En 1998, Fidel Castro recevait le Prix Kadhafi des droits de l'homme... du nom d'un dictateur ayant lui-même un bilan peu reluisant en matière des droits de la personne. Répression, restrictions à la liberté d'expression, fermeture à la dissidence: à part la Lybie, rares sont les pays qui ont louangé le dictateur cubain. Les organisations non gouvernementales ne sont pas plus tendres à son égard.
Du point de vue de Fidel Castro, il faut concevoir les droits de la personne dans l'optique révolutionnaire: avoir un toit, un emploi et de quoi manger constituent pour lui les véritables droits fondamentaux. Son approche est cependant loin de correspondre aux normes occidentales.
Au fil des années, la Commission des droits de l'homme de l'ONU dresse un portrait sombre de la situation en matière de droits de la personne, même si elle constate des points positifs. 2006 n'a pas fait exception.
En septembre 2006, Christine Chanet, représentante personnelle de la haute-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a expliqué qu'à aucun moment depuis le début de son mandat, il y a plusieurs années, elle n'avait été en mesure, malgré ses demandes réitérées, d'obtenir un contact avec les autorités cubaines.
Dans son rapport publié la même année, Amnistie internationale a de son côté déploré « les restrictions à la liberté d'expression, d'association et de mouvement », qui demeurent « un sujet de préoccupation majeur ». L'organisation fait en outre état de 70 prisonniers d'opinion toujours en incarcération et de 30 prisonniers dans les couloirs de la mort. Aucune exécution n'a cependant eu lieu en 2006.
Les pays occidentaux ont souvent dénoncé le régime de Fidel Castro pour ses entorses aux droits fondamentaux de l'individu. En mars 1999, par exemple, le Canada et d'autres pays se sont élevés contre le procès et la condamnation à l'emprisonnement de quatre Cubains pour dissidence politique.
Une Cubaine lisant le journal officiel Granma, qui se fait le porte-parole du régime.
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AFP/BALTAZAR MESA
Le droit à la dissidence n'existe pas. Il n'existe qu'un parti officiel, le reste est clandestin et quasi illégal.
En février 1999, Cuba a adopté la « Loi de protection de l'indépendance nationale et de l'économie de Cuba », qui prévoit de lourdes peines pour toute activité mettant en danger la sécurité nationale, c'est-à-dire contre ceux qui diffusent des opinions contre le régime.
En 2003, 75 dissidents (journalistes, dirigeants syndicaux, militants des droits de la personne, etc.) ont écopé de 6 à 28 ans d'enfermement à l'issue de procès expéditifs. En 2005 se tenait le Congrès du 20 mai, premier geste d'envergure des dissidents depuis le « Printemps noir » survenu deux ans plus tôt.
Le bilan en termes de liberté de presse n'est évidemment pas plus reluisant. Sur 168 États évalués par Reporters sans frontières, le pays ferme le peloton, au 165e rang.
Le droit à l'association libre est encore bafoué, et il s'agit d'un net recul par rapport à ce qui, théoriquement, était possible en 1959, lors de l'avènement de la révolution. Le droit à la pratique de la religion a également été fortement restreint, sinon réprimé. Ce n'est que dans les toutes dernières années que l'on a assisté à une ouverture, et encore est-elle toute relative.
L'ONU, Amnistie internationale et d'autres ONG soulignent par ailleurs que l'embargo imposé à Cuba par les États-Unis a eu des effets néfastes sur les droits de la personne.
Les vagues d'exil
La révolution castriste, la crise économique et la répression politique ont poussé un grand nombre de Cubains à l'exil. Ils sont environ deux millions à vivre à l'étranger, dont un million aux États-Unis, principalement en Floride. Quelque 600 000 d'entre eux sont regroupés dans le seul comté de Miami Dade.
Parmi ceux qui se sont réfugiés aux États-Unis dès 1959, plusieurs avaient été des bénéficiaires du régime de Batista, qui à l'époque était soutenu par son puissant voisin. Ces émigrés sont donc de farouches opposants au régime de Fidel Castro, ce qui a poussé celui-ci à les désigner comme de mauvais patriotes, « vendus à l'ennemi » américain. Mais la diaspora cubaine compte aussi un grand nombre de personnes poussées à l'exil à cause de leurs conditions de vie, ou encore des intellectuels qui se sont sentis en danger.
Des Cubain fuyant Cuba sur des embarcations de fortune. (archives)
Aujourd'hui, les autorités américaines de l'immigration facilitent en effet la régularisation des immigrés cubains qui ont réussi à arriver sur leur sol. De façon générale, ceux qui sont interceptés en mer sont toutefois renvoyés à Cuba. En 2005, 2500 Cubains ont réussi à entrer aux États-Unis.
Devant la multiplication du nombre de Cubains prêts à tout pour fuir l'île, le régime de Fidèle Castro a durci le ton ces dernières années. Parallèlement aux condamnations des dissidents, les autorités cubaines ont rétabli de fait les exécutions. Elles ont condamné à mort et exécuté trois personnes responsables du détournement d'une embarcation cubaine qui assurait la navette entre divers quartiers de la baie de La Havane. Les trois hommes ont été exécutés le 11 avril 2003, moins de deux semaines après les faits. Il s'agissait du troisième détournement en moins de trois semaines.