
11 Septembre
Comme c'est souvent le cas pour un événement majeur, un conflit, une catastrophe, le 11 septembre a constitué et constitue encore une source vive d'inspiration pour les créateurs.
Le traumatisme découlant des attentats a, pour un temps au moins, imposé un devoir, une nécessité de retenue, ce qui fait qu'au cinéma, spécifiquement, les premiers films abordant de front la tragédie ne sont sortis que plusieurs années après les événements.
Dans la littérature et les arts visuels, le sujet a pu être abordé de façon plus allusive, plus symbolique. Ainsi a-t-on vite vu fleurir les oeuvres les plus diverses, liées de près ou de loin au 11 septembre et à ses conséquences.
Instrument de choix pour restituer la terreur du 11 septembre, la photo a su fixer dans le temps ces parcelles de vies et de morts. Elle a été le moyen le plus immédiat aussi pour sublimer l'événement, pour graver à jamais le visage du courage et de la détresse, et pour transcender la douleur.
Par exemple, quelques jours après l'attaque du 11 septembre, le Museum of the City of New York demandait au grand photographe Joel Meyerowitz de créer une archive de la destruction et du nettoyage de Ground Zero et de ses alentours. Cette collection contiendra à terme plus de 5000 clichés.
![]() Fahrenheit 9/11 |
C'est sans doute au grand écran que faire revivre les événements s'avérait le plus délicat, le plus difficile, surtout aux yeux d'une Amérique blessée. Entre 2001 et 2005, rares sont les films qui ont osé affronter l'image taboue, celle de la disparition des tours.
Il y a eu, bien sûr, le film pamphlétaire anti-Bush du cinéaste américain Michael Moore, Fahrenheit 9/11, mais c'est surtout au cours des derniers mois que se sont ouvertes les vannes de la production cinématographique liée au 11 septembre. (Lire la critique de Fahrenheit 911 par Michel Coulombe)
Aujourd'hui encore, dans l'entourage des victimes directes des attentats du World Trade Center, des voix s'élèvent pour dire qu'il est trop tôt pour montrer l'horreur.
![]() United 93 aborde aussi les attentats du 11 septembre 2001. |
United 93 est le premier film grand public traitant directement des attentats paru sur les écrans depuis le 11 septembre 2001. Sorti en 2006 au moment même où avait lieu le procès de Zacarias Moussaoui, l'oeuvre de Paul Greengrass s'attache à la manière d'un documentaire à décrire en temps réel la terreur et l'héroïsme à bord de ce vol détourné qui devait au départ heurter une cible à Washington, mais qui s'est finalement écrasé en Pennsylvanie.
Quelques semaines plus tard sortait le film très attendu d'Oliver Stone, World Trade Center. Le cinéaste d'Alexandre et de Born on the fourth of July a choisi de raconter les attentats par les yeux de deux policiers appelés à intervenir au World Trade Center et qui ont été ensevelis sous les décombres.
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À l'occasion du premier anniversaire du 11 septembre, un intrigant projet a réuni onze cinéastes d'origines et de cultures différentes. Ensemble, ils ont produit onze courts métrages de onze minutes, neuf secondes et une image. Onze regards personnels sur les événements qui ont bouleversé le monde.
« Je voulais montrer comment un peuple qui n'aurait eu aucune responsabilité dans la destruction de ces tours, et qui ne connaissait même pas leur existence, pouvait devenir, à cause de ces événements, sans abri et privé de tout. » - Samira Makhmalbaf (Iran)
« Dans le bois de Boulogne, j'ai croisé un couple de sourds-muets en pleine discussion. Depuis Une fille et des fusils, j'ai toujours été passionné par ce monde du silence. Alors je me suis dit, pourquoi pas 11 minutes de silence en hommage à tous ces morts... » - Claude Lelouch (France)
« Faire un film sur ces événements est ma façon à moi de participer à un renouveau des consciences, de dire que l'espoir existe malgré tout, et que ça, c'est le plus important. » - Idrissa Ouedraogo (Burkina Faso)
« Quand l'occasion m'a été donnée, avec ce film, de fermer les yeux et de rêver à une idée, une pensée ou un poème pour évoquer cette journée, je me suis dit que c'était une opportunité formidable de comprendre ma propre réaction. » - Sean Penn (États-Unis)
La 25e heure (Spike Lee, 2003): Spike Lee filme les derniers jours de liberté d'un dealer en attente de son incarcération. Il déambule dans le New York de l'après-11 septembre en faisant le bilan de son passé.
The great new wonderful (Danny Leiner, 2006): le film raconte cinq histoires dans un New York entièrement transformé par les attentats du 11 septembre.
Et puis un documentaire produit en collaboration avec une association de familles de victimes par Angelo J. Guglielmo Jr., The heart of steel, est aussi sorti en 2006. Il raconte l'histoire d'un groupe de volontaires qui ont aidé les sauveteurs dans les ruines des tours jumelles.
Que Dieu bénisse l'Amérique
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Moins directement, ce film québécois (2006), de Robert Morin, montre la vie de banlieue en marge des attentats. L'histoire se passe un certain 11 septembre 2001. Pendant que la planète entière, du moins pourrait-on le penser, regarde tomber les tours du World Trade Center, impuissante, fascinée, effrayée, des banlieusards ont tout autre chose à faire...
Finalement, Empty city, de l'américain Mike Binder, doit sortir d'ici début 2007. Don Cheadle y prêtera main forte à Adam Sandler pour l'aider à faire face au traumatisme du 11 septembre 2001.
Plusieurs grands auteurs comme le New-Yorkais Paul Auster ont été très marqués par les attentats du 11 septembre. Son Brooklyn follies, roman entamé avant le 11 septembre, mettra quatre ans à paraître. C'est tout dire. Dans cette oeuvre, des âmes en peine se retrouvent au gré du hasard, se croisent et réinventent leur vie au moment où celle-ci s'achève. Avec une certaine Amérique en déclin, en proie aux extrémismes de toutes sortes et à la violence, en filigrane.
Le grondement des tours qui s'écroulent a été ressenti, de façon à peine assourdie, bien au-delà du continent américain. Un exemple: l'écrivain français à la plume vitriolique Frédéric Beigbeder publie en 2003 Windows on the world, un livre qui étonne et séduit l'Amérique.
« Le seul moyen de savoir ce qui s'est passé dans le restaurant situé au 107e étage de la Tour Nord du World Trade Center, le 11 septembre 2001, entre 8 h 30 et 10 h 29, c'est de l'inventer », dit l'auteur.
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Les fictions liées au 11 septembre ne manquent pas. Parmi celles-ci, La trahison de l'ange, par Ève de Castro, auteure et scénariste.
Le thriller exploite habilement le filon que constituent les attentats du 11 septembre et toute l'interrogation entourant la nébuleuse terroriste, mais se penche aussi au passage sur la question de l'expression de la foi, celle des problèmes liés aux clivages sociaux, sur le racisme à visage moderne et sur la mondialisation.
Mentionnons que beaucoup d'auteurs, d'intellectuels, de poètes ont pris position et ont couché sur papier leurs réflexions dans ce contexte où se sont déchaînées les passions. Quelques noms en vrac: le poète et journaliste Abdelwahab Meddeb (La maladie de l'Islam), le Français Jean-François Revel (L'Obsession anti-américaine), sans compter Naomi Klein, Edward Saïd et Noam Chomsky.
Un petit mot sur la bande dessinée. Art Spiegelman, seul Prix Pulitzer de l'histoire mondiale de la BD, révélé au monde avec Maus, montre les attentats crûment dans À l'ombre des tours mortes. Il faut préciser que le 11 septembre, ce new-yorkais était devant le lycée de sa fille quand la première tour est tombée. Un peu plus tard, la seconde tour est tombée juste derrière eux.
« J'étais certain que nous allions mourir... Mon épouse, ma fille et moi entendons un grondement, comme une cataracte. Nous nous retournons, l'air empeste la mort... ».
Finalement, les bédéistes Sid Jacobson et Ernie Colon ont récemment adapté le rapport de la Commission d'enquête du Congrès sur les attentats du 11 septembre. La BD de 130 pages, qui vient de sortir aux États-Unis, se veut une vulgarisation de ce rapport de 600 pages paru en 2005.
En danse et en théâtre, les créations nées du 11 septembre ne manquent pas.
En 2004, pour ne citer qu'un exemple, le chorégraphe américain Stephen Petronio rendait hommage aux jours fatidiques en créant Broken man, City of twist et The island of misfits toys, en collaboration avec l'artiste multidisciplinaire Laurie Anderson et Lou Reed.
Même phénomène chez les musiciens. Nombre d'auteurs-compositeurs-interprètes ont intégré à leurs derniers albums des chansons traitant du 11 septembre ou réaffirmant leur foi dans un monde où l'Islam est l'objet d'attaques.
« Je condamne sans retenue les actes terroristes perpétrés par ceux qui se réclament de l'Islam. Mais j'ai l'impression que certains médias en ont profité pour faire un amalgame complet sur les musulmans. » - Kery James
![]() Photo: AFP/Pierre Verdy Youssou N'dour |
C'est cette démarche de promotion de sa foi et de sa culture qu'a choisie la star sénégalaise Youssou N'Dour (Égypte), tout comme le rappeur Kery James (Savoir et vivre ensemble).
Bien loin de là, sur un autre continent, le rockeur Bruce Springsteen montre des préoccupations voisines. Son album The rising, paru en 2002, est empreint de questions sur la conscience de l'Amérique. Toutes les chansons de cette oeuvre portent sur le 11 septembre.
Les années passent, et si le traumatisme du 11 septembre s'estompe un tant soit peu, ces événements demeurent et demeureront longtemps encore source d'inspiration pour les créateurs. Avec le recul en plus.
Lisez aussi: Deux livres sur le 11 septembre dans une perspective canadienne.
Un article de Florence Meney