Le pacte des frères ennemis

Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac   © AFP/Patrick Kovarik

En échange du soutien de Jacques Chirac à sa candidature, Nicolas Sarkozy se serait engagé en cas de victoire à la présidentielle française à « éviter au président sortant tout retour de flamme judiciaire », affirme Le Canard Enchaîné, mercredi.

Nicolas Sarkozy aurait promis d'effacer les dossiers judiciaires du président sortant Jacques Chirac en échange d'un soutien à sa candidature, selon Le Canard Enchaîné.

Un proche de M. Chirac aurait donné au Canard Enchaîné les détails de la mise en oeuvre du plan envisagé. « Un article de la loi imposera aux juges de clore leurs dossiers dans des délais très stricts. Pas plus d'une dizaine d'années après les faits incriminés pour les simples délits. Les dossiers trop anciens, encore à l'instruction, seront purement et simplement annulés », écrit l'hebdomadaire.

Un proche de Chirac également cité par le journal avertit que « les promesses peuvent être oubliées, mais nous avons pris des garanties ». « On a des dossiers sous le coude », dit-il.

Une promesse de ne pas s'en mêler

Interrogée sur les informations de l'hebdomadaire, la présidence de la République n'a émis aucun commentaire.

Nicolas Sarkozy a pour sa part assuré le 12 mars qu'il ne se « mêlerait pas » de ces dossiers s'il était élu à l'Élysée. « Ce n'est pas le rôle du président de la République. Il y a une justice, elle est indépendante. Surtout je ne m'en mêlerai pas. C'est ce qu'on demande d'un président de la République, qu'il ne se mêle pas des affaires de justice », avait-il dit.

Dans un entretien le 29 mars à L'Express, le candidat UMP à la présidentielle a ajouté qu'un ancien président de la République « doit être traité avec respect et dignité ».

Il ne reste que 12 jours avant le premier tour de l'élection présidentielle française, qui va déterminer quels seront les deux finalistes de cette course à laquelle participent 12 candidats. Depuis la mi-janvier, Nicolas Sarkozy est en tête des sondages devant la socialiste Ségolène Royal et le centriste François Bayrou.

L'affaire des emplois fictifs

Le président français Jacques Chirac Jacques Chirac (archives)   © AFP/PATRICK KOVARIK

M. Chirac pourra être entendu par les juges après la fin de son mandat, le 16 mai prochain, dans plusieurs affaires judiciaires datant de l'époque où il était maire de Paris et président du RPR (Rassemblement pour la République, parti politique fondé par M. Chirac).

Le dossier le plus incriminant demeure celui du financement occulte du RPR, pour lequel l'ancien premier ministre Alain Juppé a été condamné. L'affaire, qui date de 1993, met en cause la rémunération de sept employés permanents du RPR, dont le salaire a été payé par la mairie de Paris.

Dans une ordonnance rendue en avril 1999, le procureur de la République de Nanterre avait affirmé que de fortes présomptions pesaient sur M. Chirac quant à sa participation « aux faits de prise illégale d'intérêt et de recel d'abus de biens sociaux ». Le juge chargé de s'occuper de l'affaire s'est ensuite déclaré incompétent pour instruire des faits visant le chef de l'État, avant que le procureur général à la Cour de cassation - un proche du chef de l'État - ne décide que le tribunal ne se pencherait pas sur ce dossier délicat.

Dans un rapport de mars 1999, la police estime qu'au total, les salaires versés par la ville de Paris au RPR concernant les emplois fictifs avoisinent 30 millions de francs.

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