Quel était l'objectif de la série?
Nos vies vont être bouleversées par l'émergence de la Chine, l'Inde et un bloc d'autres pays qui s'engagent dans une véritable révolution économique. Leurs économies, surtout l'économie chinoise, progressent à un rythme qui n'a aucune comparaison.
Cela entraînera des pertes d'emplois chez nous, et pas seulement des emplois dans des manufactures, mais également à plus haut niveau, comme dans la recherche scientifique par exemple. Le régime a opté pour un développement à la vitesse grand V, et il a le pouvoir de mobiliser les masses pour son objectif. Les directives sont appliquées à coups de marteau. Si le parti décide de faire travailler un millier de chercheurs dans un domaine, personne ne peut le remettre en question.
Cette machine-là envahit le monde avec ses produits. Elle pose un défi énorme à nos économies, à tous les niveaux. Il faut comprendre la menace et en tirer une opportunité, prévoir plutôt que vivre une peur paralysante. Mais on sous-estime la situation. Dans les universités, on ne s'en soucie guère, il n'y a presque pas de départements d'études asiatiques, ni de recherche sur le sujet. Nos gouvernements aussi sont dépassés.
En 2030, les Chinois auront la première économie au monde, et consommeront 20 % de pétrole de plus que l'ensemble du monde aujourd'hui. Il y a un besoin urgent de trouver de nouvelles sources d'énergie. Les prix du pétrole, des minerais, et des matières premières vont augmenter, il faut se préparer.
Vous avez été correspondant en Chine dans les années 80. Vingt ans plus tard, quelles ont été vos premières impressions?
Ce qui m'a frappé c'est l'espoir, les couleurs, la vie. Il y a 20 ans, les Chinois étaient tous tristes. Maintenant on sent une volonté de vivre, les gens voient les possibilités d'avenir. À l'époque, tout le monde était habillé en costume Mao, aujourd'hui il y a une explosion de couleurs.
La croissance a été fabuleuse. Dans les années 80, on circulait encore en vélo; maintenant, il y a des trains rapides. À Shanghai, par exemple, on utilise une carte à puce rechargeable qui permet d'emprunter les taxis, les métros, les autobus. Ce système est respectueux de l'environnement et il fonctionne parfaitement.
Quand j'étais en Chine, les gens allaient très peu au restaurant; aujourd'hui, on trouve autant du haut de gamme que des petits restaurants de quartier. Il y a une prolifération d'ingrédients frais, comme dans la Chine d'autrefois. Avant, on n'avait pas de choix, et on mangeait mal.
Je remarque également que les grandes villes se transforment, et ça se fait dans le souci de l'environnement. Le développement est bien moins polluant qu'avant. Les Chinois veulent avoir des villes modernes, que leur pays soit la vitrine du monde. Ils ont de grandes ambitions.
Pourtant, il y a quelques nuages à l'horizon...
Le vieillissement de la population sera un problème. On prévoit déjà une décroissance économique. À cause de la politique de l'enfant unique, il n'y aura pas assez de personnes pour payer les retraites.
Il y a aussi la question sociale. Avant, une famille chinoise de travailleurs avait un logement fourni, une assurance-maladie et la scolarité payée pour les enfants, grâce aux unités de travail. En échange, bien sûr, ils devaient suivre les ordres.
Aujourd'hui, les unités de travail ont été démembrées. Un couple qui travaille n'a plus de fonds de pension ni de sécurité d'emploi. Ils doivent acheter leur appartement, s'occuper de leur pension et souscrire à une assurance privée. Par contre, le gouvernement n'a plus de contrôle sur eux, sur ce qu'ils disent ou ce qu'ils pensent.
Les gens le perçoivent, et n'hésitent plus à s'organiser pour défendre leurs droits. On voit de plus en plus de manifestations contre des propriétaires véreux ou des fonctionnaires corrompus. À la campagne, les paysans s'organisent pour lutter contre les expropriations.
On remarque aussi des disparités de revenus entre régions, entre riches et pauvres. Si rien n'est fait, ça risque d'être un sérieux problème qui pourrait déstabiliser le pays.