Le Liban dit oui à un tribunal international

Rafic Hariri (archives)

Malgré l'importante crise politique qui oppose pro et antisyriens, le gouvernement libanais a approuvé lundi la résolution des Nations unies créant un tribunal international chargé de juger les assassins de l'ancien premier ministre Rafic Hariri.

Malgré la crise qui oppose pro et antisyriens, le Cabinet de Fouad Siniora approuve le projet de résolution des Nations unies qui crée un tribunal international chargé d'élucider le meurtre de l'ex-premier ministre.

« Le gouvernement a approuvé à l'unanimité des ministres présents le projet de constitution d'un tribunal à caractère international », a déclaré le premier ministre Fouad Siniora. Cette réunion du Cabinet s'est toutefois tenue en l'absence de six ministres démissionnaires et du président prosyrien Emile Lahoud.

À quelques heures du vote, un ministre prosyrien a démissionné de son poste, imitant ainsi les cinq ministres chiites du gouvernement du premier ministre Fouad Siniora. Il s'agit de Yacoub Sarraf, un grec orthodoxe considéré comme un proche du président libanais Émile Lahoud et de Damas.

M. Sarraf a soutenu que le gouvernement, qui compte 24 ministres, a perdu « sa légitimité constitutionnelle dès lors qu'une communauté n'y est plus représentée ». Au Liban, les fonctions politiques sont partagées entre les nombreuses communautés confessionnelles selon des règles pré-établies.

Les cinq ministres qui ont démissionné samedi représentent la communauté chiite, qui compte environ le tiers des 3,5 millions de Libanais. Deux d'entre eux sont affiliés au Hezbollah, visé par l'offensive israélienne de cet été, et deux autres sont membres du parti Amal. Le cinquième démissionnaire était considéré comme un proche du Hezbollah.

Gouvernement libanais   © AFP/Joseph Barrak

La démission du quart des ministres du gouvernement Siniora s'inscrit dans la foulée de consultations sur la formation d'un gouvernement d'union nationale, dans le cadre desquelles les chiites prosyriens tentaient d'obtenir une plus importante représentation.

Ils souhaitaient ainsi empêcher le gouvernement, majoritairement antisyrien, d'adopter la résolution des Nations unies visant à créer un tribunal international dont l'objectif est de déterminer qui a commandité et exécuté l'attentat à la bombe qui a coûté la vie à Rafic Hariri et à 22 autres personnes, le 14 février 2005.

Au moment de sa mort, Rafic Hariri était devenu le fer de lance des opposants à la domination syrienne sur le Liban. Son assassinat a provoqué la mobilisation d'une grande partie du peuple, la démission du gouvernement, la tenue de nouvelles élections et le départ des troupes syriennes au Liban.

Le premier ministre libanais, Fouad Siniora Fouad Siniora (archives)

La commission d'enquête de l'ONU, qui poursuit toujours son enquête sur cette affaire, a conclu en octobre 2005 que des responsables syriens et des alliés libanais étaient impliqués dans l'assassinat de l'ex-premier ministre Rafic Hariri.

Dans un cinquième rapport d'étape, publié il y a moins de deux mois, les enquêteurs internationaux disaient toutefois ne pas savoir encore qui a ordonné l'assassinat de M. Hariri et quelles étaient ses motivations. L'hypothèse de l'existence d'un complot réunissant plusieurs groupes ou individus n'est pas écartée.

La crise politique actuelle s'est accélérée après que l'ONU eut remis vendredi son projet final de résolution sur la création du tribunal. Saad Hariri, fils de l'ex-premier ministre devenu depuis chef de la majorité antisyrienne, accuse la Syrie et l'Iran d'être derrière cette tentative de sabotage.

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