Racisme à la russe: mode d'emploi

Les incidents à caractère racial ont explosé en Russie. Depuis trois ans, les organisations des droits de la personne ont recensé plus de 30 meurtres par année et plusieurs centaines d'agressions.

À l‘époque de l'Union soviétique, les déplacements de population étaient sévèrement contrôlés. Aujourd'hui, les visages d'Asie centrale sont omniprésents dans les rues. La plupart des Russes ne se proclament pas ouvertement racistes, mais la crainte de l'étranger est omniprésente à Moscou.

Beslan Prise d'otage à l'école de Beslan   © AFP/Yuri Tutov

Les séquelles de la guerre en Tchétchénie et la prise d'otage à l'école de Beslan, en 2004, accentuent le climat de méfiance envers les minorités visibles. Mais avec un taux de natalité en dégringolade, la Russie a désespérément besoin d'immigrants pour maintenir sa vitalité économique.

Dans les chantiers de construction de Moscou, beaucoup d'ouvriers proviennent des ex-républiques soviétiques d'Asie centrale comme le Tadjikistan, l'Ouzbékistan ou le Kirghizistan, aujourd'hui devenus des pays indépendants. Ces étrangers ont généralement des salaires plus bas que ceux des Russes.

Près de 2 millions d'étrangers, surtout en provenance de l'ex-URSS, vivraient dans la grande région de Moscou, dont la moitié illégalement. Conséquence: ils font souvent l'objet de contrôles de police, ce que certains assimilent à du harcèlement.

Plusieurs essaient de comprendre cette vague de xénophobie. Michel Labrecque a rencontré Arkadi Tcherkassov, professeur à l'Académie des sciences de Moscou, qui estime que l'effondrement de l'URSS a semé les graines d'une montée du racisme.

Ludmilla Alexeeva Ludmilla Alexeeva à la conférence de presse de Moscou en 2006   © AFP/Maxim Marmur

Il s'est aussi entretenu avec Ludmilla Alexeeva, qui dirige le groupe Helsinki de défense des droits de la personne. Elle explique que la xénophobie se traduit aussi par la montée de plusieurs groupes fascistes et néonazis, qui attaquent les homosexuels et les minorités visibles.

L'un de ces groupes a marché en novembre dernier, le jour de la Fête nationale: 4000 personnes scandaient le slogan « La Russie pour les Russes ». En revanche, les autorités ont refusé l'organisation d'une contre-manifestation par les antifascistes.

Le président Vladimir Poutine a dénoncé la montée du racisme dans le pays et a prôné la tolérance. Mais dans les faits, explique Ludmilla Alexeeva, la classe politique russe a une attitude plutôt conciliante face au climat de xénophobie actuelle.

« C'est une bonne façon pour les dirigeants d'orienter le mécontentement des gens pauvres, qui sont insatisfaits de leur situation, vers les gens d'une autre origine plutôt que vers le pouvoir. Et aussi, je crois que beaucoup de dirigeants pensent vraiment comme les participants à ces marches. »

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