
Naissance difficile de la Constitution
![]() Le président irakien, Jalal Talabani, entouré de leaders sunnites (archives) |
L'établissement des bases du nouvel État irakien s'avère une tâche des plus ardues. La nature de l'État se retrouve au premier chef des points litigieux qui divisent la classe politique et la société irakiennes. Les Kurdes, concentrés dans le nord du pays, exigent des garanties quant au maintien de l'autonomie dont ils bénéficient déjà, tandis que les chiites prônent la création d'une région chiite autonome dans le sud.
Si les Kurdes et les chiites se montrent favorables à un État fédéral, les sunnites rejettent de leur côté toute structure fédéraliste, préférant un gouvernement central fort qui conservera le contrôle des gisements de pétrole, répartis principalement dans le nord et le sud de l'Irak.
Religieux et laïcs divergent en outre sur l'importance à accorder à l'islam, les uns voulant en faire l'unique source de la loi, et les autres, une parmi d'autres. Le partage des ressources et les droits des femmes font partie des autres divergences.
Ajoutant aux difficultés, la branche irakienne d'Al-Qaïda menace sur Internet de tuer quiconque participera à l'élaboration de la Constitution ou même au référendum sur la question.
Après un report de quelques jours, le texte est finalement adopté en août, à l'issue de longues tractations. Cependant, aucun des membres sunnites ayant participé à la rédaction du document ne le signe, et plusieurs leaders sunnites incitent leur communauté à rejeter la Constitution.
![]() Une femme irakienne manifeste contre le projet de constitution (archives) |
Pendant plusieurs semaines, les efforts pour apaiser les sunnites se poursuivent. Les Américains réussissent à arracher des compromis aux Kurdes et aux chiites, et des amendements sont apportés à la Constitution quarante-huit heures à peine avant le vote. L'intégrité territoriale de l'Irak, que les sunnites estimaient menacée par la structure fédérale, est désormais protégée par la Constitution, qui fait de « l'Irak un État unitaire ».
Lors du référendum du 15 octobre, les Irakiens approuvent la Constitution par 78 % des voix contre 22 %. Deux provinces sunnites rejettent le projet par au moins deux tiers des suffrages. Si une troisième province, sur les 18 que compte l'Irak, l'avait rejetée, le projet aurait avorté.