« Guerre des monnaies » et incertitude économique à l'ordre du jour du G20

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Les explications de Vincent Maisonneuve

Les ministres des Finances des pays du G20 se réunissent à Moscou vendredi et samedi afin de discuter de la stagnation et de l'incertitude de l'économie mondiale, mais aussi de la menace d'une « guerre des monnaies » ravivée par le Japon.

Depuis que le pays du soleil levant a affiché sa volonté de faire baisser le yen pour stimuler ses exportations, certains craignent que d'autres pays soient tentés à leur tour de dévaluer leur monnaie, engendrant un effet d'entraînement.

Depuis octobre dernier, le yen a perdu près de 20 % de sa valeur par rapport au dollar américain.

Pour la première fois depuis des mois, les craintes causées par le ralentissement de la zone euro ne seront donc pas au coeur de la réunion. Toutefois, au lendemain de la publication de statistiques confirmant que la récession s'aggrave en Europe, le sujet devrait prendre une certaine place, puisqu'il s'agit du principal frein à la reprise mondiale.

« L'économie ne va redémarrer que lentement au cours de cette année », a prévenu à Moscou le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn.

Par ailleurs, Moscou, qui préside le G20 en 2013, a fait de la quête de nouvelles « sources de croissance » une priorité. Moscou entend entre autres assouplir les principes de rigueur budgétaire que le G20 s'était fixés en 2010 à Toronto. Les pays du G20 s'étaient alors engagés à avoir réduit leurs déficits d'au moins la moitié en 2013.

« Nous devons adopter des objectifs réalistes et atteignables », a déclaré vendredi le ministre russe des Finances Anton Silouanov, suggérant de repousser l'échéance à 2016.

La Commission européenne a même envisagé d'accepter des délais pour la réduction des déficits, elle qui prêche d'habitude l'austérité. Il reste maintenant à voir si l'Allemagne acceptera un tel relâchement.

« Guerre des monnaies »

Certains pays européens, dont la France, s'inquiètent aussi de la vigueur de l'euro, qui handicape leurs exportations. Ces pays mettent en cause les politiques monétaires de pays en quête de croissance qui produisent de la monnaie pour soutenir leur économie, avec pour effet de déprécier leurs devises. Récemment, le Japon a adopté cette politique, qui est courante aux États-Unis, mais n'est pas utilisée par la Banque centrale européenne.

« Nous ne voulons pas d'intervention des États sur les taux de change », a affirmé le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble.

Toutefois, sans utiliser cette dépréciation directe des devises, la Grande-Bretagne et la zone euro poursuivent des politiques monétaires très accommodantes, qui sont caractérisées par des taux d'intérêt historiquement bas et des promesses d'achats massifs d'obligations sur les marchés, ce qui engendre des pressions à la baisse sur la valeur de leur monnaie et inquiète notamment les pays émergents.

Le Fonds monétaire international, le FMI, a cherché jeudi à rassurer en déclarant que les craintes sur une éventuelle guerre des monnaies étaient « exagérées », tout en précisant qu'il fallait avoir un « oeil » sur cette question.

Quant au président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, il a dénoncé les « bavardages » sur la « guerre des monnaies », qui sont « soit inappropriés, soit sans intérêt, dans tous les cas contre-productifs ».

Mardi, les pays du G7 avaient cru bon de publier un communiqué dans lequel ils précisaient qu'une « volatilité excessive et des mouvements désordonnés dans les taux de change peuvent avoir des implications défavorables pour la stabilité économique et financière ». Ils avaient aussi réaffirmé leur « engagement de longue date pour des taux de change déterminés par le marché ».

Info en continu Afficher le fil complet

L'économie avec Gérald Fillion

Facebook