Hugues Poulin
Si le premier tour de scrutin de l'élection présidentielle en France avait lieu maintenant, le « parti » des indécis l'emporterait.
Toutes les maisons de sondages reconnues estiment qu'entre 40 % et 50 % des électeurs sont encore indécis, donc que tout est « ouvert » au moins pour les 4 candidats prépondérants parmi les 12 officiellement en lice.
Une nouvelle génération d'hommes et de femmes politiques aspire au pouvoir, mais aucun postulant ne semble susciter une irrésistible adhésion.
Le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy semble le mieux placé pour obtenir le meilleur résultat au premier tour.
Depuis des semaines, il se maintient aux environs de 25 % à 30 % des intentions de vote.
Sa campagne est efficace, digne de l'imposante machine électorale qu'il a constituée. Son message est conservateur, mais le candidat au caractère parfois bouillant inquiète une partie de l'électorat.
Les sondeurs font remarquer que le favori de la droite, grâce à son discours sur l'immigration et la sécurité, a mordu sur l'électorat de Jean-Marie Le Pen, actuellement crédité de 13 % à 16 % des voix potentielles actuellement.
Mais si le chef de l'extrême droite réussit à récupérer une partie de sa clientèle traditionnelle, il pourrait brouiller les cartes, même si une répétition de son arrivée surprise au second tour, comme en 2002, est moins probable.
La deuxième place, essentielle pour la finale du 6 mai, semble donc se jouer entre la candidate socialiste Ségolène Royal, qui oscille depuis des semaines entre 22 % et 26 % des suffrages probables et le candidat de centre droite, François Bayrou, dont les intentions de vote varient de 18 % à 22 %.
Les poseurs d'affiche demeurent à pied d'oeuvre, à une semaine du scrutin
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AFP/Guillaume Baptiste
Ségolène Royal a connu une campagne en dents de scie, où son message était parfois brouillé entre son désir d'indépendance et la nécessité de composer malgré tout avec le Parti socialiste et ses « éléphants », les vieux ténors plus ou moins appréciés par l'opinion publique. Des méconnaissances en politique étrangère ont aussi semé le doute sur sa stature présidentielle.
Ségolène Royal mise cependant sur le vote « utile » en demandant à ceux qui sont tentés par les petits candidats au premier tour de ne pas prendre de risque comme en 2002 et de se retrouver sans représentant de la gauche au second tour.
Cette campagne flottante de la candidate socialiste a permis au « centriste » François Bayrou d'effectuer une montée spectaculaire. Il a orchestré une stratégie originale, « ni droite ni gauche », promettant de rassembler les meilleurs éléments des deux camps s'il est élu président.
Mais lorsqu'on lui demande de préciser qui seront ces « meilleurs éléments », son message tend à s'étioler. Reste qu'il a séduit une partie de la gauche, déçue par Ségolène Royal, et une fraction de la droite, inquiétée par Nicolas Sarkozy, en se présentant comme un homme compétent et d'apaisement des tensions sociales.
En 2002, François Bayrou avait obtenu 7 % des voix et quoiqu'il arrive sa progression restera remarquable. Ses appuis sont actuellement les plus volatils. Une enquête d'opinion révélait que ses résultats pourraient se situer dans une fourchette de 12 % à 29 % des voix au premier tour, tellement l'électorat est indécis face à François Bayrou.
Certains sondages le donnent même gagnant au second tour contre Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal. Mais, comme le dit le vieil adage, avant le second il faut franchir le premier.
Les deux favoris, Sarkozy et Royal, tentent d'ailleurs en fin de campagne de raviver le vieux clivage droite-gauche, une stratégie qui pourrait ramener au bercail une partie de ces 18 millions d'électeurs indécis ou discrets, à quelques jours du premier tour.