Prix du livre : Québec veut limiter les rabais à 10 %

Le reportage de Maxime Bertrand

Le gouvernement du Québec souhaite encadrer le prix des livres neufs pour soutenir les librairies en difficultés financières.

Le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto, élaborera donc un projet de loi pour limiter à 10 % le rabais sur les nouveautés autant imprimées que numériques pendant neuf mois, a-t-il annoncé lundi lors d'une conférence de presse à Montréal.

« Le livre n'est pas une marchandise comme les autres. En encadrant le prix des livres neufs imprimés et numériques, cela permettra de consolider notre réseau de librairies qui garantit un accès diversifié aux livres et d'assurer des lieux de diffusion à nos auteurs québécois dans toutes les régions », a affirmé le ministre Kotto, qui y voit aussi une manière de « protéger l'identité et la culture québécoise ».

Le ministre Maka Kotto Le ministre Maka Kotto

Le projet de loi qui sera déposé au début de la prochaine session parlementaire, en février, prévoira un contrôle des prix durant trois ans. Après cette période, le gouvernement voudrait évaluer les effets de la mesure afin de décider de la maintenir ou non.

Selon le gouvernement, une telle réglementation sera autant bénéfique pour les lecteurs que les consommateurs « qui pourront continuer d'avoir accès à l'expertise des libraires et aux milliers de titres qu'ils offrent ».

Il est à noter toutefois que le déclenchement d'élections générales ce printemps, après le dépôt du budget, pourrait empêcher l'adoption du projet de loi annoncé par le ministre.

Québec cherche à gagner du temps, selon le PLQ

Si le gouvernement attend l'hiver prochain pour déposer son projet de loi, c'est que les petites librairies ne sont pas une priorité, estime le Parti libéral du Québec. « On voit que ce n'est pas une priorité pour ce gouvernement », s'est indignée la porte-parole de l'opposition en matière de culture, Christine St-Pierre.

« Le ministre cherche tout simplement à gagner du temps. » — Christine St-Pierre

Sans vouloir donner son appui au projet du gouvernement, la ministre a laissé entendre que sa formation politique est en faveur d'une telle réglementation pour aider les librairies indépendantes.

Les consommateurs pénalisés, selon la CAQ

Pour la Coalition avenir Québec (CAQ), ce genre de réglementation pénalisera les consommateurs par une hausse du prix des livres et une baisse des ventes.

« C'est encore la même famille, étouffée, égorgée par les taxes, qui va payer plus cher ses livres. Et rien ne nous garantit qu'il y aura une augmentation du lectorat », s'est désolée la porte-parole de la CAQ en matière de culture et de communications, Nathalie Roy.

« Le ministre a cédé au lobby de l'industrie. » — Nathalie Roy, députée de la CAQ

Selon la CAQ, le vrai défi est plutôt d'aider les librairies indépendantes à faire face à la croissance des ventes de livres sur Internet.

De son côté, le président-directeur général de Renaud-Bray, Blaise Renaud, se questionne justement sur l'application d'une future réglementation aux livres vendus sur le web. « Qu'adviendra-t-il des marchands Internet qui sont situés en Ontario ou aux États-Unis? À Amazon, qui a ses entrepôts à Toronto? Ils pourraient techniquement continuer de facturer au rabais à des consommateurs québécois, alors qu'il serait interdit aux libraires établis au Québec d'adopter de telles pratiques ».

Le mouvement « Sauvons les livres » se réjouit pour sa part de l'annonce du gouvernement du Québec qui permettra de « donner de l'oxygène » aux librairies. « Quand il y a un rabais de 20 à 30 % [dans les grandes surfaces], c'est très difficile de vendre des best-sellers », explique la porte-parole, Élodie Comtois.

Elle s'inquiète cependant de la durée limitée de trois ans de la réglementation qui sera prévue dans le projet de loi. « Je comprends la nécessité d'évaluer la portée de cette loi, mais il nous semble important de la maintenir, voire de la renforcer ».

Québec solidaire a aussi salué cette annonce, souhaitant une adoption rapide de la loi.

À la fin de l'été, une commission parlementaire s'était penchée sur la pertinence de réglementer le prix des livres neufs.

Au Québec, le milieu du livre réclame depuis des années que les nouveautés soient vendues au même prix dans les petites librairies et les grandes surfaces. Des centaines d'écrivains, dont Michel Tremblay, Dany Laferrière, Yann Martel et Marie Laberge, y sont favorables pour la survie des librairies et pour maintenir une offre diversifiée.

Le livre est la plus importante industrie culturelle au Québec. Elle emploie 12 000 personnes à travers la province. Ses ventes frôlent les 800 millions de dollars par année.

Une quinzaine de pays, dont la France, l'Allemagne, le Japon et le Mexique, ont déjà choisi de réglementer le prix du livre.