Le coût de navires sous-évalué par Ottawa

Les détails avec Denis Ferland

Le programme de remplacement des navires militaires encaisse une autre salve. L'analyse du Bureau du directeur parlementaire du budget, rendue publique jeudi, confirme que le gouvernement a sous-évalué l'achat de navires de soutien interarmées (NSI).

Les coûts d'acquisition de deux NSI devraient se chiffrer à 4,13 milliards de dollars, plutôt que les 2,6 milliards prévus. « Cette augmentation marquée s'explique par la grande marge d'incertitude à l'étape préalable à la conception », note le rapport.

L'analyse révèle qu' « il est fort improbable qu'il soit possible de respecter le budget de 2,6 milliards de dollars, compte tenu des réalités des chantiers navals au Canada, des contraintes relatives à l'échéancier et des valeurs inconnues qui n'ont pas encore été déterminées ».

Le rapport estime « optimiste » de fixer l'échéance à septembre 2019. Il ajoute que le respect de cet échéancier pourrait entraîner une autre augmentation des coûts.

Sous-estimer l'inflation et les échéanciers

Le gouvernement a prévu investir 33 milliards de dollars dans le cadre de sa stratégie de construction navale, mais ce qu'il pourra obtenir avec cette enveloppe est loin d'être acquis. Le premier ministre Stephen Harper a annoncé cette entente d'approvisionnement militaire, la plus importante de l'histoire, en janvier 2012, promettant la création de milliers d'emplois.

Plus tôt en février, des sources ont confirmé à Radio-Canada que le principal facteur de risque dans l'industrie navale militaire, l'inflation, a été largement sous-estimé.

Selon David Perry, analyste à l'Institut de la conférence des Associations de la défense, le taux d'inflation annuel dans la construction de navires militaires varie généralement entre 7 % et 11 %. Or, selon un document de la Défense nationale obtenu par Radio-Canada, la Marine canadienne a prévu une inflation d'à peine 2,7 % pour la construction des navires de soutien interarmées.

De plus, des sources tant au sein de l'industrie que de la Marine indiquent que la construction de ces navires de combat ne pourra commencer avant 2020, soit cinq ans plus tard que prévu, un délai qui pourrait avoir un impact sur les coûts.

L'opposition aux créneaux

Les partis d'opposition sont montés aux créneaux, après avoir appris qu'Ottawa avait sous-évalué le coût réel des nouveaux navires de la Marine canadienne. Le chef de l'opposition officielle, Thomas Mulcair, a évoqué une « simple question d'incompétence administrative ». « Nous appuyons le programme pour remplacer les navires de la marine canadienne, mais nous sommes préoccupés de voir que les conservateurs sont en train de répéter les mêmes erreurs qu'avec les avions de chasse F-35 », a-t-il dit.

Mêmes échos du côté libéral. « Ce sont des milliards de dollars de coûts au cours des années, donc c'est une incompétence incroyable. Ça veut dire que l'on n'aura pas assez de navires ou on devra dépenser des milliards de dollars de plus que ce qui était prévu », a pour sa part clamé le porte-parole libéral en matière de finances, John McCallum.

Le ministre de la Défense nationale, Peter MacKay, a défendu le gouvernement. « On prévoit toujours construire les navires de combat puis ceux d'approvisionnement et, selon l'enveloppe budgétaire, ce qu'on peut négocier avec les entreprises, on va maximiser le nombre de navires tout en incluant beaucoup d'équipement. Il s'agit évidemment de bien plus que de simplement tailler de l'acier et fabriquer des coques, il va y avoir beaucoup d'équipement et de technologie à bord », a-t-il dit.

D'ailleurs, la question des taux d'inflation dans l'industrie navale avait été abordée au comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires du 22 novembre dernier.

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