Impossible de dissocier Fidel Castro de l'histoire du pays qu'il dirige depuis près d'un demi-siècle. Mais qu'en est-il de l'homme derrière le dirigeant? Portrait d'une figure marquante du XXe siècle, un dirigeant controversé mais incontournable.
Sa jeunesse
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AFP/IURKA BARROSO
Fidel Castro Ruz naît le 13 août 1926 à Biran, dans la province d'Oriente. Fils d'Angel Castro Argo, grand propriétaire terrien originaire d'Espagne, et de Lina Ruz Gonzalez, il a cinq frères et soeurs ainsi qu'une demi-soeur et un demi-frère.
Comme tout fils de bonne famille, il est envoyé chez les jésuites de l'île. En 1942, il entre au collège de Belén à La Havane. On parle de lui comme d'un élève brillant, qui veut à tout prix être à l'avant-scène.
En 1945, il obtient son « bachielerato ». Il entre ensuite à la faculté de droit de la capitale, où il se plonge ardemment dans la politique. Il se joint au groupe de militants pour la justice sociale, les « Manicatos » (les Vaillants), et commence à dénoncer les injustices. En 1947, il fonde le Parti orthodoxe pour appuyer la population havanaise dans ses revendications touchant le coût de la vie.
En 1949, il part à Bogota comme délégué de la Fédération des étudiants universitaires pour l'Assemblée inter-américaine. À la suite de l'assassinat d'un politicien libéral, le peuple se soulève. Castro participe au mouvement. Cette même année, après avoir obtenu trois doctorats en droit, il quitte l'université et ouvre un cabinet d'avocat à La Havane. Il se consacrera à la défense des pauvres.
Père, amant et mari
En 1948, il épouse Mirta Diaz-Balart, fille d'une famille puissante liée à la dictature de Batista. Il a alors 22 ans. Ils auront un fils, Fidelito, seul enfant légitime de Fidel Castro. Le couple divorce en 1955, alors que le jeune révolutionnaire est emprisonné. Castro obtiendra la garde de leur fils, dont il s'occupera avec constance, l'envoyant dans les meilleures écoles et l'emmenant en voyage avec lui.
En 1956, sa maîtresse Natalia Revuelta, une bourgeoise dont il est tombé amoureux quatre ans plus tôt, accouche de leur fille, Alina. (Après avoir accusé son père de la séquestrer, elle s'exilera en Espagne en 1993.)
Avec sa compagne depuis 1961, Dalia Soto des Valle, Castro a cinq autres fils: Alexis, Alexander, Alejandro, Antonio et Angel. Le couple ne fera toutefois vie commune qu'en 1980, après la mort de Celia Sanchez, conseillère et proche confidente de Castro. Par la suite, Castro démentira les rumeurs de leur mariage.
Fidel Castro a multiplié les conquêtes. Plusieurs femmes occidentales ont affirmé avoir eu un enfant de lui.
Un homme de paroles
Tout jeune, déjà, il déclamait des textes appris par coeur devant sa glace. Castro ne prise guère la parole écrite; il lui préfère nettement l'expression orale. Ses grands discours ont marqué les étapes importantes de la révolution cubaine. Ils sont pratiquement toujours prononcés en public, plutôt que seulement télévisés.
Depuis ses débuts comme révolutionnaire, Castro a prononcé un nombre incalculable de discours, souvent longs de plus de cinq heures. Certaines estimations rapportées par l'un de ses biographes donnaient, en 1985, plus de 2500 discours, un chiffre qui excluait les allocutions de moindre importance.
Épris de contradiction et de paradoxe, Castro aime défendre une théorie pour mieux la détruire ensuite, dans ses discours interminables ou avec des amis.
Il vit assez modestement, même à l'échelle cubaine, et a même un mode de vie à la spartiate... à part peut-être son amour des femmes et de la gastronomie. En 2006, le magazine américain Forbes a évalué sa fortune à 900 millions de dollars américains. Piqué au vif, Castro a déclaré à la télévision qu'il démissionnerait si les États-Unis donnaient la preuve de ces allégations. La preuve n'a d'ailleurs jamais été faite.
C'est un bourreau de travail, qui a besoin de très peu de sommeil. Noctambule, il réunit souvent ses hommes de confiance jusqu'au petit matin.
C'est un boulimique de lectures et d'informations de toutes les origines. Fervent admirateur d'Ernest Hemingway, il a dit regretter de ne pas l'avoir fréquenté avant son suicide, le 2 juillet 1961. Fidel Castro était aussi avide de plongée sous-marine et d'autres sports.
Lui qui arborait le cigare comme un symbole de sa puissance a cessé de fumer au milieu des années 80. Mais sur le plan vestimentaire, il est resté un adepte de l'uniforme.
Colérique et imprévisible
Ses proches le décrivent comme un personnage extrêmement imprévisible et colérique. Son caractère est à l'origine de certaines décisions jugées arbitraires (renvoi de conseillers proches par exemple). Selon son biographe, Tad Szulc, l'impétuosité de Castro est à la source du manque de cohérence de certaines de ses lignes politiques, en particulier dans le domaine économique. Bien qu'il ait tenté d'adopter le modèle soviétique de plans quinquennaux alors que les relations entre les deux puissances étaient étroites, Castro n'a pu supporter de s'en tenir à ce plan trop rigide et prévisible. Il préférait improviser, changer en cours de route.
Le Lider maximo déteste partager le pouvoir. C'est un véritable autocrate qui, au fil des années, a plus ou moins tout rassemblé dans son giron. Par contre, il était rarement seul. Une cour fluctuante de proches ou de conseillers le suit sans cesse. Mais selon ceux qui l'ont côtoyé, il émane de lui une impression de solitude. La plupart de ses amis proches des premières années sont morts. Malgré les années de lutte commune, il n'est pas très intime avec son frère Raul.
Une santé en déclin
Ces dernières années, Castro montre des signes d'essoufflement. En 1997, des rumeurs sur son état de santé ont commencé à circuler, mais le Lider maximo a voulu y mettre un terme en se montrant plus que jamais en public.
Le 23 juin 2001, pour la première fois depuis son entrée au pouvoir, Fidel Castro est victime d'un malaise pendant un discours prononcé devant près de 60 000 personnes. Trois ans plus tard, il fait une chute en descendant de l'estrade au terme d'une allocution. Il se relève aussitôt, mais sa chute a été transmise en direct à la télévision cubaine... ce qui lui fait sans doute plus mal que le genou fracturé et le bras fêlé qui nécessiteront une intervention chirurgicale de plus de trois heures. En mars 2005, il doit annuler un voyage prévu en Uruguay pour assister à l'investiture du premier président de gauche du pays, Tabaré Vazquez.
Fin juillet 2006, à la suite d'une hémorragie gastro-intestinale, il subit une opération qui l'éloigne « temporairement » du pouvoir. C'est son frère Raul, numéro deux du régime, qui, selon la version officielle, prend le relais du Lider maximo en attendant son bien hypothétique retour. Fidel Castro. Les célébrations de son 80e anniversaire et du 50e anniversaire de la révolution, début décembre, se sont même déroulées en son absence.
En octobre, le magazine américain Time a affirmé dans son édition en ligne que Fidel Castro souffrait d'un cancer en phase terminale, une information démentie par son frère Raul.