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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

International

Mise à jour le dimanche 5 novembre 2006 à 16 h 59
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Condamnation de Saddam Hussein

L'Occident divisé sur la peine de mort

Saddam Hussein

Aussitôt le verdict de condamnation à mort de Saddam Hussein prononcé, dimanche, Londres et Washington se sont réjouis de la décision. D'autres acteurs du monde occidental, comme Amnistie internationale, ont plutôt dénoncé la peine capitale et un procès peu équitable.

Le président américain George W. Bush, en pleine tournée électorale dans le sud des États-Unis, a réagi à la sentence de l'homme dont il a renversé le régime. Il l'a qualifiée de grande réussite pour la jeune démocratie irakienne et de point tournant dans le processus d'affranchissement de l'ancien régime tyrannique.

« Aujourd'hui, les victimes de ce régime prennent la mesure d'une justice que beaucoup croyaient hors de portée », a déclaré le président américain sur le tarmac de l'aéroport de Waco, au Texas.

Le président Bush commentant la condamnation de Saddam Hussein.

Photo: AFP/Mandel Gnan

À propos de la procédure d'appel automatique et de la garantie d'un procès juste dont jouit selon lui Saddam Hussein, M. Bush a souligné qu'il s'agissait précisément de droits que l'ancien maître de Bagdad avait refusés aux Irakiens. « L'Histoire se souviendra du jugement rendu aujourd'hui comme d'un accomplissement important sur le chemin menant à une société [irakienne] libre, juste et unie », a-t-il encore déclaré.

La secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, s'était elle aussi réjouie, plus tôt, de la condamnation. « La décision d'aujourd'hui est un heureux rappel lancé à tous les Irakiens que l'autorité de la loi peut prévaloir sur celle de la peur et que la recherche pacifique de la justice est préférable à la recherche de la vengeance », a-t-elle affirmé dans un communiqué.

Du côté de Londres, la secrétaire aux Affaires étrangères, Margaret Beckett, s'est dite heureuse que « Saddam Hussein et ses coaccusés aient eu à rendre des comptes devant la justice ». Par voie de communiqué, elle a rappelé les crimes commis par le régime de l'ancien dictateur, notamment contre 148 habitants du village chiite de Doujaïl en 1982, crimes pour lesquels il a été reconnu coupable dimanche.

En Australie, le gouvernement accueille la décision sans surprise, qualifiant au passage M. Hussein de « tyran diabolique ».

Contre la peine de mort

La haute-commissaire de l'ONU chargée des droits de l'homme, Louise Arbour, a réclamé un moratoire sur l'exécution de l'ancien président irakien. Elle a demandé qu'on respecte son droit de recours.

De son côté, la présidence finlandaise de l'Union européenne a appelé l'Irak à ne pas appliquer la peine de mort. Le verdict contre Saddam Hussein a mis dans l'embarras la plupart des dirigeants européens, partagés entre leur satisfaction de la condamnation de l'ancien dictateur et les valeurs fondamentales de l'UE.

Ainsi, la France a rappelé son opposition générale à la peine de mort, sans toutefois demander à Bagdad d'épargner l'ancien président irakien. Le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, espère que les Irakiens sauront faire preuve de retenue.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Konstantin Kossatchev, a voulu quant à lui faire une mise en garde. Selon lui, si la sentence est appliquée, elle risque de diviser encore plus le pays, « qui est au bord de l'éclatement ».

Scène irakienne

Des attentats sont perpétrés à chaque jour par les chiites et les sunnites.

Les sunnites et les chiites sont à couteaux tirés en Irak. Les attentats sanglants perpétrés par les deux groupes religieux s'accumulent et font chaque jour des victimes.

La Russie croit que si on pend Saddam Hussein, tel que le prescrit le jugement, les sunnites, qui appuient toujours l'ancien dictateur, pourraient plonger le pays dans la guerre civile. Toutefois, le ministre ne s'attend pas à ce qu'on applique la sentence. Il estime qu'il s'agit là d'une décision morale uniquement.

Au Vatican, des responsables ont estimé que Saddam Hussein ne devrait pas être exécuté même s'il est coupable de crimes contre l'humanité, réaffirmant que l'Église catholique considérait toute vie comme étant sacrée. Le cardinal Renato Martino, chef du Conseil pontifical Justice et la Paix, a déclaré que l'exécution de la peine serait un acte de vengeance injustifiable.

Un procès juste et équitable?

Amnistie internationale se montre très critique à l'endroit du Haut tribunal pénal irakien. En plus de dénoncer, comme on pouvait s'y attendre, la condamnation à mort, l'organisation déplore le manque d'impartialité de la cour et le manque de protection accordée aux témoins de la défense.

Pour sa part, le groupe de défense des droits de l'homme Human Rights Watch croit que le procès ne donnera pas de résultats pour les victimes des exactions de Saddam Hussein. En n'arrivant pas à bien établir les faits de façon claire, le jugement ne résistera pas à l'épreuve du temps, estime HRW.

Même son de cloche à la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH). En plus de dénoncer « avec la plus grande fermeté » la condamnation à mort de Saddam Hussein, l'organisation estime que le Haut tribunal irakien « s'est caractérisé par les violations répétées du droit à un procès équitable ». Le tribunal a « gravement failli à sa mission », conclut la FIDH.


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