L'économie

Jusqu'au début des années 90, Cuba était tourné vers les pays du bloc de l'Est, qui représentait 85 % de son commerce, URSS en tête. Mais l'effondrement du bloc communiste a fait perdre à Cuba ses principaux partenaires et plongé son économie dans une crise dont il a pris plusieurs années à émerger, accentuée par l'embargo américain qui pèse sur lui depuis près d'un demi-siècle.

Une plage cubaine

Traditionnellement un des plus grands producteurs de sucre au monde, Cuba a dû se tourner vers d'autres activités économiques et restructurer radicalement ses sources de revenus au cours des 15 ou 20 dernières années, s'ouvrant par exemple massivement au tourisme. L'envoi de médecins et d'entraîneurs sportifs à l'étranger, surtout au Venezuela, et le nickel ont en outre pris une place prépondérante dans l'économie cubaine.

En 2005, Cuba a connu une croissance de 11,8 % à en croire les données fournies par le régime, mais ses méthodes particulières de calcul, qui tiennent notamment compte de certains paramètres sociaux, gonflent les chiffres. La CIA et d'autres organismes l'évaluent plutôt à 8 %. Le gouvernement cubain prévoyait pour 2006 une croissance de 10 %.

Cela dit, la population est encore aux prises avec d'importantes pénuries et une bonne partie dépend des transferts de fonds envoyés par les exilés cubains, qui dépassent le milliard de dollars américains.

Quelques chiffresProduit intérieur brut: 44,5 milliards $ (estimation de la CIA, 2007)
Produit intérieur brut par habitant: 4500 $ (estimation de la CIA, 2007)

Réformes et contre-réformes

Pour se sortir de la crise économique qui a suivi la fin des subventions soviétiques et pour attirer les investisseurs, le régime castriste a mené, au milieu des années 90, des réformes libérales décrites sous le nom de « période spéciale en temps de paix ». Il a ainsi permis certaines initiatives individuelles à petite échelle, notamment dans le tourisme, l'agriculture et le secteur minier en plus de légaliser le dollar américain.

Cuba a ainsi pu sortir son économie cubaine du gouffre, diversifiant notamment ses partenaires commerciaux et permettant l'émergence de petits entrepreneurs. Mais les inégalités économiques se sont développées: outre les privilégiés du régime, ceux recevant de l'argent de parents en Floride ou travaillant dans l'industrie du tourisme, par exemple, ont pu accroître leurs revenus, ce qui a évidemment déplu à un gouvernement aux orientations communistes.

Le pire étant évité, le régime, soucieux de freiner le développement des inégalités et la libéralisation économique, a fait marche arrière, mettant un frein aux timides mesures d'ouverture qu'il avait dû manifester. Le dollar américain, largement utilisé, a cessé d'avoir cours et a été remplacé par le peso convertible.

La monnaie cubaineEn 1994, Cuba avait légalisé la circulation du dollar américain, rapidement devenu la devise préférée à cause de sa valeur par rapport au peso cubain. Son utilisation avait créé un système économique à deux vitesses: les salariés payés en dollars, dans l'industrie du tourisme par exemple, étaient nettement plus avantagés que ceux rémunérés en pesos.

Aujourd'hui, deux monnaies ont officiellement cours à Cuba: le peso convertible et le peso. Le premier est utilisé dans l'industrie du tourisme de même que par les entreprises exportatrices ou traitant avec des entreprises étrangères, notamment les investisseurs. Fixée à 1,08 $US, la monnaie est surévaluée. Le reste de la population utilise pour sa part le peso cubain, dont la valeur équivaut à 1/25 de peso convertible. Le dollar américain, auquel a été substitué le peso convertible, est cependant encore en circulation, mais fait maintenant l'objet d'une surtaxe de 10 %.

En 2006, Fidel Castro a lancé la « Bataille des idées », destinée notamment à mettre un terme à la corruption et au détournement de fonds endémiques chez les employés de l'État.

Aujourd'hui, l'armée exerce une influence grandissante dans plusieurs secteurs économiques: tourisme, informatique, télécommunications, agriculture, cigares Habanos, etc. « Aujourd'hui, les FAR [Forces armées révolutionnaires] contrôlent 322 des plus grandes entreprises cubaines, qui emploient 20 % des salariés et totalisent 89 % des exportations », évalue le quotidien Le monde (9 août 2006).

Le changement de partenaires et les pétrodollars vénézuéliens

Hugo Chavez, partenaire privilégié de Fidel Castro (archives)

Malgré le blocus décrété par les États-Unis, Cuba réussit à avoir des échanges commerciaux avec l'extérieur. L'île exporte surtout du sucre, du nickel (dont elle est le 5e producteur mondial), du tabac, du poisson, des produits médicaux, des agrumes et du café. Elle importe essentiellement du pétrole, des produits alimentaires, de la machinerie et de l'équipement, et des produits chimiques. En 2005, le déficit commercial était estimé à 4,8 milliards de dollars américains.

Ces dernières années, Cuba a développé ou intensifié des relations commerciales avec des pays occidentaux, dont le Canada et l'Espagne, ainsi qu'avec le Vietnam et la Chine. Le Canada est le quatrième partenaire commercial de Cuba. Selon Statistique Canada, le commerce entre les deux pays atteint un milliard de dollars.

Principaux partenaires commerciauxPrincipaux exportateurs*: Pays-Bas (24,5 %), Canada (20 %), Chine (9,3 %), Espagne (6,4 %), Venezuela (4,9 %)
Principaux importateurs de biens cubains*: Chine (13,4 %), Venezuela (13 %), Espagne (12,6 %), États-Unis (7,7 %), Canada (7,4 %)
Principaux investisseurs étrangers**: Espagne, Canada, Italie, France
Sources: * Globe and Mail, Report on Business (2 août 2006), ** Le monde (5 août 2006)

L'île s'est également rapprochée du continent sud-américain. Cuba a essentiellement noué des liens économiques et politiques privilégiés avec le Venezuela de Hugo Chavez. Venu remplir le vide économique laissé par l'effondrement de l'URSS, le nouvel allié stratégique de Fidel Castro est devenu au fil des ans son principal partenaire.

En 2003, les deux pays ont conclu un accord selon lequel Caracas fournit à La Havane du pétrole à bas prix: le prix le plus élevé payé par Cuba a été de 27 $US le baril, bien en deçà de la moitié du prix sur le marché. Selon les estimations, le Venezuela y livre 90 000 barils de pétrole par jour. En contrepartie, Cuba envoie des milliers de médecins, mais aussi quelques centaines d'enseignants et d'entraîneurs sportifs.

S'opposant à la mise en place d'une zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), les deux capitales ont mis sur pied l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA). Avec la Bolivie, elles ont également signé le Traité commercial des peuples (TCP), vu comme une réponse à une mondialisation à l'américaine. En juillet 2006, Cuba a signé en outre un accord commercial avec le Marché commun sud-américain (Mercosur).

Globalement, de 2001 à 2005, les exportations de Cuba vers l'Amérique latine sont passées de 14 à 41 millions de dollars américains, rapporte le Centre d'études interaméricaines.

Un embargo qui pèse lourd

À Cuba, une pancarte contre l'embargo

Impossible de parler de l'économie cubaine sans aborder la question de l'embargo américain, le plus long de l'histoire contemporaine.

Les États-Unis, principal partenaire commercial du pays avant la révolution castriste, l'ont instauré en 1962, renforcé en 1992 par le « Cuban Democracy Act », puis en 1996 par la loi américaine Helms-Burton, qui prévoit des sanctions contre les sociétés étrangères qui entretiennent des relations commerciales avec l'île.

Les transactions financières avec Cuba sont interdites, et les avoirs cubains aux États-Unis sont gelés.

Le gouvernement cubain évalue l'effet total de l'embargo à plus de 80 milliards de dollars. Les conséquences de l'embargo permettent toutefois au régime de cacher ses défaillances en matière d'économie.

Différents groupes de pression américains, comme ceux de l'agroalimentaire, n'ont cessé de réclamer une levée partielle de l'embargo. En 2001, Washington a quelque peu assoupli son embargo, autorisant l'exportation de médicaments, d'aliments et de denrées de première nécessité vers Cuba pour des « raisons humanitaires », à condition que le régime de Fidel Castro les paie comptant. Depuis, Cuba a traité avec 159 entreprises américaines, signant des contrats totalisant 1,9 milliard de dollars américains. Ironiquement, les États-Unis sont ainsi devenus le 3e fournisseur de Cuba.

Au-delà des milieux économiques, plusieurs groupes ont remis en cause l'efficacité de l'embargo comme moyen de pression. Multipliant les résolutions chaque année, l'Assemblée générale des Nations unies demande aux États-Unis d'y mettre fin, en vain. En 2002, puis en 2006, Washington a proposé au régime castriste de lever les sanctions à condition qu'il s'engage sur la voie de la démocratie, ce qu'a rejeté La Havane.

Les transferts de fonds de la diaspora cubaine aux États-Unis ont été autorisés à partir de l'été 1998. En juin 2004, l'administration Bush a cependant restreint les visites des exilés cubains et les transferts de fonds à leur famille.

Le tourisme, moteur de croissance

Une plage cubaine

Après avoir reposé sur la culture du sucre, l'économie cubaine dépend du tourisme depuis une dizaine d'années. Les recettes liées au tourisme ont été multipliées par dix en dix ans. Selon des données de 2005, une vague de plus de 2 millions de visiteurs, dont 600 000 Canadiens, déferle à Cuba chaque année, et les revenus générés dépassent les 2 milliards de dollars américains. La moitié des voyageurs canadiens - les visiteurs les plus nombreux - viennent du Québec.

Le secteur tertiaire, notamment les activités du tourisme, emploie désormais près de 65 % de la population active (données de 2004). Il attire beaucoup les Cubains grâce aux salaires plus élevés qui y sont rattachés. Le secteur des services est en pleine croissance, surtout l'exportation de services médicaux et sportifs, qui génère des millions de dollars.

Une économie restructurée

L'agriculture emploie 21 % des travailleurs. Alors qu'elle représentait près du quart du PIB au milieu des années 60, elle n'atteint même pas 6 %. Malgré les deux grandes réformes agraires de 1959 et 1963, la production alimentaire n'est toujours pas assez diversifiée pour satisfaire tous les besoins de la population.

Secteurs primaire et secondairePrincipaux produits agricoles: sucre, tabac, agrumes, café, riz
Principales industries: sucre, pétrole, tabac, construction, nickel, acier, ciment, machinerie agricole, produits pharmaceutiques; les télécommunications contribuent elles aussi à la croissance.
La culture du sucre

La fin de l'accord « sucre contre pétrole » avec l'URSS, qui permettait jusqu'au début des années 90 d'écouler la production à un prix très avantageux, conjuguée à la chute des prix du sucre sur le marché mondial, a provoqué une diminution radicale de la production. Le pays ne produit maintenant que un million de tonnes de sucre par an, comparativement à 8 tonnes par le passé (The Guardian, 18 avril 2006). Jusqu'en 1992, le sucre était pourtant le principal fournisseur de devises étrangères.

Résultat: Sur les 155 usines à sucre que comptait le pays, la moitié a été démantelée, mettant au chômage plusieurs dizaines de milliers de travailleurs. Le gouvernement termine la conversion de près de la moitié de la surface qui était occupée par la canne à sucre en d'autres cultures.

Par ailleurs, le secteur secondaire emploie environ 14 % de la population active et génère plus du quart du PIB. Cuba dispose de riches gisements de nickel, de chrome, de cuivre, de fer et de manganèse. On y exploite aussi des réserves de soufre, de cobalt, de gypse, d'amiante, de pétrole et de sel. Mais ses installations sont vétustes, particulièrement dans l'industrie minière.

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