Vers la disparition de la petite monnaie?

Le reportage de Daniel Thibeault

La Banque du Canada a cessé, lundi, de distribuer le cent, une étape qui laisse entrevoir le retrait éventuel de la pièce de 5 ¢, mais, aussi, de profondes mutations dans les modes de paiement des Canadiens.

Car, quand le pouvoir d'achat des pièces de monnaie s'affaiblit, les consommateurs cessent de les utiliser, explique Jean-Pierre Aubry, économiste et fellow associé au CIRANO : « Il faut alors les retirer », cependant, M. Aubry affirme que la fin de la pièce de 5 ¢ n'est pas imminente.

Déjà, le fait de retrancher le cent constitue une bonne tâche, rappelle Jean-Pierre Aubry qui affirme que, depuis 1908, 35 milliards de pièces de 1 ¢ ont été frappées par la Monnaie royale canadienne. Environ 5 à 10 milliards vont retourner au gouvernement dans la foulée du retrait du cent. L'économiste, qui a déjà été cadre à la Banque du Canada, avance que le gouvernement canadien pourrait créer une pièce de 5 $. C'est en 1987 que la Monnaie royale canadienne a créé la pièce métallique de 1 $. La pièce de 2 $ a vu le jour en 1996.

En 2008, une étude menée par le Mouvement des caisses Desjardins évoquait la possibilité que le gouvernement change la valeur de la pièce de 25 ¢ pour une valeur de 20 ¢. Pareille décision serait utile advenant le retrait de la pièce de 5 ¢, puisqu'une pièce de 20 ¢ permettrait l'arrondissement aux 10 ¢ près.

Le sou noir en cinq dates

Pour ce qui est de l'argent papier, « il serait raisonnable d'avoir cinq dénominations, soit des billets de 10, 20, 50, 100 et 200 dollars », dit Jean-Pierre Aubry.

Depuis une vingtaine d'années, la valeur des billets n'a cessé de s'accroître, dit M. Aubry.

Est-ce à dire que la monnaie est appelée à disparaître? Pas tout à fait, estime l'économiste, qui rappelle à quel point les espèces sont rassurantes lorsque les consommateurs appréhendent des phénomènes tels que le bogue de l'an 2000.

« Du fait que les systèmes informatiques auraient pu s'arrêter, les gens s'en remettaient aux espèces », se remémore-t-il.

Mais nul doute que l'ère des tirelires est révolue : Les consommateurs recourent aux transactions électroniques pour régler des achats de moindre valeur qu'auparavant.

La transition vers les services bancaires mobiles s'accélère au Canada.

Régler ses transactions en utilisant son téléphone intelligent n'est pas un scénario relevant de la science-fiction.

Le 16 janvier dernier, Visa a a approuvé la méthode de paiement sécurisé par téléphone mobile développée par l'entreprise canadienne Resarch in Motion (RIM, désormais appelée BlackBerry)

De leur côté, Rogers et son rival BCE proposent déjà à l'essai un service de paiement par téléphone intelligent grâce à une technologie appelée Near FieldCommunication.

Et, en mai dernier, l'Association des banquiers canadiens contemplait la possibilité de s'allier aux géants des télécommunications pour intégrer les cartes de débit et de crédit aux téléphones intelligents.

Un téléphone intelligent  Photo :  iStockphoto

Léopold Turgeon président et directeur général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) considère que l'utilisation de plus en plus réduite des pièces de monnaie a peu d'impact pour des commerçants dans les secteurs du meuble et des appareils électroniques. Car, pour ce type d'achats, « les gens ne paient pas en espèces », dit-il. En revanche, les détaillants du monde de l'alimentation font encore régulièrement sonner leur tiroir-caisse. « Près du cinquième des transactions est fait en espèces », dit M. Turgeon.