socialiste et sa recomposition avec le centre dans une grande formation sociale démocrate. Mais on n'en est pas encore là.

François Bayrou, trop heureux de s'incruster dans le second tour, s'est empressé d'accepter l'idée d'un débat, en offrant même un autre à Nicolas Sarkozy. Le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy, agacé par la tournure des événements a rappelé que le seul débat devait avoir lieu entre lui et Ségolène Royal. Autrement dit, une finale à trois ça n'existe pas.

Pourtant, le projet de débat entre Ségolène Royal et François Bayrou a dominé l'actualité de l'après-premier tour. Le débat, programmé à deux reprises puis annulé par les médias pressentis, prend l'allure d'un feuilleton teinté de salmigondis.

L'affaire déclenche une autre polémique. Ségolène Royal et François Bayrou s'empressent d'accuser Nicolas Sarkozy d'avoir fait pression, voire d'avoir intimidé les médias concernés. Évidemment, Nicolas Sarkozy nie toute intervention, mais une fois de plus, la controverse permet à François Bayrou de rester sous les feux de la rampe.

Finalement, une nouvelle station de télévision d'information continue,BFM-TV, et Radio Monte-Carlo organisent le débat samedi dans un hôtel de Paris. La troisième tentative sera la bonne. La rencontre est plutôt un dialogue courtois, voire chaleureux. Chacun constate ses divergences et ses convergences sans agressivité.

L'opération est tout bénéfice pour les deux participants. Ségolène Royal est très à l'aise et convaincante. Elle précise qu'elle n'est pas là pour obtenir un ralliement du chef centriste. François Bayrou ne se rallie pas d'ailleurs à la candidate socialiste, mais il paraît très « présidentiable ».

Le candidat de la droite Nicolas Sarkozy, qui a perdu l'avant-scène du second tour, continue de manifester sa mauvaise humeur, qualifiant le débat de petites combines politiciennes.

François Bayrou passe donc une semaine de plus au coeur de la campagne, alors qu'il aurait dû être relégué au vestiaire. Le leader centriste en profite d'autant plus qu'il a annoncé la création d'une nouvelle formation, le parti démocratique (le PD), en vue des législatives de juin prochain. François Bayrou fait le calcul que les 7 millions d'électeurs pourraient le suivre lors des législatives, ce qui se traduirait par l'élection d'une centaine de députés.

Mais c'est loin d'être certain. Actuellement, François Bayrou est toujours le chef du parti de centre droite, l'UDF (l'Union pour la démocratie française). Cette formation n'a que 29 députés sur 577 à l'Assemblée nationale. Plusieurs de ces élus ont obtenu leur siège grâce à l'appui de l'UMP (l'Union pour une majorité populaire) de Nicolas Sarkozy. D'ailleurs, les deux tiers des députés UDF se sont ralliés à Nicolas Sarkozy pour le second tour.

Pour l'heure, François Bayrou semble avoir franchi le Rubicon. Il espère que son succès au premier tour permettra enfin l'émergence d'un grand parti de centre, nécessaire à ses ambitions présidentielles de 2007.

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