De nombreuses capitales et organisations ont aussi réagi au jugement. Si certaines y voient un grand pas en avant dans la démocratisation de l'Irak, d'autres expriment leur désaccord ou leurs préoccupations.
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AFP/Mandel Gnan
Londres et Washington, tombeurs du régime de Saddam Hussein en 2003, se sont réjouis de la décision.
Le président américain George W. Bush, en pleine tournée électorale dans le sud des États-Unis, a réagi à la sentence de l'homme dont il a renversé le régime. Il l'a qualifiée de grande réussite pour la jeune démocratie irakienne et de point tournant dans le processus d'affranchissement de l'ancien régime tyrannique.
« Aujourd'hui, les victimes de ce régime prennent la mesure d'une justice que beaucoup croyaient hors de portée », a déclaré le président américain sur le tarmac de l'aéroport de Waco, au Texas, où il poursuit sa tournée électorale.
Londres a été un précieux allié de Washington dans son aventure en Irak.
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AFP/CARL DE SOUZA
À propos de la procédure d'appel automatique et de la garantie d'un procès juste dont jouit selon lui Saddam Hussein, M. Bush a souligné qu'il s'agissait précisément de droits que l'ancien maître de Bagdad avait refusés aux Irakiens. « L'histoire se souviendra du jugement rendu aujourd'hui comme d'un accomplissement important sur le chemin menant à une société [irakienne] libre, juste et unie », a-t-il encore déclaré.
La secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, s'est réjouie elle aussi de la condamnation. « La décision d'aujourd'hui est un heureux rappel lancé à tous les Irakiens que l'autorité de la loi peut prévaloir sur celle de la peur et que la recherche pacifique de la justice est préférable à la recherche de la vengeance », a-t-elle affirmé dans un communiqué.
Côté britannique, la secrétaire aux Affaires étrangères, Margaret Beckett, s'est dite heureuse que « Saddam Hussein et ses coaccusés aient eu à rendre des comptes devant la justice ». Par voie de communiqué, elle a rappelé les crimes commis par le régime de l'ancien dictateur.
Ottawa ne veut pas se prononcer tout de suite
Peter MacKay (archives)
Le ministre canadien des Affaires étrangères estime qu'il est trop tôt pour commenter la condamnation à mort de Saddam Hussein. Peter MacKay préfère attendre que le processus d'appel soit complété avant de faire quelque déclaration publique que ce soit, faisant ainsi écho aux propos par le président irakien Jalal Talabani.
Selon lui, la condamnation à mort de l'ancien dictateur irakien pourrait avoir un impact en Irak même.
M. MacKay a fait ces commentaires après avoir prononcé une allocution devant la United Jewish Appeal Federation au cours de laquelle il a réitéré l'appui du Canada à Israël.
Contre la peine de mort
D'autres voix se sont élevées dans le monde pour dénoncer le procès ou les condamnations, sur la base des principes ou pour des raisons plus pragmatiques.
Le Royaume-Uni mis à part, de nombreux pays d'Europe de l'Ouest ont réitéré leur approbation du fait que l'ex-dictateur doive répondre des crimes commis sous son régime, mais ont souligné leur rejet de la peine capitale.
La Finlande, titulaire actuelle de la présidence tournante de l'Union européenne (UE), a appelé les autorités irakiennes à ne pas exécuter la sentence. « L'UE est opposée à la peine capitale dans tous les cas et dans toutes les circonstances », ont déclaré les autorités finlandaises, qui estiment par ailleurs que « l'établissement de la vérité et de la responsabilité pour les crimes commis pendant le régime passé contribuera à la réconciliation nationale et au dialogue en Irak à l'avenir ».
La chancelière allemande Angela Merkel a réitéré son opposition à la peine de mort.
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AFP/STR
D'autres membres de l'UE, notamment la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Irlande, la Suède et l'Espagne, ont pris acte de la sentence, voire exprimé leur satisfaction devant le fait que Saddam Hussein ait dû répondre de ses crimes devant un tribunal. Ils ont cependant tenu à rappeler leur opposition à la peine de mort ou ont réclamé une réflexion en la matière. Le Danemark a souligné pour sa part qu'il ne soutenait pas le tribunal spécial irakien.
La Suisse et le Vatican ont aussi rappelé leur opposition à la peine capitale. La peine de mort n'est « pas justifiable, même pour les crimes les plus graves », a déclaré le ministre suisse des Affaires étrangères.
Le chef de la diplomatie russe a pour sa part émis une mise en garde. Selon lui, la mise à mort de Saddam Hussein risque de diviser encore plus le pays, « qui est au bord de l'éclatement ».
Moscou croit que si on pend Saddam Hussein, les sunnites qui appuient toujours l'ancien dictateur pourraient plonger le pays dans la guerre civile.
La haute-commissaire de l'ONU chargée des droits de l'homme, Louise Arbour, a réclamé pour sa part un moratoire sur l'exécution de l'ancien président irakien. Elle a demandé qu'on respecte son droit de faire appel.
Réactions dans la région
Au Koweït, pays envahi par l'Irak de Saddam Hussein au début des années 90, la population a applaudi à l'annonce du verdict.
L'ayatollah Ali Khamenei (archives)
L'Iran a salué la décision du tribunal, rappelant les exactions de l'ancien dictateur durant la guerre Iran-Irak des années 80. « La République islamique d'Iran, se souvenant des crimes inhumains commis par Saddam et ses alliés contre les nations irakienne, iranienne et koweïtienne, ainsi que de la nécessité de garantir les droits de ces nations, se félicite de ce verdict », a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Mohammad Ali Hosseini.
Téhéran a aussi envoyé une pointe en direction des États-Unis. « Bien que Saddam et ses alliés aient perpétré ces crimes, il ne faudrait pas oublier que les soutiens occidentaux de Saddam ont aussi préparé le terrain à ces crimes et à ces actes d'oppression », a ajouté le porte-parole.
Un membre du Conseil consultatif de l'Arabie saoudite, Mohammad Al-Zalfa, a estimé pour sa part que le jugement était la moindre des choses à faire pour les victimes de Saddam Hussein. L'éditorialiste saoudien Khaled Al-Dakhil a quant à lui qualifié tout le procès de farce politique et judiciaire, affirmant qu'il n'était pas différent « des procès d'opposants du temps de Saddam Hussein ».
Yasser Arafat et Saddam Hussein (archives)
Les Frères musulmans égyptiens, principal mouvement d'opposition en Égypte, ont eu une réaction plus mitigée. Ils ont tout de même concédé que Saddam Hussein était un tyran et un despote qui avait plongé l'Irak dans une situation désastreuse.
« Mais que valent tous les crimes commis par Saddam durant sa vie criminelle par rapport aux crimes commis par les occupants et ceux qui les aident? Rien! » a déclaré le guide spirituel de la confrérie, Mohammad Mehdi Akef.
Au Proche-Orient, le mouvement Hamas a donné son appui à Saddam Hussein, expliquant que l'ancien dictateur avait soutenu le peuple palestinien. Israël s'est refusé à tout commentaire, de peur que sa réaction soit récupérée pour « impliquer Israël dans le conflit » en Irak.
Un procès juste et équitable?
L'ONG Amnistie internationale s'est montrée très critique à l'endroit du Haut Tribunal pénal irakien. En plus de dénoncer la condamnation à mort à laquelle elle s'oppose par principe, l'organisation a déploré le manque d'impartialité de la cour et le manque de protection accordée aux témoins de la défense.
Pour sa part, le groupe de défense des droits de l'homme Human Rights Watch croit que le procès ne donnera pas de résultats pour les victimes des exactions de Saddam Hussein. Parce qu'il n'a pu établir clairement les faits, le jugement ne résistera pas à l'épreuve du temps, estime HRW.
Même son de cloche à la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH). En plus de dénoncer « avec la plus grande fermeté » la condamnation à mort de Saddam Hussein, l'organisation a estimé que le Haut Tribunal irakien « s'est caractérisé par les violations répétées du droit à un procès équitable ». Le tribunal a « gravement failli à sa mission », conclut la FIDH.