Le pétrole à tout prix

Projet d'oléoduc : Québec tend l'oreille aux arguments d'Enbridge

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Le reportage de Martine Biron

Les représentants de la société Enbridge (TSX:ENB) ont fait valoir mardi les mérites de leur projet d'inversion d'oléoduc à l'Assemblée nationale du Québec, dans le cadre de la commission parlementaire sur ce projet controversé. Rappelons que le projet prévoit le renversement du flux de l'oléoduc 9B entre North Westover, en Ontario, et Montréal.

Le directeur des affaires publiques d'Enbridge pour l'Est du Canada, Éric Prud'Homme Le directeur des affaires publiques d'Enbridge pour l'Est du Canada, Éric Prud'Homme

Éric Prud'Homme, directeur des affaires publiques d'Enbridge pour l'Est du Canada, a tenu à se faire rassurant. En gros, a-t-il dit, les travaux consisteraient à ajouter et à modifier des pompes. Au Québec, les travaux seraient effectués au poste de Terrebonne, de même qu'au terminal de Montréal.

« Aucune nouvelle canalisation ne serait installée. [...] Il n'y aura pas d'augmentation de la pression d'exploitation maximale du pipeline. » — Éric Prud'Homme, directeur des affaires publiques d'Enbridge pour l'Est du Canada

Éric Prud'Homme a assuré que les zones dans lesquelles la pétrolière allait effectuer des modifications étaient « des terrains déjà perturbés, dans l'enceinte de terminaux et de postes déjà en place ».

« Dans l'éventualité peu probable d'un incident, Enbridge est responsable d'indemniser pleinement tout dommage subi en raison de l'exploitation du pipeline », a affirmé le porte-parole de la pétrolière.

En mars dernier, soit plus de deux ans et demi après que la rupture d'un oléoduc eut causé le déversement de pétrole lourd dans la rivière Kalamazoo au Michigan, l'Agence de protection environnementale des États-Unis (EPA) a ordonné à l'entreprise Enbridge de draguer la rivière pour en retirer le pétrole submergé.

Pour le ministre du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs, Yves-François Blanchet, ces accidents passés doivent être envisagés comme une contrainte d'apprendre à faire mieux les choses. « Mais, on ne peut pas demain s'imposer le choc économique de renoncer au pétrole », conclut le ministre Blanchet, qui affirme « ne pas prendre à la légère » le fait que des milliers d'emplois dépendent du sort de ce projet.

Le député Amir Khadir, de Québec solidaire, a rappelé aux élus qu'il était dangereux de transporter du pétrole. La pétrolière de Calgary entend acheminer vers Montréal du pétrole lourd en provenance de l'Alberta et du Midwest américain.

Les origines de cette commission parlementaire

La ministre déléguée à la Politique industrielle et à la Banque de développement économique du Québec, Élaine Zakaïb, a expliqué que « la nature exceptionnelle du projet et les questions soulevées exigeaient que les élus de l'Assemblée nationale soient appelés à entendre les experts, les parties intéressées, les groupes environnementaux, les municipalités et les citoyens ».

Élaine Zakaïb a précisé que le projet présentait des enjeux liés à :

  • l'âge de l'infrastructure;
  • l'augmentation du volume du pétrole brut qui circulerait dans l'oléoduc;
  • la nature même du pétrole.

La ministre a rappelé qu'au Québec, l'oléoduc 9B traversait les régions des Laurentides, de Lanaudière, de Laval et de Montréal.

Québec ne perd pas de vue les avantages éventuels de la concrétisation du projet d'inversion, selon Mme Zakaïb : « La substitution du pétrole importé d'outre-mer par du pétrole américain contribuerait à améliorer l'ensemble de l'activité économique du Québec  ». Un avantage qu'a d'ailleurs souligné le porte-parole aux affaires publiques d'Enbridge, Éric Prud'Homme.

Bien que Québec fasse l'exercice de la réflexion dans ce dossier, la décision finale appartient au gouvernement fédéral. En effet, au début de l'année prochaine, Ottawa tranchera sur le sort du projet d'Enbridge.

La société a été contrainte de faire par écrit ses soumissions finales aux responsables fédéraux de la réglementation, après que les dernières journées d'audiences eurent été annulées à Toronto, en octobre, en raison d'une question de sécurité relativement à certains opposants au projet.

Le porte-parole de la pétrolière, M. Prud'Homme, a rappelé que l'entreprise était présente au Québec depuis une quarantaine d'années, notamment par l'intermédiaire de Gazifère, en Outaouais, par sa participation importante dans Gaz Métro, par ses services dans l'industrie du raffinage et, plus récemment, par ses investissements dans trois parcs éoliens au Québec.

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