Après les écoutes, le fichage

Centre des opérations de la National Security Agency américaine

Après l'affaire des écoutes électroniques illégales de citoyens américains révélée en décembre dernier, les activités de la National Security Agency (NSA), agence américaine responsable du renseignement électronique, placent de nouveau l'administration de George W. Bush dans l'embarras.

Le quotidien USA Today révèle que la National Security Agency s'est bâti une immense base de données à partir des relevés d'appels effectués en sol américain depuis le 11 septembre 2001.

Le quotidien USA Today a en effet révélé jeudi que la NSA avait fiché des millions d'appels faits en sol américain depuis le 11 septembre 2001, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Ce programme n'implique pas d'écoutes ou d'enregistrements d'appels, mais plutôt la mise en place d'un registre des numéros composés lors d'appels locaux ou interurbains, personnels ou professionnels.

L'une des sources anonymes citées par le journal a estimé qu'il s'agissait de la plus grande base de données de ce genre jamais constituée dans le monde. « L'agence de renseignement utilise les informations pour analyser les schémas d'appels pour détecter une activité terroriste », ajoute le USA Today.

Même si la NSA n'a pas accès aux noms et aux adresses des correspondants téléphoniques, elle peut recouper les numéros avec d'autres bases de données pour les obtenir, souligne le USA Today.

Trois compagnies impliquées

La NSA a utilisé des données fournies par les compagnies AT&T, Verizon et BellSouth dans le cadre de sa collecte, rapporte le USA Today. Pour sa part, QWest a refusé de transmettre des relevés téléphoniques sans mandat judiciaire.

Aux États-Unis, la transmission illégale d'informations sur les appels téléphoniques peut entraîner des amendes graves pour les compagnies impliquées. Le porte-parole de la NSA, Don Weber, a déclaré que l'agence agissait dans le cadre de la loi.

En décembre dernier, le New York Times a révélé l'existence d'un programme d'écoute électronique d'appels des États-Unis à l'étranger par la NSA, sans mandat judiciaire. George W. Bush, qui avait autorisé ce programme en 2002, continue d'affirmer que ces écoutes sont légales et qu'elles se limitent aux appels faits à l'extérieur des États-Unis.

La vie privée est protégée, dit Bush

George W. Bush, président des États-Unis George W. Bush

Dans une déclaration télévisée, le président Bush a insisté sur le fait que les services de renseignement ne fouillaient pas la vie privée des citoyens, mais que leurs activités visaient spécifiquement Al-Qaïda et ses groupes affiliés. « La vie privée des Américains est protégée avec acharnement, a-t-il dit. Nous ne fouillons pas dans la vie personnelle de millions d'Américains innocents. »

La porte-parole adjointe de la Maison-Blanche, Dana Perino, a déploré ces fuites d'informations confidentielles, qui, selon elle, mettent en péril la sécurité nationale. « À chaque fois que des informations secrètes sensibles sont dévoilées, cela nuit à notre capacité de battre l'ennemi. Notre tâche la plus importante est de protéger les Américains contre de nouvelles attaques et nous le faisons en respectant les lois de notre pays », a affirmé Mme Perino.

Patrick Leahy, sénateur démocrate du Vermont Patrick Leahy

Toutefois, les sénateurs démocrates n'ont rien voulu entendre. Bill Nelson a réclamé une enquête parlementaire afin de savoir pourquoi les compagnies de téléphone ont transmis des relevés d'appels à la NSA. « Il faut qu'on sache ce que le gouvernement fait en espionnant des Américains », a de son côté déclaré, outré, le sénateur Patrick Leahy.

Chez les républicains, la réaction était mitigée. D'un côté, le leader républicain à la Chambre des représentants, John Boehner, s'est dit préoccupé par la situation et a demandé des explications, pendant que le sénateur Arlen Specter, président de la commission judiciaire de la chambre haute, annonçait qu'il convoquerait les compagnies de téléphone. De l'autre, le sénateur républicain John Cornyn a lancé un appel à la prudence, en rappelant que la sécurité des Américains était en jeu.

Michael Hayden sous les projecteurs

Michael Hayden, directeur désigné de la CIA Michael Hayden

Coïncidence, c'est le général Michael Hayden, choisi par le président Bush comme prochain directeur de la CIA, qui était à la tête de la NSA lorsque ce programme a été lancé.

M. Hayden attend d'être confirmé dans ses nouvelles fonctions par le Sénat.

Une rencontre qu'il devait avoir avec deux sénateurs républicains a par ailleurs été annulée, jeudi. La Maison-Blanche a toutefois indiqué que le processus de nomination suivrait son cours comme prévu.

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