Couvre-feu à Bagdad

Les chiites ont manifesté, jeudi, contre l'attentat de mercredi. Les chiites ont manifesté, jeudi, contre l'attentat de mercredi

Un couvre-feu a été imposé en plein jour, vendredi, à Bagdad et dans le nord de l'Irak afin d'éviter les débordements de violence, alors que les tensions étaient plus vives que jamais entre sunnites et chiites, faisant même craindre l'éclatement d'une guerre civile.

Le gouvernement impose un couvre-feu dans la capitale et dans le nord du pays afin de stopper la spirale de la violence confessionnelle qui secoue l'Irak à la suite de l'attentat contre l'un des principaux lieux saints chiites du pays.

Les forces de sécurité ont été placées en état d'alerte maximum, et 150 000 soldats américains ont été déployés. Les congés de tous les policiers et militaires ont été annulés.

Craignant un conflit confessionnel, le président Jalal Talabani a convoqué les principaux chefs politiques pour étudier différentes mesures, mais la principale liste sunnite, le Front de la Concorde, a boycotté la réunion.

Escalade de la violence

Jeudi, les violences se sont poursuivies pour une deuxième journée consécutive, à la suite de l'attentat qui a détruit une partie de la grande mosquée de Samarra, l'un des principaux lieux saints chiites du pays. Les assassinats de sunnites se sont multipliés dans la région de Bagdad. La morgue de la capitale a reçu les cadavres de 80 personnes tuées par balle. Quarante-sept autres victimes ont été découvertes jeudi matin au bord d'une route à Naharwane, au sud-est de la capitale.

Trois journalistes de la télévision Al-Arabiya ont aussi été retrouvés morts jeudi. Ils avaient été enlevés la veille, à Samarra, où ils couvraient la destruction du mausolée.

À Bakouba, à 60 km au nord-est de Bagdad, l'explosion d'une bombe a tué 12 personnes, dont 8 soldats, et en a blessé 20 autres.

Par ailleurs, pour une deuxième journée consécutive, les chiites sont descendus par milliers dans les rues pour dénoncer l'attentat contre le mausolée sacré. Ils répondaient à l'appel du chef radical chiite Sadr.

Les manifestants criaient vengeance et scandaient des slogans contre les wahhabites, une tendance sunnite fondamentaliste née en Arabie saoudite qui considère comme hérésies les autres formes de l'islam.

À Bassorah, 11 détenus saoudiens et égyptiens, accusés de terrorisme, ont d'ailleurs été enlevés puis tués par des hommes armés.

Mercredi, six sunnites, dont trois imams, avaient été assassinés, tandis que 27 mosquées et plusieurs bureaux d'un parti sunnite avaient été attaqués à Bagdad.

Ces affrontements entre les communautés chiites et sunnites sont les pires à survenir depuis la chute du régime de Saddam Hussein.

L'événement qui a mis le feu aux poudres

Le mausolée de Samara

Mercredi, des hommes armés ont fait exploser deux bombes dans la mosquée d'or de Samarra, ville située à 125 Km au nord de Bagdad. L'attentat n'a fait aucune victime, mais a lourdement endommagé l'édifice, chef-d'oeuvre architectural islamique vieux de 1200 ans. Le dôme en or et le revêtement en mosaïque turquoise ont été totalement détruits.

Lieu de pèlerinage, le mausolée abrite les tombes des dixième et onzième imams vénérés par les chiites, Ali Al-Hadi (827-868) et Hassan Al-Askari (845- 872).

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