La nouvelle Moscou

Le centre de Moscou ne ressemble plus à la ville de 1991. La circulation automobile est devenue infernale, les vieilles Lada et Gigouli sont supplantées par les voitures occidentales et les nombreux VUS.

Sur l'immense place Pouchkine, en 1991, les files étaient interminables pour manger au nouveau restaurant McDonald's de Moscou. Désormais, le gros M jaune est devenu banal parmi les terrasses branchées.

Il y a 15 ans, les citoyens ordinaires découvraient aussi la liberté d'expression en s'engueulant sur l'avenir de l'URSS sur la place Pouchkine. Aujourd'hui, c'est une foule bigarrée de jeunes qui s'y retrouvent pour boire une bière et faire de la musique.

Rue Arbat, Moscou Rue Arbat, Moscou   © Michel Labrecque

Dans un café-terrasse branché, des Moscovites de la nouvelle classe d'affaires exhibent leurs signes de nouvelle richesse: vêtements chics, bijoux, bouteilles de champagnes, etc. Près du tiers du PIB russe est concentré à Moscou. Ils sont nombreux à faire fortune et à fréquenter les innombrables discothèques, casinos et restos qui fleurissent.

L'immense rue Novy Arbat, autrefois bordée d'édifices gouvernementaux et de magasins soviétiques, est devenue une grande avenue commerciale où les casinos rivalisent avec les boutiques de téléphones cellulaires et les immenses panneaux publicitaires.

Dans un vieux quartier résidentiel, la grisaille a fait place aux couleurs pastel des maisons restaurées, plusieurs boutiques ont fait leur apparition. Sur la vieille rue piétonnière Arbat, les restaurants et bars se sont multipliés. Les musiciens de rue y font toujours de l'animation.

Dans l'immense banlieue, de nombreux magasins, grands et petits, et des centres commerciaux se sont ajoutés au paysage des édifices gris et bétonnés à perte de vue. Les travailleurs et les professionnels qui y habitent sont cependant loin d'avoir tous bénéficié des réformes de la Russie postsoviétique.

Dichotomie flagrante

Paysanne russe dans la campagne, à deux heures de Moscou   © Michel Labrecque

À deux heures de route de Moscou, dans les campagnes et les petites villes, la fracture économique est évidente. Les gens gagnent des salaires de misère et vivent souvent dans des conditions moyenâgeuses, parfois sans eau courante. Ils ne cachent pas leur nostalgie de l'URSS.

De plus, même en ville, beaucoup de médecins, d'enseignants et de professionnels du secteur public n'ont pas profité économiquement des changements, même s'ils ne reviendraient pas en arrière.

Michel Labrecque a rencontré de jeunes entrepreneurs prospères à Moscou, mais aussi des acteurs des changements de 1991. Tous s'inquiètent des énormes inégalités de la Russie d'aujourd'hui, du fossé grandissant entre les oligarques et la grande majorité des Russes. Certains évoquent aussi la corruption des tribunaux, soupçonnés d'être à la solde du pouvoir.

Il s'est aussi entretenu avec des habitants des campagnes, dont certains regrettent le régime communiste. La Russie, disent-ils, reste ballottée entre sa révolution démocratique et la tentation du retour en arrière.

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