Chronique du 16 avril
Luc Chartrand
Nicolas Sarkozy avait commencé sa campagne, en janvier dernier, en citant Jean Jaurès, fondateur vénéré du socialisme français. C'était une façon habile de se montrer comme un rassembleur, capable d'aller puiser ses références au-delà du clivage gauche-droite. Ce petit sacrilège avait d'ailleurs fort indigné les socialistes!
Mais les politesses de Nicolas Sarkozy envers la gauche se sont arrêtées là. S'il cite encore Jaurès, c'est pour expliquer combien les socialistes l'ont trahi, lui qui aimait et respectait le travail, tandis que ses adversaires de gauche croient émanciper la France en la faisant travailler moins et en encourageant l'assistanat.
Pour le reste, Nicolas Sarkozy mène une campagne à droite toute. Depuis les émeutes de la gare du Nord, à Paris, fin mars, il est revenu au ton autoritaire et agressif qui avait fait sa marque lorsqu'il était ministre de l'Intérieur. Il aime répéter que les voyous sont des voyous et note que, si ceux-ci scandaient son nom lors des émeutes, c'est bien la preuve qu'il n'est pas leur ami, lui. Une façon de sous-entendre que la candidate socialiste, Ségolène Royal, l'était, elle.
Sarkozy excelle dans ce rôle d'agent de l'ordre. Il réfute la langue de bois politique et continue aujourd'hui de défendre l'usage qu'il a fait du mot « racaille » pour désigner des émeutiers, en 2005, un terme provocant qui n'a pas été étranger à l'embrasement des banlieues survenu quelques jours après et qui avait duré trois semaines.
La gare du Nord a marqué un tournant de la campagne pour Sarkozy, car elle lui a rappelé que c'est à droite qu'il devait se battre s'il voulait gagner cette élection. La dureté de son ton dans cette affaire a été bien accueillie par une majorité de Français qui, sur ces questions, l'ont toujours appuyé.
Nicolas Sarkozy
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AFP/Valery Hache
Depuis, Sarkozy courtise de plus en plus ouvertement les électeurs du Front national. Il ne craint pas de le dire, il affirme que la droite a le devoir de répondre aux angoisses des Français en matière d'identité nationale et d'immigration pour ne pas, justement, laisser prospérer l'extrémisme de droite.
Cela le conduit néanmoins à rechercher de plus en plus souvent les applaudissements en s'attaquant aux « polygames » et aux « hommes qui ne respectent pas leur femme et qui ne sont pas les bienvenus en France ».
« Si on n'aime pas la France, répète-t-il, on n'est pas obligé de vivre sur le sol de la République. »
La France est à droite. Même en additionnant toutes les intentions de vote envers les candidats de gauche, ceux d'extrême gauche et les écologistes, on atteint difficilement la barre des 40 %. C'est de mauvais augure pour Ségolène Royal. Si la candidate socialiste atteint le 2e tour, elle aura beaucoup de mal à battre Sarkozy.
C'est ce constat qui a conduit l'ex-premier ministre socialiste Michel Rocard à lancer un appel, le 12 avril dernier, pour une alliance de la gauche avec le parti de centre droite de François Bayrou - l'UDF - pour barrer la route à Sarkozy. Cette bombe n'a pas eu l'heur de plaire à l'establishment socialiste, qui a immédiatement rabroué la proposition de Rocard. Le premier secrétaire du PS, François Hollande, l'a qualifiée d'« indigne ». Il n'« y a pas d'alliance possible entre la gauche et une partie de la droite », a-t-il fait savoir.
Mais il y a fort à parier que l'idée fait déjà son chemin. Il y a à gauche un fort sentiment dit TSS - « Tout sauf Sarkozy » - et les socialistes devront faire des compromis avec la droite modérée s'ils veulent barrer la route à Sarko.