
Irak

Lors de la quatrième journée de son procès, mardi, à Bagdad, l'ex-raïs irakien s'est montré très incisif d'entrée de jeu.
Saddam Hussein est arrivé dans la salle d'audiences en lançant à ses sept co-accusés un « Bonjour à tous ceux qui respectent la loi! ».
Par la suite, il a accusé les Américains et les Israéliens de vouloir sa mort. Ils « veulent l'exécution de Saddam Hussein et ils se sentiraient plus petits que des puces s'ils n'arrivaient pas à le condamner », a-t-il dit au juge en parlant de lui-même.
Selon lui, les Américains mettraient « en scène la comédie du procès » et le peuple américain devrait savoir « quel crime ses dirigeants ont commis à l'égard de la nation arabe ».
« Monsieur le juge, tu ne m'as pas demandé, moi qui suis le chef de l'État, Saddam Hussein, si j'avais été torturé ou battu, alors que c'est ton devoir », a-t-il conclu.
Saddam Hussein et ses sept lieutenants sont mis en cause devant ce tribunal spécial de Bagdad pour le massacre de 148 villageois chiites à Doudjaïl, en 1982.
Des témoignages accablants

Au cours de cette quatrième journée d'audience depuis l'ouverture du procès le 19 octobre, deux femmes ont été appelées à témoigner sous le couvert de l'anonymat, par mesure de sécurité.
La première femme, présentée comme le « témoin A » et dissimulée derrière un rideau, a raconté les mauvais traitements dont elle a été victime en représailles à la tentative d'assassinat du dictateur dans son village.
Elle avait 16 ans au moment des faits et a affirmé avoir été ligotée et battue, en plus d'avoir subi des chocs électriques. Son frère et d'autres membres de sa famille ont été emmenés par les forces de Saddam Hussein.

Le juge Rizgar Mohamed Amin
Lorsque le président de la Cour, Rizkar Amine, lui a demandé contre qui elle souhaitait porter plainte, elle a répondu: « Saddam Hussein et ses adjoints. Le président de la République est le protecteur et le père du peuple [mais] il a jeté tout le monde en prison ».
Plus tôt, le matériel informatique censé déformer sa voix pour préserver son identité est tombé en panne, ce qui a obligé la Cour à demander une suspension d'audience. La défense de Saddam Hussein s'était plainte de ne pas pouvoir comprendre ses propos.
Une deuxième femme, âgée de 68 ans, le « témoin B », a ensuite été appelée à la barre. Elle a été emprisonnée avec ses sept enfants et son mari en 1981, avant l'attaque contre le convoi présidentiel, et est restée quatre mois en prison par la suite.
Le mépris en réponse
Un des coaccusés de Saddam Hussein, son demi-frère Barzan Hassan Ibrahim al-Tikriti, a joué les trublions lors de l'audience.
« Je suis en pleine crise, vous pouvez m'exécuter si vous voulez, mais il faut que justice soit faite à l'Irak. Il faut aussi rendre justice à ce guide », a-t-il lancé à l'adresse du dictateur, assis au premier rang du box.

Il a aussi interrompu le récit des deux femmes à plusieurs reprises, apostrophant le président du tribunal pour lui notifier qu'il était « en train de juger l'histoire » et qu'il « ne devait donc pas se fier aux témoignages des ignorants ».
Né en 1951 à Tikrit, Barzan al-Tikriti a été conseiller de l'ex-raïs et directeur des services de renseignements irakiens avant 1984. Il était le 52e sur la liste des responsables les plus recherchés par les Américains après l'invasion de l'Irak, en 2003. Il a été pris le 16 avril 2003 à Bagdad. Il risque la pendaison comme les sept autres accusés.
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