L'après-Castro se met en place

Après avoir pris le relais du Lider maximo de manière provisoire, en juillet 2006, Raul Castro, a été formellement désigné président de Cuba, le 24 février 2008. À 76 ans, il prend donc officiellement la relève de son frère, qui a tenu si longtemps entre ses mains les mécanismes du pouvoir de façon quasi exclusive. À quelques kilomètres de là, de l'autre côté de l'océan, Washington a son propre plan pour faire dérailler la transition prévue par le régime castriste advenant la mort de Fidel...

Fidel et Raul Castro Fidel et Raul Castro   © AFP/ADALBERTO ROQUE

La présence forte et dominante de Fidel Castro empêchait le débat sur sa succession de se faire au grand jour.

Ces dernières années, même s'il est demeuré une clef de voûte du système politique, il a formé un embryon de relève, qui passe maintenant à l'avant-scène, tout en dirigeant de façon beaucoup plus discrète que le « Comandante general ». Avant son départ, Fidel Castro avait confié ses responsabilités quotidiennes à un groupe restreint, dont son frère Raul.

Dans un article de Granma publié en juin 2006, il vantait les mérites de son frère, décrit comme « le chef, le dirigeant, le camarade ». Une offensive médiatique perçue par les observateurs comme la préparation de sa succession. Raul Castro a de son côté parlé d'une direction collective.

« Je l'ai choisi non pas parce qu'il est mon frère, car tout le monde sait à quel point nous haïssons le népotisme, mais parce que, sur mon honneur, je considère qu'il possède les capacités qui lui permettraient de prendre ma place du jour au lendemain au cas où je succomberais dans ce combat.

 » — Fidel Castro, 2 juin 2006
« Seul le Parti communiste cubain peut être considéré comme l'héritier légitime de Fidel. » — Raul Castro, mai 2006

QUELQUES FIGURES DOMINANTES:

Raul Castro (76 ans)

  • Numéro un du Parti communiste cubain
  • Auparavant chef des forces armées et premier vice-président de Cuba
  • A dirigé l'exécution de plusieurs officiers et purgé le parti d'une partie de ses intellectuels
  • Avait été officiellement intronisé successeur de son frère en 1997
  • Avait été nommé remplaçant de son frère de façon « temporaire » le 31 juillet 2006
  • José Ramon Machado Ventura (77 ans)

  • Nouveau numéro deux du parti et premier vice-président du Conseil d'État
  • Perçu comme un idéologue communiste issu de la « vieille garde ».
  • Était jusque-là responsable de l'organisation du Parti communiste cubain
  • Julio Casas Regueiro (72 ans)

  • Ministre de la Défense et l'un des 5 vice-président du Conseil d'État
  • Longtemps considéré comme le bras droit de Raul Castro
  • Aberlardo Colomé Ibarra (68 ans)

  • Ministre de l'Intérieur
  • Chef des troupes cubaines en Angola en 1975
  • Carlos Lage (56 ans)

  • Médecin
  • L'un des 5 vice-président du Conseil d'État et secrétaire du Conseil des ministres
  • À itre de ministre des Finances, il a été responsable des réformes ayant permis la survie économique de l'île dans les années 1990
  • Vu comme un modéré
  • Représente de plus en plus le gouvernement à l'étranger
  • Ricardo Alarcon (70 ans)

  • Président de l'Assemblée nationale
  • A été ministre des Affaires étrangères, puis ambassadeur de Cuba à l'ONU
  • Vu comme un modéré
  • Principal conseiller de Fidel Castro sur les questions américaines
  • Felipe Perez Roque (42 ans)

  • Ministre des Affaires étrangères depuis 1999
  • Vu comme un radical
  • Ex-secrétaire personnel de Fidel Castro (pendant 7 ans)
  • Perçu comme le principal porte-parole de la Bataille des idées
  • En 2001, lorsque Fidel Castro s'évanouit lors d'un discours, il s'empara du micro pour dire: « Viva Fidel! Viva Raul! »
  • Institutions cubainesCuba est régie par la Constitution de 1976, qui a ensuite été amendée. Le socialisme est inscrit dans la Constitution de façon « irrévocable » depuis 2002. L'Assemblée nationale populaire (589 membres), élue au suffrage universel direct, élit le Conseil d'État. Celui-ci est formé d'un président, de six vice-présidents et d'un secrétaire. L'Assemblée nomme aussi le Conseil des ministres, formé de 54 membres.

    Les préparatifs américains

    « L'imposition de Raul Castro [à la tête de l'État] nie le droit du peuple cubain d'élire librement son gouvernement. » — Département d'État américain, 3 août 2006
    Condoleezza Rice Condoleezza Rice (archives)   © AFP/HAITHAM MUSSAWI

    Mais Washington aimerait bien avoir son mot à dire sur l'après-Castro et, du même souffle, trouver une stratégie qui lui éviterait un exode massif de réfugiés.

    En décembre 2003, le président George W. Bush a mis sur pied la Commission d'aide à un Cuba libre, présidée par la secrétaire d'État, Condoleezza Rice, et dont font aussi partie les secrétaires du Commerce et de la Sécurité nationale. Le coordonnateur nommé pour assurer cette transition est Caleb McCarry. En mai 2004, la Commission a publié un rapport de 500 pages, qui mettait sur la table diverses propositions à plusieurs chapitres. Le document recommandait entre autres de faire dérailler la transition prévue par le régime.

    Les objectifs de la commission sont les suivants:

  • Mettre rapidement fin à la dictature de façon pacifique
  • Mettre en place des institutions démocratiques, le respect des droits de la personne et la règle de droit
  • Constituer les bases d'une économie de marché
  • Moderniser les infrastructures
  • Répondre aux besoins fondamentaux de la population dans les domaines de la santé, de l'éducation, du logement et des services sociaux
  • En juillet 2006, un rapport de la Commission a appelé la Maison-Blanche à verser 80 millions de dollars américains au cours des deux prochaines années pour soutenir la société civile et les opposants au régime castriste. Une demande approuvée par le président Bush. Ce qui porte davantage à interprétation, c'est cette annexe du rapport demeurée confidentielle pour des « raisons de sécurité ».

    Correspondants
    à l’étranger

    • Luc Chartrand
      Luc Chartrand

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    • Manon Globensky
      Manon Globensky

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    • Ginette Lamarche
      Ginette Lamarche

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