Les droits fondamentaux

En 1998, Fidel Castro recevait le Prix Kadhafi des droits de l'homme... du nom d'un dictateur ayant lui-même un bilan peu reluisant en matière des droits de la personne. Répression, restrictions à la liberté d'expression, fermeture à la dissidence: à part la Lybie, rares sont les pays qui ont louangé le dictateur cubain. Les organisations non gouvernementales ne sont pas plus tendres à son égard.

Du point de vue de Fidel Castro, il faut concevoir les droits de la personne dans l'optique révolutionnaire: avoir un toit, un emploi et de quoi manger constituent pour lui les véritables droits fondamentaux. Son approche est cependant loin de correspondre aux normes occidentales.

Au fil des années, la Commission des droits de l'homme de l'ONU dresse un portrait sombre de la situation en matière de droits de la personne, même si elle constate des points positifs. 2006 n'a pas fait exception.

Un bilan« [...] des aspects positifs doivent être à nouveau relevés à Cuba en matière de droits économiques, sociaux et culturels, notamment dans les domaines de l'éducation et de la santé, pour lesquels les autorités cubaines font d'importants efforts, notamment budgétaires. Le rapport relève aussi que la tension extrême entre Cuba et les États-Unis crée un climat peu propice au développement des libertés d'expression et de réunion. Les lois américaines et les financements apportés à « la construction de la démocratie à Cuba » font apparaître les opposants politiques sur l'île comme des sympathisants de l'étranger et donnent l'occasion aux autorités cubaines de renforcer la répression contre eux.

Le rapport rappelle la vague de répression intervenue en mars-avril 2003 à Cuba, au cours de laquelle près de 80 personnes appartenant à la société civile ont été arrêtées et jugées dans des délais très courts: quelques semaines, voire quelques jours au cours de procès non publics. Elles sont actuellement détenues dans des conditions de santé physique et mentale qui suscitent une inquiétude d'autant plus grande que des informations très succinctes, voire inexistantes, ont été données par les autorités cubaines à leur sujet, soit à la haute-commissaire, soit aux rapporteurs spéciaux signataires des appels urgents. [...]

Le rapport contient une liste nominative de soixante personnes de la société civile arrêtées en mars-avril 2003 et toujours en détention.
Extrait d'un document du Conseil des droits de l'homme, 26 septembre 2006

En septembre 2006, Christine Chanet, représentante personnelle de la haute-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a expliqué qu'à aucun moment depuis le début de son mandat, il y a plusieurs années, elle n'avait été en mesure, malgré ses demandes réitérées, d'obtenir un contact avec les autorités cubaines.

Dans son rapport publié la même année, Amnistie internationale a de son côté déploré « les restrictions à la liberté d'expression, d'association et de mouvement », qui demeurent « un sujet de préoccupation majeur ». L'organisation fait en outre état de 70 prisonniers d'opinion toujours en incarcération et de 30 prisonniers dans les couloirs de la mort. Aucune exécution n'a cependant eu lieu en 2006.

Les pays occidentaux ont souvent dénoncé le régime de Fidel Castro pour ses entorses aux droits fondamentaux de l'individu. En mars 1999, par exemple, le Canada et d'autres pays se sont élevés contre le procès et la condamnation à l'emprisonnement de quatre Cubains pour dissidence politique.

« Vous savez bien où se trouve la fabrique de dissidents à Cuba, à la Section des intérêts américains [qui représente les États-Unis en l'absence de relations diplomatiques entre les deux pays]. Les dissidents n'ont aucun poids, mais vous aidez à les créer. Il suffit que l'un d'entre eux ouvre la bouche pour que les journalistes se précipitent. » — Fidel Castro, devant la presse internationale, 2003
Une Cubaine lisant le journal officiel <i>Granma</i> Une Cubaine lisant le journal officiel Granma, qui se fait le porte-parole du régime.   © AFP/BALTAZAR MESA

Le droit à la dissidence n'existe pas. Il n'existe qu'un parti officiel, le reste est clandestin et quasi illégal.

En février 1999, Cuba a adopté la « Loi de protection de l'indépendance nationale et de l'économie de Cuba », qui prévoit de lourdes peines pour toute activité mettant en danger la sécurité nationale, c'est-à-dire contre ceux qui diffusent des opinions contre le régime.

En 2003, 75 dissidents (journalistes, dirigeants syndicaux, militants des droits de la personne, etc.) ont écopé de 6 à 28 ans d'enfermement à l'issue de procès expéditifs. En 2005 se tenait le Congrès du 20 mai, premier geste d'envergure des dissidents depuis le « Printemps noir » survenu deux ans plus tôt.

Une opposition multiple et divisée
  • Le projet Varela: ouvert au dialogue, ce mouvement centriste revendique des changements à partir des structures existantes; Oswaldo Paya est une de ses figures de proue.
  • Le Congrès du 20 mai: plus à droite du spectre, il veut une rupture totale et voit l'embargo américain comme un moyen de pression légitime contre les autorités cubaines; une de ses militantes est Marta Beatriz Roque.

  • Todos Unidos (Tous unis): mouvement de gauche réuni autour d'Elizardo Sanchez, notamment. Il a proposé un programme en 36 points en février 2004.

  • Source: Le Monde (20 mai 2005)

    Le bilan en termes de liberté de presse n'est évidemment pas plus reluisant. Sur 168 États évalués par Reporters sans frontières, le pays ferme le peloton, au 165e rang.

    « Fermant la marche du continent [américain], Cuba demeure la deuxième prison du monde pour les journalistes avec vingt-quatre détenus et ne tolère toujours pas de presse indépendante. » — Reporters sans frontières, dans son classement mondial 2006

    Le droit à l'association libre est encore bafoué, et il s'agit d'un net recul par rapport à ce qui, théoriquement, était possible en 1959, lors de l'avènement de la révolution. Le droit à la pratique de la religion a également été fortement restreint, sinon réprimé. Ce n'est que dans les toutes dernières années que l'on a assisté à une ouverture, et encore est-elle toute relative.

    L'ONU, Amnistie internationale et d'autres ONG soulignent par ailleurs que l'embargo imposé à Cuba par les États-Unis a eu des effets néfastes sur les droits de la personne.

    Les vagues d'exil

    La révolution castriste, la crise économique et la répression politique ont poussé un grand nombre de Cubains à l'exil. Ils sont environ deux millions à vivre à l'étranger, dont un million aux États-Unis, principalement en Floride. Quelque 600 000 d'entre eux sont regroupés dans le seul comté de Miami Dade.

    Parmi ceux qui se sont réfugiés aux États-Unis dès 1959, plusieurs avaient été des bénéficiaires du régime de Batista, qui à l'époque était soutenu par son puissant voisin. Ces émigrés sont donc de farouches opposants au régime de Fidel Castro, ce qui a poussé celui-ci à les désigner comme de mauvais patriotes, « vendus à l'ennemi » américain. Mais la diaspora cubaine compte aussi un grand nombre de personnes poussées à l'exil à cause de leurs conditions de vie, ou encore des intellectuels qui se sont sentis en danger.

    Des Cubain fuyant Cuba sur des embarcations de fortune. (archives) Des Cubain fuyant Cuba sur des embarcations de fortune. (archives)

    Aujourd'hui, les autorités américaines de l'immigration facilitent en effet la régularisation des immigrés cubains qui ont réussi à arriver sur leur sol. De façon générale, ceux qui sont interceptés en mer sont toutefois renvoyés à Cuba. En 2005, 2500 Cubains ont réussi à entrer aux États-Unis.

    Devant la multiplication du nombre de Cubains prêts à tout pour fuir l'île, le régime de Fidèle Castro a durci le ton ces dernières années. Parallèlement aux condamnations des dissidents, les autorités cubaines ont rétabli de fait les exécutions. Elles ont condamné à mort et exécuté trois personnes responsables du détournement d'une embarcation cubaine qui assurait la navette entre divers quartiers de la baie de La Havane. Les trois hommes ont été exécutés le 11 avril 2003, moins de deux semaines après les faits. Il s'agissait du troisième détournement en moins de trois semaines.

    1959: La première vague d'exil est le fait des proches de Batista, suivis par environ 75 000 Cubains, notamment des médecins, des cadres, etc.
    1965: Washington et La Havane signent un accord qui permet aux Cubains d'émigrer aux États-Unis. Avant la fin du pont aérien, en 1973, plus de 260 000 personnes quittent l'île.
    1980: Environ 11 000 Cubains se réfugient à l'ambassade du Pérou à La Havane pour quitter l'île. Après d'intenses négociations, le régime les autorise à quitter Cuba en partant du port de Mariel, à 40 km de la capitale. Ils seront suivis par 120 000 Cubains en moins de un mois. Cette vague d'émigration illégale vers les États-Unis sera connue sous le nom des Marielitos.
    La crise des balseros: Entre juin et août 1994, plus de 3000 Cubains fuient leur pays sur des embarcations de fortune en direction de la Floride. Le 13 juillet, un bateau coule avec 70 personnes à bord, causant la mort de 32 passagers, dont 20 enfants. Les États-Unis et Cuba signeront un nouvel accord sur l'immigration.
    Novembre 1999: Un jeune naufragé de 6 ans est l'unique survivant de 14 Cubains, dont sa mère, ayant pris la mer. Elian Gonzales devient un symbole et surtout un enjeu politique. S'amorce une longue bataille juridique, politique et médiatique avant que Castro n'obtienne le retour de l'enfant chez son père, à Cuba, à la grande colère des exilés cubains anticastristes des États-Unis.

    Correspondants
    à l’étranger

    • Luc Chartrand
      Luc Chartrand

      Vidéo -  Présidentielles en Égypte : les candidats au second tour

    • Manon Globensky
      Manon Globensky

      Audio -  Massacre de Houla : les Occidentaux veulent accentuer la pression sur Damas

    • Ginette Lamarche
      Ginette Lamarche

      Audio -  Élections égyptiennes : les inquiétudes des coptes

    Tous les correspondants

    Facebook