Un homme lance des pierres vers un véhicule de la police anti-émeutes.
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AFP/VINCENT AMALVY
La mort d'Augusto Pinochet a suscité différentes réactions au Chili et dans le monde.
Les scènes de liesse, dans les rues de la capitale chilienne, en réaction à l'annonce de la mort de l'ancien dictateur, ont été suivies par des incidents violents.
À Santiago, la capitale, des incidents violents ont suivi les scènes de liesse qui avaient d'abord été rapportées.
En soirée, des affrontements ont éclaté entre la police et des manifestants qui célébraient la mort de l'ex-dictateur, en face du palais présidentiel de la Moneda. Les policiers auraient tenté de stopper un groupe de plus de 1000 manifestants qui avançaient sur l'avenue Alameda, au centre-ville.
La police a fait usage de canons à eau et des grenades lacrymogènes, tandis que les manifestants ont répliqué en lançant des pierres et des bouteilles.
Dimanche soir, la télévision nationale chilienne montrait les images de quelques incendies allumés dans les rues de la ville. La police a fait état d'au moins six blessés et de plusieurs arrestations.
Joie et tristesse
Des opposants à l'ex-dictateur ont laissé libre cours à leur joie et à leur colère à l'annonce de sa mort.
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AFP/Claudio POZO
Plus tôt, dès l'annonce de la mort de l'ex-dictateur, des opposants sont allés célébrer dans les rues. Des voitures se sont mises à klaxonner et une centaine de personnes se sont rassemblées sur la place d'Italie, à proximité du centre-ville, pour fêter la mort de l'ancien dictateur. Agitant des drapeaux chiliens et sautant de joie, les opposants, pour la plupart des jeunes, dansaient, chantaient et festoyaient au nom de la « libération du Chili ».
Ces scènes contrastaient avec la tristesse qui régnait aux abords de l'hôpital militaire de Santiago, où une vingtaine de sympathisants de Pinochet ont éclaté en sanglots en apprenant son décès.
Très émus, les fidèles de l'ex-dictateur ont entonné l'hymne national chilien. « Je suis très triste, bouleversée. Il nous a épargné une guerre civile », a lancé une dame. « C'est un véritable malheur. Un héros national est mort », a renchéri un autre sympathisant.
Au Canada, où vivent plusieurs exilés chiliens, les sentiments vont de l'indifférence à la frustration. Interviewée par le RDI, Maria Eugenia Saul, une ancienne journaliste d'origine chilienne, a dit ressentir de l'indifférence, mais aussi de la révolte, car « l'ancien dictateur n'a jamais fait face aux tribunaux », rappelle-t-elle.
Mme Saul a quitté le Chili six semaines après le coup d'État qui a porté Pinochet au pouvoir, le 11 septembre 1973. Elle affirme que des mères chiliennes vivant au Québec cherchent en vain leurs enfants disparus depuis 30 ans.
Réactions à l'étranger
En réaction à la mort d'Augusto Pinochet, Londres a salué les progrès de la démocratie au Chili depuis son départ du pouvoir, en 1990.
« Nous prenons acte du décès du général Pinochet et voulons rendre hommage aux progrès remarquables que le Chili a réalisés pendant les quinze dernières années en tant que démocratie ouverte, stable et prospère », a déclaré la secrétaire au Foreign Office, Margaret Beckett.
Aux États-Unis, la Maison Blanche a rendu hommage aux victimes du régime de l'ex-dictateur et à leurs familles. Selon un porte-parole, la dictature du général a été l'une des périodes les plus difficiles de l'histoire de ce pays. Augusto Pinochet fut longtemps un protégé des Washington, qui l'a aidé dans son coup d'État contre le président socialiste Salvador Allende.
Prise de conscience
Pour sa part, Amnesty International estime que la mort d'Augusto Pinochet doit être l'occasion d'une prise de conscience, par les pouvoirs publics dans le monde, de l'importance de la célérité de la justice contre les responsables de violations des droits de l'homme.
L'organisation de défense de droits de l'homme « appelle les autorités chiliennes à déclarer la loi sur l'amnistie nulle et procéder à des enquêtes et à la poursuite de tous ceux qui sont impliqués dans les milliers de cas de disparition, torture et exécution durant la période de pouvoir de Pinochet ».
De son côté, le vice-président de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), Luis Guillermo Perez, regrette que l'ancien dictateur chilien soit mort sans avoir été jugé. Il estime toutefois que « la condamnation morale de Pinochet, le peuple chilien l'a déjà faite. Les manifestations de joie au Chili l'expriment », a-t-il déclaré.
Même sans sentence judiciaire, « Pinochet restera comme un criminel contre l'humanité, son nom sera préservé à travers les siècles comme cela », a estimé le vice-président de la FIDH, saluant la « décision historique » de la justice britannique de lever son immunité, en 1998.