Une colonie espagnole
Le 28 octobre 1492, Christophe Colomb découvre Cuba lors de son premier voyage outre-Atlantique. L'île est alors habitée par des Amérindiens: Guanajuantabeyes, Ciboyenes, Taïnos, Arawaks et Caribes. Il baptise l'île Cubanascan, de son nom indigène.
La colonisation de l'île commence en 1511, sous la férule de Diego Velasquez de Cuellar. Les Espagnols font de Cuba une base de ravitaillement pour leurs expéditions au Mexique et au Panama. En moins de 5 ans, la population indigène, pacifique, est décimée. Dès 1570, les Espagnols font venir des esclaves noirs pour travailler dans les plantations et les mines d'or. L'or étant rapidement épuisé, les colons se tournent vers le tabac et la canne à sucre.
Au 19e siècle, des tensions apparaissent entre Espagnols et Créoles. Chez ces derniers naît un vaste mouvement indépendantiste, qui atteint son apogée avec le soulèvement mené par Carlos Manuel de Cespedes. Malgré la défaite des insurgés, l'Espagne leur accorde des concessions, abolissant l'esclavage en 1880 et proclamant l'égalité entre les Blancs et les Noirs en 1893.
Mais les réformes ont peu de répercussions. Les Cubains s'insurgent à nouveau en 1895, sous le commandement de Jose Marti et d'Antonio Maceo, puis du général Gomez, qui prennent la tête du Parti révolutionnaire cubain. En avril 1889, les États-Unis interviennent à leurs côtés, précipitant la guerre hispano-américaine.
Satellite des États-Unis
Le 10 décembre 1898, l'Espagne et les États-Unis mettent fin au conflit qui les oppose: l'Espagne renonce à sa souveraineté sur l'île de Cuba. Le 20 mai 1902, la République de Cuba est officiellement proclamée. Sa Constitution autorise l'intervention américaine dans les affaires du pays. Un gouvernement quasi militaire est mis en place.
Fulgencio Batista y Zaldivar remporte les élections présidentielles en 1940, mais perd les suivantes. Il revient au pouvoir en 1952, lors d'un coup d'État soutenu par l'armée.
Le dictateur jouit de l'appui de la grande bourgeoisie latifundiaire et de celui des États-Unis. La mainmise des capitaux étrangers, principalement américains, sur l'économie du pays, s'accroît encore. Cuba est aussi un lieu où le vice et la corruption s'épanouissent; La Havane est alors la capitale de la prostitution en Amérique latine. Batista gouverne de façon très autoritaire. La torture et les arrestations arbitraires se succèdent.
Un an après le coup d'État, Batista écrase le soulèvement dirigé par le jeune Fidel Castro. Celui-ci est arrêté et emprisonné. Gracié en 1955, il s'exile, d'abord aux États-Unis, puis au Mexique.
La révolution
Il revient en 1956 avec 82 insurgés, parmi lesquels se trouvent son frère Raul et Che Guevara. Au total, 70 hommes périssent. Les survivants se réfugient dans la Sierra Maestra et mènent une guérilla contre le régime de Batista.
L'appui du peuple aux insurgés, ajouté à l'arrêt des livraisons d'armes des États-Unis à Batista, entraîne le départ de ce dernier, le 1er janvier 1959: c'est la victoire des « barbudos », les barbus. Un gouvernement provisoire est alors nommé, et Fidel Castro en prend la direction. Il annule très vite les élections qui devaient avoir lieu.
Le régime castriste met en place une réforme agraire qui confisque les terres aux Américains et aux grands propriétaires. Il nationalise les industries, met en oeuvre une politique de grands travaux et lance des programmes visant à améliorer le système de santé et le système éducatif.
L'isolement
Dès octobre 1960, Washington impose à l'île un embargo commercial, qui reste à ce jour le plus long de l'histoire moderne. Les deux pays coupent leurs relations diplomatiques en 1961. En avril, un commando d'exilés anticastristes soutenus et entraînés par les États-Unis débarque au sud de l'île, dans la baie des Cochons. Il essuie un échec, mais cette tentative d'invasion pousse le régime castriste à se rapprocher de l'Union soviétique.
Octobre 1962 restera marqué dans l'histoire moderne comme étant le point culminant de la guerre froide et celui qui est passé le plus près d'un conflit nucléaire mondial.
La crise des missiles éclate le 14 octobre: Washington dénonce l'installation sur l'île de rampes de lancement de missiles nucléaires fournies par l'URSS. La tension est à son comble entre les deux superpuissances pendant plusieurs jours. Le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev accepte finalement de retirer les missiles, et la crise s'apaise.
Ce retrait marquera un tournant dans les relations entre Castro et l'URSS. Le traité d'évacuation des fusées est signé sans que Cuba soit impliqué dans les tractations. Castro se sent victime d'ingérence, estimant que le principe du contrôle international du démantèlement des armes viole la souveraineté du territoire cubain. Il en gardera une méfiance à l'égard de l'URSS.
La même année, l'Organisation des États d'Amérique (OEA) expulse Cuba, accusée d'organiser des rébellions au Venezuela, au Guatemala et en Bolivie. En 1968, Fidel Castro reconnaît l'invasion de la Tchécoslovaquie et resserre ses liens avec l'URSS. À la fin des années 70, Cuba adopte complètement le modèle communiste. Elle devient très dépendante de l'aide économique de l'Union soviétique et des autres pays du bloc de l'Est.
En juillet 1975, l'OEA lève ses sanctions, et Cuba sort de son isolement diplomatique. La même année, le premier congrès du Parti communiste cubain se réunit et adopte une nouvelle Constitution.
En 1989, Cuba et l'URSS signent un traité d'amitié de 25 ans. Mais, alors que l'URSS de Mikhaïl Gorbatchev s'ouvre aux réformes, Castro continue de s'opposer à l'économie de marché et à la démocratie. En juin, il fait arrêter des officiers accusés de corruption, de détournement de fonds et de trafic de drogue dans en Amérique latine, dont le général Arnaldo Ochoa, qu'on dit favorable aux réformes soviétiques. À l'issue d'une procédure digne des procès staliniens, le héros de la révolution et collaborateur de Raul Castro est exécuté le 13 juillet.
Peu après, la désagrégation du bloc soviétique portera un très dur coup à la société cubaine, qui se verra soudain privée de son principal appui politique, et surtout économique. Les derniers militaires russes, en place depuis 1963, quitteront l'île en 1993.